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Plus de 300 policiers et militaires font désertion

Des soldats vénézuéliens ont profité des tensions à la frontière avec la Colombie pour y trouver refuge.

LEs services de renseignements vénézuéliens ont mené une perquisition dans les bureaux du chef de l'opposition Juan Guaido, actuellement en Europe. (Mardi 21 janvier 2020)
LEs services de renseignements vénézuéliens ont mené une perquisition dans les bureaux du chef de l'opposition Juan Guaido, actuellement en Europe. (Mardi 21 janvier 2020)
AFP
Le secrétaire d'État américain a appelé à en «finir avec la tyrannie» de celui qu'il ne considère plus comme le président du Venezuela. (Lundi 20 janvier 2020)
Le secrétaire d'État américain a appelé à en «finir avec la tyrannie» de celui qu'il ne considère plus comme le président du Venezuela. (Lundi 20 janvier 2020)
AFP
Lilian Tintori, la femme du leader de l'opposition Leopoldo Lopez, estime qu'elle est retenue contre son gré au Venezuela, alors qu'elle doit partir à l'étranger pour rencontrer plusieurs dirigeants européens. (Samedi 2 septembre 2017)
Lilian Tintori, la femme du leader de l'opposition Leopoldo Lopez, estime qu'elle est retenue contre son gré au Venezuela, alors qu'elle doit partir à l'étranger pour rencontrer plusieurs dirigeants européens. (Samedi 2 septembre 2017)
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Quelque 300 membres des forces armées vénézuéliennes sont passés en Colombie ou au Brésil ces derniers jours, désertant l'armée fidèle à Nicolas Maduro. Mais ces fuites comptées donnent à l'opposition l'espoir d'une érosion à venir, estiment des experts.

Le weekend dernier, la Garde nationale (GNB) s'est employée, avec violence, à repousser l'aide humanitaire massée aux frontières du pays par l'opposant Juan Guaido, autoproclamé président par intérim et soutenu par une cinquantaine de pays - dont les Etats-Unis, principaux fournisseurs des vivres et médicaments. Les incidents ont fait quatre morts et près de 300 blessés.

Simultanément, depuis samedi, 326 militaires sont passés en Colombie et sept au Brésil, selon les autorités des deux pays, certains traversant avec leur famille pour fuir la grave crise économique qui mine le pays, les troupes autant que les civils.

«Affaiblissement»

«Le pouvoir de Maduro est soumis à la même dynamique érosive que sa popularité. Les désertions relèvent du même processus d'affaiblissement», indique à l'AFP l'analyste Luis Salamanca.

Juan Guaidó, passé clandestinement en Colombie la semaine dernière malgré une interdiction judiciaire de quitter le pays, a promis l'amnistie à tous les membres des forces de l'ordre qui abandonneraient leurs rangs. Mais le pouvoir militaire, auquel le régime socialiste a accordé beaucoup de privilèges, reste pour l'heure loyal au président Maduro.

Le Etats-Unis, principal soutien de M. Guaidó, ont également exempté de sanctions les officiers qui reconnaitraient leur champion après que le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a clamé qu'ils n'étaient pas à vendre. «C'est un processus discret, mais qui montre aux militaires et aux civils que le gouvernement peut s'effondrer», ajoute Salamanca.

Secteurs stratégiques

Des 32 ministres du gouvernement Maduro, neuf sont des militaires à la tête des portefeuilles stratégiques: Défense, Intérieur, Agriculture, Alimentation et enfin, pétrole, le coeur et le poumon économiques du pays.

Les forces armées, avec quelque 365'000 soldats et près de 2 millions de civils réservistes, possèdent une banque, une chaine de télévision, une entreprise de construction, une société minière et gazière, et constituent une puissance qui a grandi avec l'impopularité de Maduro, selon les analystes.

«La désertion de soldats ne va pas renverser le système de Maduro, il faudrait taper au plus haut niveau, celui des amiraux, des capitaines, des colonels et des généraux», estime Christopher Sabatini, professeur de relations internationales à l'Université de Californie. Mais Diego Moya-Ocampos, de l'IHS Markit à Londres, relève que «s'il est difficile pour les hommes du rang de conduire un coup d'Etat avec succès, ça le sera tout autant pour l'appareil de sécurité de protéger les points stratégiques si les désertions se poursuivent».

La faim dans les casernes

Dans un pays rongé par la faim et le manque de soin, quelque 4300 Gardes nationaux ont fait désertion en 2018 et quelque 10'000 membres des forces armées ont quitté l'armée depuis 2015, selon l'ONG Control Ciudadano (Contrôle citoyen). «Ce qui est en train de se passer, montre que même les piliers de l'appareil militaire peuvent lâcher», estime l'experte militaire Sebastiana Barraez.

Le 21 janvier, deux jours avant que Guaido se proclame président et que le Congrès déclare Maduro «usurpateur», 27 militaires sont entrés en rébellion. Certains ont dénoncé dans des vidéos les mauvaises conditions de vie dans les casernes.

Le sergent Carlos Eduardo Zapata de la Garde nationale, passé la semaine dernière au Brésil, l'a aussi résumé ainsi: «Il n'y a rien à manger, pas de matelas, on dort à même le sol. Et on n'a même pas de quoi acheter du lait pour nos enfants, ils sont maigres».

Pour Rocío San Miguel, présidente de Control Ciudadano, «la situation suscite beaucoup de nervosité. Une augmentation de la solde des militaires doit être annoncée cette semaine, pour inciter à la loyauté». Mais pour elle, «les désertions vont continuer, seuls ceux qui sont compromis dans de graves violations des droits continueront d'appuyer» le régime. «Même au plus haut niveau, personne n'est prêt à se sacrifier pour lui».

(ats)

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