Bolsonaro veut séduire en «Trump tropical»

WEF 2019Devant le Forum économique mondial de Davos, le président brésilien a promis de libéraliser l’économie et de revenir aux «vrais droits de l’homme» comme la famille.

Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, lors de son discours musclé à Davos.

Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, lors de son discours musclé à Davos. Image: Keystone

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Le ton détonne dans un Centre de Congrès qui a vu des orateurs plus policés. Mardi, Jair Bolsonaro s’adresse au Forum économique mondial avec des accents martiaux, ravivant le souvenir du passage de Donald Trump l’an dernier. L’homme – qui n’est pas insensible au surnom qui fait de lui une version tropicale du président des États-Unis – est à la tête de son pays depuis trois semaines à peine mais semble encore en campagne électorale. Et d’une certaine manière, il l’est. Pour sa première apparition sur la scène mondiale, il doit convaincre les élites rassemblées à Davos de la justesse de sa vision.


Edito: Cette Amérique qui se retire


«Nous nous engageons à changer le cours de notre histoire», lance-t-il avant de vanter les mérites de l’équipe dont il s’est entouré. Sergio Moro, le juge dont l’enquête a envoyé son prédécesseur Lula en prison et qu’il a nommé ministre de la Justice? Le meilleur remède contre la corruption. Paulo Guedes, l’ultralibéral ministre de l’Économie? Il fera entrer le Brésil dans le top 50 des économies les plus performantes d’ici à la fin de son mandat.

Dans cette allocution menée au pas de charge – 7 minutes à peine – Jair Bolsonaro met l’accent sur les réformes économiques. Baisser les impôts, faciliter les investissements, privatiser les entreprises publiques, équilibrer le budget, la liste qu’il déroule a pour mission de séduire un auditoire constitué dans une large mesure d’hommes d’affaires. Le président, qui avait reconnu il y a quelques mois ne rien connaître à l’économie, donne des gages: «Nous respecterons les bonnes pratiques de l’Organisation de coopération de développement économiques et les règles de l’Organisation mondiale du commerce.»

Incertitude sur le climat

Alors que cette 49e édition du WEF a fait de l’environnement une priorité, la position de Jair Bolsonaro était très attendue. Klaus Schwab, le fondateur du forum, l’interroge: «Faut-il privilégier la nature au détriment du développement?» «Les deux vont de pair, répond le président sans hésitation. L’agrobusiness est essentiel, mais 30% de notre territoire est constitué de forêts et nous travaillerons à réduire les émissions de CO2 et à décarboner l’économie.»

Au Brésil, beaucoup d’activistes suivent en direct cette première allocution présidentielle à l’étranger. Joint à Rio, Caio Borges, avocat pour l’ONG Conectas, se dit inquiet. «Le président reconnaît certes que le développement et l’environnement sont liés, mais il ne prononce pas le terme de changement climatique. C’est un choix délibéré qui s’est déjà traduit dans sa réorganisation de l’Administration fédérale. Le département au sein du Ministère des affaires étrangères qui s’occupait des questions liées au changement climatique a par exemple disparu.»

Sans s’étendre sur les mesures précises qu’il entend prendre en la matière, Jair Bolsonaro endosse l’habit de directeur de l’Office du tourisme. «Notre pays est magnifique mais n’est pas très visité. Nous investirons dans la sécurité. Venez avec vos familles pour visiter ce paradis méconnu, ses plages, ses forêts!»

«Restaurer les valeurs»

La sécurité, justement, est l’un des thèmes de la seconde partie de son discours. Pour lui, elle fait partie de ce qu’il nomme «les vrais droits de l’homme». «Nous restaurerons nos valeurs: le droit à la vie, à la propriété et la famille», promet ce président dont les propos inquiètent depuis plusieurs mois les ONG et la société civile.

«Les droits de l’homme ne sont ni vrais ni faux, rétorque Caio Borges. Ils sont universellement reconnus par des traités internationaux que le Brésil a ratifiés, analyse-t-il. Le président semble promouvoir une version de ces droits fondamentaux qui n’existe pas».

Mais aucun doute pour le nouveau chef de l’État: une page s’est tournée avec son élection. «Nous ne voulons pas d’une Amérique latine bolivarienne comme c’était le cas au Brésil jusqu’à récemment. Ça a déteint sur le reste du continent et notre réponse est claire: la gauche ne prévaudra pas. C’est bon pour la région et pour le monde dans son ensemble.»

Appui américain

Comme en écho, une fois le président brésilien sorti de scène, Mike Pompeo prend la parole. Le secrétaire d’État américain salue l’irruption de nouveaux acteurs sur la scène politique. «Les électeurs cherchent de nouvelles directions et c’est une chose positive. Nous le voyons: les nations sont importantes, de même que leurs frontières», affirme-t-il depuis Washington où le «shut­down» le contraint à demeurer.

Les yeux rivés dans la caméra, le chef de la diplomatie américaine vante le bilan économique de l’administration Trump. Comme le président brésilien quelques minutes plus tôt, il défend des impôts plus bas et un gouvernement réduit. «Cela peut marcher pour vous aussi!» promet-il au public de Davos.

Avant d’ajouter un dernier ingrédient: le rejet des accords commerciaux défavorables aux travailleurs américains. Un accent protectionniste que Jair Bolsonaro, dont le pays dépend fortement des exportations agricoles, n’a pas osé prendre cette fois-ci.

Créé: 22.01.2019, 21h59

Ueli Maurer: «Les Suisses rejettent les diktats»

L’immersion est habile. En ouverture officielle du Forum économique mondial, le WEF, en anglais, a diffusé un petit film aux images époustouflantes de beauté mais tragiques aussi par quelques brefs rappels des villes détruites par la guerre et les catastrophes naturelles. Le tout entrecoupé d’images high-tech et de visages de migrants tentant de franchir la frontière du Mexique vers les États-Unis. Le décor est planté. Klaus Schwab rappelle les enjeux du WEF et réitère son message principal. La mondialisation a permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté, mais il faut désormais qu’elle soit «plus centrée sur l’humain, plus inclusive et plus durable». Les humains ne doivent pas être «les esclaves des robots», dira-t-il. Enfin, il lâchera une petite phrase à l’adresse de «la très forte» délégation chinoise… qui contraste avec l’absence de hauts dirigeants politiques américains.

Qu’allait donc dire Ueli Maurer, le président de la Confédération en 2019, l’homme qui selon Klaus Schwab veut concilier «le neuf avec le vieux», modernité et tradition, en référence à son discours du Nouvel-An?

Son allocution brève, 5 à 7 minutes, précédée de deux morceaux de cor des Alpes, sera sobre et très pragmatique. La Suisse décrite par Ueli Maurer cultive la «liberté» et est ouverte au commerce loyal. Elle repose sur une démocratie directe qui associe les élites et le peuple. La preuve? Les Suisses ont débattu d’une initiative voulant accorder une cinquième semaine de congé à tous. Ils l’ont refusée, considérant que ce n’était pas la bonne réponse aux nouveaux défis de la vie du travail. Il faut plutôt «performer et s’adapter», a-t-il souligné, provoquant quelques éclats de rire dans l’assemblée. Sans doute conscient du malaise grandissant entre les élites mondialisées et les peuples, Ueli Maurer a vanté la démocratie directe: «un vrai dialogue» entre les élites et le peuple, au lieu d’un «monologue du haut vers le bas». Ce système prend certainement du temps, mais il débouche sur des solutions acceptables par tous. Ueli Maurer insistera sur le mot «liberté» qui signifie aussi que les Suisses rejettent «les diktats», sans doute une allusion au dossier européen. D’ailleurs, le mot Europe, il ne le prononcera pas. «Nous sommes libres d’accepter des responsabilités pour nous et pour les autres», dira-t-il simplement.

P.V.

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