Des cellules de l'EI actives en plein Kaboul

AfghanistanLe groupe extrémiste Etat Islamique (EI) a étendu son emprise à Kaboul ces derniers mois en multipliant les attentats.

Des policiers afghans en patrouille à Kaboul.

Des policiers afghans en patrouille à Kaboul. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Endoctrinant des Afghans de la classe moyenne, Daech a contribué à faire de la capitale un des endroits les plus dangereux d'Afghanistan.

Initialement cantonné dans l'Est du pays, l'EI a revendiqué près d'une vingtaine d'attaques en 18 mois dans la capitale. Les attentats ont été opérés au nez et à la barbe des autorités afghanes et américaines par des cellules locales où l'on retrouve des étudiants, des professeurs et des commerçants.

Une telle tendance a de quoi inquiéter les civils, épuisés par des décennies de guerre, et les forces de l'ordre afghanes et leurs alliés américains qui peinent déjà à contenir des talibans à l'offensive.

«Génération désensibilisée»

Pour perpétrer ces attaques, les recrues ne manquent pas, soulignent les analystes. L'Afghanistan connaît depuis des décennies un influent courant extrémiste, qui se retrouve dans toutes les couches de la société, y compris chez les jeunes urbains connectés.

«On parle d'une génération désensibilisée à différentes sortes de violences et d'extrémisme», souligne Borhan Osman, analyste à l'International Crisis Group. «Cela ne devrait pas surprendre que certains de ces jeunes qui ont absorbé l'idéologie djihadiste adhèrent à la nouvelle version du djihadisme, la plus violente.»

Il existe «20 (cellules de l'EI) ou davantage» opérant dans la capitale, a récemment indiqué une source sécuritaire afghane. Ces adeptes vivent sans se cacher dans la ville où ils travaillent et étudient, et se retrouvent la nuit pour parler guerre sainte ou planifier des attaques dans une ville qu'ils connaissent bien.

Ils savent par exemple détecter les mesures de sécurité du type de celles prises après l'énorme attentat qui a fait plus de 150 morts en mai dernier. «C'est une structure qui s'adapte et réagit», souligne un diplomate occidental.

Bonne éducation

Selon M. Osman, un spécialiste des réseaux insurgés en Afghanistan, il est difficile d'estimer le nombre de combattants EI à Kaboul. Mais leurs rangs restent fournis grâce aux efforts de recrutement du groupe sur les réseaux sociaux et dans les mosquées, écoles et universités.

«On ne peut pas dire que ce soit tous des pauvres: certains proviennent de la classe moyenne kaboulie. Certains ont des diplômes universitaires ou une éducation secondaire», note-t-il. La plupart ont aussi reçu une éducation religieuse.

«La nouvelle vague d'extrémistes n'est pas composée de paysans illettrés. Ce sont surtout des gens avec un bon niveau d'éducation», renchérit une source sécuritaire afghane.

Provoquer la haine

Si les talibans restent de loin la principale menace pour les autorités afghanes, c'est l'EI qui a fait les gros titres ces dernières semaines en tuant des dizaines de personnes. La résistance du groupe aux assauts des forces de l'ordre fait par ailleurs craindre une transformation de l'Afghanistan en une nouvelle base pour les combattants fuyant la déroute en Irak et en Syrie.

Mais la nature exacte des liens entre l'EI en Afghanistan et au Moyen-Orient reste floue. Si le gouvernement afghan affirme qu'il n'existe aucun lien, les analystes estiment qu'une communication existe, comme semble l'illustrer la récente apparition dans le Nord du pays d'insurgés français ou algériens. Certains d'entre eux arrivent de Syrie.

Leurs objectifs du moins semblent similaires: «Le véritable enjeu est de provoquer beaucoup de haine sunnite envers les chiites», estime Vanda Felbab-Brown, membre de la Brookings Institution. L'experte dit «s'attendre» à une attaque à l'encontre d'une mosquée sunnite, soit menée par des chiites en représailles, soit par l'EI dans le but d'attiser la colère des sunnites.

Mais malgré sa percée dans la capitale, l'EI aura du mal à transformer l'Afghanistan en un nouveau front de lutte inter-religieuse, souligne l'analyste Michael Kugelman du Wilson Center à Washington. Il rappelle que les principales lignes de fracture dans ce pays sont ethniques et non religieuses. (ats/nxp)

Créé: 10.01.2018, 12h16

Articles en relation

Nouvel attentat à Kaboul, l'EI revendique

Afghanistan Au moins 13 personnes sont mortes jeudi, quand un kamikaze s'est fait exploser près d'un groupe de policiers, dans la capitale afghane. Plus...

Il se fait exploser lors de funérailles

Afghanistan Au moins 18 personnes ont trouvé la mort et quatorze autres ont été blessées à Nangarhar dans l'est du pays. Plus...

Attentat à Kaboul: «Tout le monde hurlait et pleurait»

Afghanistan Au moins 41 personnes ont été tuées et 84 blessées jeudi près d'un centre culturel chiite dans un attentat revendiqué par l'EI. Plus...

Attentat suicide à Kaboul, l'EI revendique

Afghanistan Au moins six civils ont été tués lundi dans une attaque à la voiture piégée près d'un bureau des services de renseignements situé dans la capitale afghane. Plus...

L'EI attaque un centre de formation militaire

Afghanistan Des hommes armés ont pris d'assaut un centre d'entraînement militaire à Kaboul. Ils ont été tués par les forces de police. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Les intempéries paralysent une partie de la Suisse
(Image: Bénédicte) Plus...