Cuba amorce le départ de Raul Castro dans l'isoloir

ElectionsLes Cubains élisent dimanche, lors d'un scrutin joué d'avance, le Parlement qui devra sceller le départ du président le mois prochain.

Un total de 605 candidats ont été investis pour autant de sièges de députés, mais ils doivent être élus par les huit millions d'électeurs.

Un total de 605 candidats ont été investis pour autant de sièges de députés, mais ils doivent être élus par les huit millions d'électeurs. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les Cubains élisent dimanche le Parlement qui sera chargé de sceller le départ du président Raul Castro, un tournant historique prévu le mois prochain dans la grande île caribéenne.

Le processus singulier de ces élections générales se répète tous les cinq ans. Un total de 605 candidats ont été investis pour autant de sièges de députés, mais ils doivent être élus par les huit millions d'électeurs âgés de plus de 16 ans, appelés aux urnes dès 7H00 locales (12H00 GMT).

Même s'il est joué d'avance, ce scrutin reste aux yeux de Ramon Perez «le plus important de ces dernières années, puisque nous allons voter pour de nouveaux dirigeants». Enthousiaste, ce gardien de nuit d'une garderie de La Havane entend même profiter du passage à l'heure d'été pour aller directement voter après son travail.

Ces élections générales - qui permettront également d'élire 1265 délégués provinciaux - sont les premières à se tenir depuis le décès, survenu fin 2016, du père de la révolution cubaine Fidel Castro. Mais elles constituent surtout une étape cruciale vers la fin de près de 60 années de pouvoir sans partage des frères Castro.

Pour la première fois depuis près de soixante ans, après l'ère des frères Fidel -décédé en 2016- et Raul, la présidence de l'île reviendra à une personne n'ayant pas pris les armes lors de la révolution de 1959. Son nom sera connu le 19 avril.

Cette date ne doit rien au hasard. Il s'agira du 57e anniversaire de la victoire de la baie des Cochons (Playa Giron). Cette réussite est considérée à Cuba comme «la première défaite de l'impérialisme yankee en Amérique latine».

Le 16 avril, les députés élus ce dimanche désigneront les membres du Conseil d'Etat, organe exécutif suprême, qui nommera dans la foulée le successeur de Raul Castro, 86 ans, décidé à passer la main 12 ans après avoir succédé à son frère aîné.

Une succession délicate

Dans l'attente d'une éventuelle confirmation ces prochaines semaines, c'est le premier vice-président et numéro deux du gouvernement, Miguel Diaz-Canel, 57 ans, qui semble le mieux placé pour assumer les plus hautes fonctions au Conseil d'Etat cubain.

S'il est désigné, cet ingénieur né après la révolution devra asseoir son autorité, consolider les bases du régime et poursuivre l'indispensable «actualisation» du modèle économique de l'île esquissée par le cadet des Castro. Des charges lourdes pour cet apparatchik au profil plutôt discret.

Dans le Cuba d'aujourd'hui, «le problème de l'absence d'un leader charismatique devient exacerbé (...) l'usure de l'absence de décollage économique sans l'espoir de la rhétorique captivante de Fidel Castro se ressent», relève l'expert cubain Arturo Lopez-Levy, professeur à l'Université du Texas Rio Grande Valley.

S'il passera la main dans quelques semaines, Raul Castro continuera de veiller sur le pays, puisqu'il restera à la tête du tout puissant PCC jusqu'au prochain congrès prévu pour 2021, l'année de ses 90 ans.

Diversité relative

A Cuba, la participation aux élections avoisine habituellement les 90%. Le vote n'est pas obligatoire mais il est vivement encouragé par les autorités. Privée de candidats, sans accès aux médias contrôlés par l'Etat et le PCC, l'opposition conteste ces élections qu'elle juge biaisées et regrette l'absence de suffrage présidentiel direct.

«Les partis politiques ne participent pas, les campagnes ne sont pas financées, la désignation des candidats se base sur le mérite, les capacités et l'engagement du peuple», a déclaré Raul Castro en 2017.

«Personne n'échange des promesses contre des votes, ni ne vante ses capacités pour obtenir des partisans (...) Voilà le visage véritable et exceptionnel de ce que nous appelons fièrement la démocratie socialiste», écrit le quotidien officiel Granma.

Dans la liste des futurs membres de l'Assemblée nationale figure la direction du PCC, dont Raul Castro, son premier secrétaire-général, et les figures historiques de la révolution encore de ce monde. Plus de la moitié des candidats, soit 322, sont des femmes.

Voter sans élire

Rosa Maria Paya, dissidente issue du mouvement «Cuba décide», qui milite en faveur d'un référendum pour modifier le système de gouvernement sur l'île, assure que son collectif sera attentif aux signes «de rejet du processus électoral où, en réalité, on ne peut élire» personne. Les Cubains qui veulent montrer leur opposition ont l'habitude de raturer le bulletin de vote.

Le mouvement d'opposition Otro18 appelle également à des changements, selon son dirigeant Manuel Costa Morua. «Les citoyens ne participent ni au choix, ni à l'élection du président et nous pensons qu'il s'agit d'un moment décisif pour que les citoyens impulsent une demande» de changement dans le système électoral, a-t-il déclaré.

«Cuba decide»

Cependant, tous les dissidents n'appellent pas à l'abstention. Des groupes tels que «Cuba decide» appellent par exemple leurs partisans à voter blanc ou noircir leurs bulletins de slogans contestataires.

Au terme de ce scrutin dont les chiffres complets seront connus lundi, l'Assemblée nationale sera renouvelée à plus de 50%, puisque 338 députés inaugureront leur siège. De leur côté, la plupart des caciques du PCC et du gouvernement doivent conserver leurs mandats.

Fait notable, la présence des femmes sera encore accrue et atteindra cette fois 53% des députés, alors que l'île fait déjà partie des champions mondiaux en la matière avec 48% de députées dans l'actuelle législature.

De même, les communautés noire et métis seront davantage représentées, avec une hausse de trois points à 40%. Beaucoup regrettent cependant que seuls trois candidats soient issus du secteur privé, qui concerne pourtant plus d'un demi-million de Cubains. (afp/nxp)

Créé: 11.03.2018, 10h22

Articles en relation

«Attaques acoustiques»: Raúl Castro s'est expliqué

Cuba / Etats-Unis Des attaques acoustiques auraient affecté la santé de diplomates US. Une délégation américaine a rencontré Raul Castro. Elle parlera à la presse mercredi. Plus...

Washington veut élargir l'accès web à Cuba

La Havane L'annonce des Etats-Unis de vouloir aider les Cubains à accéder au flux d'informations libres sur la Toile a fait bondir La Havane. Plus...

Le fils aîné de Fidel Castro s'est suicidé

Cuba Fidel Castro Diaz-Balart, fils aîné de l'ex-président cubain, s'est suicidé jeudi à l'âge de 68 ans, a annoncé la presse officielle. Plus...

Cuba aura un nouveau président le 19 avril

Elections Les Cubains vont se choisir un président via des élections en mars. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Macron et la France bloquée. Paru le 21 avril 2018.
(Image: Valott) Plus...