Bilan de Cameron? Croissance retrouvée et royaume désuni

Royaume-UniAu pouvoir depuis 2010, le premier ministre britannique a démissionné mercredi au profit de Theresa May. Au-delà du référendum, son bilan s’avère mitigé.

Image: Reuters

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David Cameron ne réside plus au 10 Downing Street. Main dans la main avec son épouse Samantha et leurs trois enfants Nancy, Arthur et Florence, il a quitté la demeure officielle du premier ministre, qu’il occupait depuis le 11 mai 2010. Arrivé peu après au palais de Buckingham, il a tendu sa démission à la reine Elizabeth II, à qui il a demandé de prendre Theresa May pour lui succéder.

Indéniablement, il restera dans l’histoire comme le premier ministre qui a permis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Et peut-être comme celui qui a favorisé l’éclatement du pays, si l’Ecosse devait dans les mois à venir organiser un référendum d’indépendance. Ses pairs le jugeront avec tolérance si le royaume se remet de ce changement d’alliance majeur, ils l’accableront s’ils devaient vivre des années à venir difficiles.

Fracture idéologique majeure

En tant que chef du Parti conservateur, le référendum aura prouvé son manque de fermeté. «Alors que les précédents premiers ministres conservateurs comme MacMillan ou Major se sont attaqués à leur aile droite, David Cameron a essayé de la ménager», note Peter Catterall, professeur de sciences politiques à l’Université de Westminster. «Pour ce faire, il a organisé le référendum et a nommé en 2015 nombre d’entre eux à des postes de ministres.» Résultat: une fracture idéologique majeure au sein du parti et l’image d’unité et de professionnalisme très écornée.

Ses six années à la tête du gouvernement ne se résument pourtant pas à ce référendum. Ses plus fervents partisans rappelleront qu’il a poussé et obtenu le passage de la loi en faveur du mariage homosexuel. Non pas «bien que je sois conservateur mais parce que je suis conservateur», avait-il affirmé à ses collègues rageurs. Ses plus fervents critiques ne manqueront pas de rappeler la gifle reçue le 30 août 2013 lorsque la Chambre des Communes a refusé sa demande d’attaquer le régime syrien de Bachar el-Assad. Une secousse qui a sans doute affecté la confiance de Washington envers Londres.

Austérité et relance

Pour beaucoup de Britanniques, son arrivée au pouvoir a surtout signifié le déploiement d’une politique d’austérité officiellement destinée à mettre fin aux dépenses incontrôlées de ses prédécesseurs travaillistes. La plupart des ministères ont ainsi vu leurs budgets diminuer de 20% à 30% et le déficit public a été réduit de plus de 50% depuis 2010. Fidèle à l’idéologie conservatrice, la crise lui a surtout permis de réduire l’expansion du rôle de l’Etat. Ses critiques assurent qu’il a ainsi accéléré la privatisation partielle de services publics dans la santé, l’éducation, le logement.

Sa politique de l’emploi s’avère mitigée. Les statistiques officielles sont éblouissantes. Après avoir atteint 8,4% fin 2011, le taux de chômage est redescendu à 5% en avril 2016. Toujours en avril, 31,59 millions de personnes étaient employées, soit le nombre le plus élevé de l’histoire. Enfin, la croissance du produit intérieur brut était de 2,9% en 2014 et de 2,2% en 2015, des chiffres inégalés au sein du G7.

Précarité

Pourtant, la plupart des nouveaux travailleurs disposent d’emplois temporaires ou à temps partiel. En novembre, plus de 1,7 million de Britanniques étaient régis par un contrat de zéro heures, qui n’assure aucune heure de travail et donc aucun revenu mais empêche de percevoir des allocations de chercheur d’emploi. Spécificité britannique depuis les années 1980 de Margaret Thatcher, la flexibilité du marché du travail n’avait jamais été si répandue.

(24 heures)

Créé: 13.07.2016, 20h51

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