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Mais qui est cette Louise?Miss Glück, poétesse, emporte le Nobel de littérature

Après le double trophée décerné à Olga Tokarczuk et Peter Handke l’an dernier, l’Académie suédoise couronne une Américaine atypique.

Louise Glück, honorée par le président Barack Obama, en 2016, de la National Humanities Medal, a reçu jeudi le Prix Nobel de littérature.
Louise Glück, honorée par le président Barack Obama, en 2016, de la National Humanities Medal, a reçu jeudi le Prix Nobel de littérature.
AP

La poétesse Louise Glück a été couronnée ce jeudi du Prix Nobel de littérature. L’Américaine, 77 ans, croule déjà sous les honneurs, distinguée notamment par le National Book Award en 2014 pour «The Triumph of Achilles» ou le Prix Pulitzer en 1993 pour «The Wild Iris» – l’un de ses rares textes traduits en français.

La professeure de Yale jouit aussi du prestigieux titre de Poète lauréat des États-Unis depuis 2003. En 2016, le président Barack Obama lui agrafait la médaille des National Humanities. D’une timidité légendaire, la lauréate ne s’est pas émue de cette gratification. «Personne ne peut dire ce qui arrive après la mort, quels que soient les rubans et les médailles qui auront été accrochés à mon corps.»

«Personne ne peut dire ce qui arrive après la mort, quels que soient les rubans et les médailles qui auront été accrochés à mon corps»

Louise Glück, poétesse

Cela n’a pas empêché Anders Olsson, président du comité du Prix Nobel de littérature, de la couvrir de louanges, saluant la pensée universelle qui court dans la douzaine de recueils publiés en cinquante ans. De son premier récipiendaire, Rabindranath Tagore en 2013, à son barde le plus rock’n’roll, Bob Dylan en 2017, le Nobel de littérature choie ses poètes. Une audace remarquable, vu le peu de popularité de cette discipline. Au-delà, l’Académie campe sur des profils des plus conservateurs. Ainsi la distinction reste une affaire d’hommes, avec 13% de femmes lauréates.

«Écrire comme un traqueur dans la forêt suit un parfum»

Louise Glück

Mais Louise Glück, dont les textes revendiquent une qualité féminine plus que féministe, cache son jeu avec un brio redoutable. Auréolée d’une orgueilleuse indépendance, elle avance masquée sous les métaphores, parlant la voix des antiques Didon ou Perséphone. La suive qui pourra. Peu soucieuse de plaire, l’Américaine cultive sa propre liberté. Seul le poète, dit-elle, au contraire de ses collègues romanciers, peut se permettre d’avancer «comme un traqueur dans la forêt suit un parfum». Sans savoir où l’aventure des mots, des sensations et saisons, le mènera.

Ainsi, comme son idole Emily Dickinson, native comme elle de Long Island, la solitaire plonge-t-elle dans les eaux profondes de son intimité pour y percevoir les résonances du monde. De «Matines» en «Amour au clair de lune», ses vers libres évoquent des jardins secrets où folâtrent les émotions, aussi vivaces que des plantes dans la lumière. Dans «Herbes folles», Louise Glück soupire, un peu bêcheuse. «Je n’ai pas besoin de tes louanges pour survivre/J’étais là en premier, avant toi, avant même que tu aies planté le jardin./Et je serai là, alors qu’il ne restera que le soleil, la lune, la mer et la grande prairie. Je serai la prairie.» C’est beau, tout simplement.

4 commentaires
    alena hochmann

    Petite précision. L'auteur de l'article voulait sans doute dire que Rabindranath Tagore est le premier EXTRA-EUROPEEN à recevoir le prix Nobel. Car le tout premier a été décerné en 1901 au français Sully-Prudhomme, et juste pour mémoire, la première femme à le recevoir était la suédoise Selma Lagerlöf en 1909.