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Grain de sableMoi, ça ne dérange pas!

On l’a dit et redit, l’humanité – ou tout au moins sa partie occidentale et à l’abri du besoin – est entrée dans l’ère de l’individualisme. Débarrassés de la nécessité de collaborer avec les autres pour survivre, des myriades d’égocentriques déferlent dans les rues et sur les routes avec des comportements confinant parfois à l’absurde. Le slogan «Moi, ça ne dérange pas!» résume parfaitement à la fois ce sentiment de supériorité affiché et cette indifférence aux autres qui en plus devraient, eux, respecter les règles du vivre ensemble.

Des exemples? Les passagers au Q.I. d’automate et à la mobilité identique restant plantés aux heures de pointe devant les portes des rames bondées du métro M2 à Lausanne. Un marquage au sol jaune les invite pourtant à s’écarter pour que les autres usagers puissent sortir. «Oui, mais moi ça ne dérange pas», pensent-ils probablement.

Autre exemple parlant, cette charmante mère de famille bloquant le passage avec son gros 4x4 – un pur hasard… – arrêté au bas des escaliers menant à une cour de récréation d’une école à Échallens. Et qui, lorsque l’agent municipal lui demande gentiment de déplacer son char d’assaut sur une place de parc disponible à vingt mètres, répond benoîtement: «Oui, mais moi j’attends mon fils!» Deux cents élèves dans l’école, l’espace pour une seule voiture au bas des escaliers et elle trouve tout à fait normal et naturel de l’occuper. Perdre à ce point conscience des autres laisse abasourdi.

Encore une? Dans un autre village du Gros-de-Vaud, la Municipalité – utopiste ou inconsciente, on vous laisse choisir – a décidé de laisser en permanence à disposition de ses habitants une benne pour y déposer leurs déchets verts. Fort pratique lorsqu’on a la chance d’habiter à la campagne et de pouvoir aller gratouiller son jardin après les heures de bureau. Sauf que les «Mçdp» vivent visiblement aussi dans les vertes campagnes. Et balancent allègrement dans ladite benne les plantes vertes avec leur pot en plastique, les restes de terreau sec encore dans leur sac ou les sapins de Noël recouverts de peinture blanche. Et tant pis s’il ne sera plus possible d’en tirer du compost de qualité, et tant pis si ces mini-efforts de tri économisés enverront du plastique ou des substances chimiques dans la nature, et tant pis si la Commune et donc tous les voisins devront payer plus cher pour que quelqu’un accepte d’évacuer cette benne. «Mais moi…»

Mon irritation face à ces comportements est à la hauteur de leur bêtise. Et si après avoir lu ma prose jusque-là (grand merci au passage), certains lecteurs en concluent que je suis devenu un «vieux c… aigri», ma réponse est toute trouvée…