Cassis et Lavrov à Genève pour parler espionnage

PolitiqueLe chef du DFAE a annoncé qu’une rencontre entre les services secrets suisses et russes s’était tenue à Moscou dernièrement.

Le chef du DFAE, Ignazio Cassis, et son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Le chef du DFAE, Ignazio Cassis, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Image: AP

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Les affaires d’espionnage ne doivent pas nuire aux bonnes relations entre la Suisse et la Russie. Personne n’a rien à y gagner. C’est en substance le message que se sont employés à faire passer le chef du DFAE, Ignazio Cassis, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, à l’issue de la rencontre bilatérale qui s’est tenue mercredi à Genève, en marge de la conférence internationale sur l’Afghanistan.

Berne joue l’apaisement. Plus question de s’émouvoir de la présence d’officiers de renseignement parmi le corps diplomatique. «L’espionnage a toujours existé. Nous savons que les ambassades cherchent à collecter ce que l’on appelle l’information utile. Ceci est normal. Tous les pays le font. Ce que nous ne tolérons pas, ce sont les activités illégales», a tempéré Ignazio Cassis. Autrement dit, les écoutes clandestines.

Mise au point entre services

L’affaire des agents soupçonnés d’avoir espionné le laboratoire Spiez (BE) mais aussi le Comité international olympique (CIO) va faire l’objet de discussions et d’une mise au point directement entre services secrets. Le chef du DFAE a annoncé que le patron du Service de renseignement de la Confédération (SRC) Jean-Philippe Gaudin, s’était rendu à Moscou à la mi-novembre pour y rencontrer ses homologues russes. Une démarche constructive, estime Sergueï Lavrov. «Les affaires d’espionnage doivent être traitées de manière professionnelle», a rappelé le ministre russe des Affaires étrangères. La position de Moscou est claire. Ces questions doivent se régler entre services secrets.

Le hasard – ou peut-être pas? – a voulu que la conférence de presse donnée conjointement par Sergueï Lavrov et Ignazio Cassis se tienne à l’Hôtel d’Angleterre, connu jadis comme le lieu de rencontre des espions lorsqu’ils avaient des problèmes de «famille» à régler. Si le ton est resté courtois et l’ambiance plutôt cordiale et apaisée, chacun a néanmoins tenu à dire sa vérité.

Sergueï Lavrov a estimé qu’un membre du gouvernement suisse avait sans doute volontairement fait fuiter les informations dans la presse «pour créer un scandale plutôt que régler le problème». Selon lui, c’est une façon «de faire porter tous les torts à la Russie et d’accuser sans preuves», qui lui fait penser à Theresa May. La cheffe du gouvernement britannique avait mis en cause les services secrets russes après la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille, Loulia, le 4 mars à Salisbury.

Réchauffement

Ce n’est pas la seule flèche décochée par Sergueï Lavrov. «À ma connaissance, le seul cas d’écoutes téléphoniques illégales avéré concerne Angela Merkel puisque les États-Unis ont reconnu avoir écouté ses conversations», a ajouté le ministre russe des Affaires étrangères, déclenchant quelques rires et sourires parmi la délégation russe.

Les signaux envoyés mercredi annoncent clairement un réchauffement des relations entre Berne et Moscou. Pour Ignazio Cassis, les contacts et discussions engagés ces dernières semaines pourraient permettre de lever le retard dans l’attribution des accréditations de diplomates. Sergueï Lavrov a salué l’approche «pragmatique» de ses interlocuteurs suisses, évoquant une atmosphère de «respect mutuel» qui a permis de trouver une voie de sortie.

Les enjeux économiques mais aussi diplomatiques sont jugés trop importants pour que la brouille dure plus longtemps. Actuellement, une centaine d’entreprises suisses sont implantées en Russie. Ce qui représente 50 000 employés et 11 milliards de francs d’investissements. Les échanges commerciaux entre les deux pays, eux, sont sur une courbe ascendante.

D’un point de vue diplomatique, une brouille trop longue serait également dévastatrice tant pour la Russie que pour la Suisse. Le multilatéralisme, sur lequel Berne s’appuie pour muscler sa diplomatie et sa présence internationale, ne peut pas fonctionner sans la présence de la Russie. D’un autre côté, la Suisse représente les intérêts russes en Géorgie. Une médiation dont Moscou ne peut se passer dans ce dossier, comme dans d’autres.

(24 heures)

Créé: 28.11.2018, 19h57

Tensions avec l’Ukraine

Comme Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov a répété que l’arraisonnement, dimanche, par les forces russes, de trois navires ukrainiens au large de la Crimée ne violait pas le droit international. «Cette zone fait partie des eaux territoriales russes», a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères. Ce dernier ajoute que la Russie a rendu publiques toutes les preuves qui montrent que Kiev a volontairement cherché à provoquer cet incident. Sergueï Lavrov a également dénoncé la volonté du président ukrainien, qui a promulgué la loi martiale, de vouloir utiliser ce différend pour régler des problèmes intérieurs. A.J.

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