Plus de 100'000 demandes d'asile en 2017

FranceLa France a enregistré un niveau «historique» de demandes d'asile, alors que le gouvernement prépare une loi sur l'immigration déjà à l'origine de débats animés.

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«C'est un niveau historique», a déclaré lundi Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Il y avait moins de 20'000 demandes en 1981, année la plus ancienne pour laquelle l'Ofpra a fourni des données.

Ces chiffres ne devraient pas manquer de nourrir le vif débat dans le pays sur la politique migratoire. Un projet de loi sur l'asile et l'immigration, préparé par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, doit être présenté en février en Conseil des ministres. Face aux inquiétudes des associations de défense des étrangers et aux divisions de la majorité, le Premier ministre Edouard Philippe a promis en décembre une «consultation».

Les demandes d'asile ont augmenté de 17% l'an dernier, atteignant 100'412 au total, après une progression de 6,5% en 2016. Une hausse «soutenue» même si «ce n'est pas un afflux massif», a estimé Pascal Brice.

«Cela confirme que la France est dans les tout premiers pays de la demande d'asile en Europe», a-t-il ajouté, notamment derrière l'Allemagne qui s'attend à un peu moins de 200'000 dossiers cette année.

Toutefois, pour avoir une vision exhaustive, il faut ajouter à ces chiffres ceux des migrants n'ayant pas encore déposé leur dossier à l'Ofpra. La première étape de la procédure se fait en effet en préfecture, qui vérifie si les personnes relèvent d'un autre pays européen pour leur demande (au titre du règlement «Dublin»).

Dans une circulaire fin novembre, Gérard Collomb estimait qu'«aujourd'hui, près de 52% des demandeurs» relevaient de cette procédure «Dublin». Au nom de la «fermeté», le ministre de l'Intérieur a fait du transfert de ces migrants l'une de ses priorités (le taux plafonne à 10% actuellement), contrepartie d'un accueil plus «digne» des réfugiés.

«Cyclique»

Le «taux d'accord», qui permet aux demandeurs de devenir réfugiés, a fléchi, passant de 38% en 2016 à 36% l'an dernier. Une baisse qui s'explique, selon Pascal Brice, par la situation de ressortissants comme ceux d'Albanie.

L'an dernier, le premier pays d'origine des demandeurs d'asile a en effet été l'Albanie, avec 7630 demandes (hors mineurs accompagnants), soit une hausse de 66%. L'Albanie étant considéré comme «d'origine sûre», l'Ofpra n'a accordé sa protection qu'à 6,5% des demandeurs.

Ce phénomène, «cyclique» et «lié à une émigration économique» selon M. Brice, préoccupe les autorités françaises et albanaises, qui ont lancé cet été un plan d'action pour lutter contre les réseaux d'immigration irrégulière.

Deuxième pays d'origine des demandeurs, l'Afghanistan a représenté 5987 demandes (6%), avec un taux de protection de 83%. Mais les migrants afghans arrivés l'an dernier en France sont sans doute plus nombreux du fait du nombre élevé de «dublinés» parmi eux, notamment après un passage en Allemagne.

Viennent ensuite les ressortissants d'Haïti (nombre de dossiers stable à 4934), du fait du niveau toujours élevé de demandes en Guyane, puis les Soudanais (-24% à 4.486), et les Guinéens qui ont été 3.780 à solliciter l'asile, soit un bond de 62%.

On observe une forte progression des ressortissants de pays d'Afrique de l'Ouest et francophone, notamment des Ivoiriens dont le nombre a plus que doublé (3243) parmi les demandeurs d'asile et des ressortissants de République démocratique du Congo ( 15%, à 2.941).

«Cela reflète le phénomène des traversées via la Libye vers l'Europe», a commenté le responsable de l'Ofpra. Malgré un taux de protection très élevé (95%), les Syriens, souvent arrivés via des programmes de réinstallation, ont en revanche été moins nombreux à solliciter l'asile en France l'an dernier, avec une baisse de 10%, à 3249 demandes.

Enfin, le délai moyen d'attente «est tombé à près de trois mois», a précisé Pascal Brice. Il assure que l'Ofpra «poursuit ses efforts pour atteindre en 2018 l'objectif des deux mois» fixé par le président Emmanuel Macron, «dans le strict respect des droits de chaque demandeur». (afp/nxp)

Créé: 08.01.2018, 09h00

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