Du spectacle, des petits accords, et un gros enjeu: taxer les GAFA

G7 à BiarritzMise en scène de la puissance des pays riches, le G7 de Biarritz affichera aussi leurs divisions. Parmi les enjeux: la taxation des géants du numérique.

Biarritz se prépare à la réception des chefs d'État participant au sommet.

Biarritz se prépare à la réception des chefs d'État participant au sommet. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le G7, qui fut d’abord G6 avant de devenir provisoirement G8 avec l’élargissement au Canada et à la Russie, est une création française. C’est le président Valéry Giscard d’Estaing qui avait lancé en 1975 cette idée d’un sommet informel réunissant les principaux pays industrialisés (France, États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Japon). La crise pétrolière terrassait alors ces pays et il entendait y apporter une réponse plus efficace qu’au sein de la grande ONU.

L’histoire a de drôles de bégaiements, car c’est lors d'une autre panique économique d’ampleur mondiale, la crise des subprimes, et de nouveau à l’initiative d’un président français, Nicolas Sarkozy, qu’en 2008, le G20 est institué au niveau des chefs d’État comme un sommet plus large qui inclut les grands pays émergents (Chine, Inde, Corée du Sud ou Brésil notamment). Depuis, chaque année, il y a deux G qui rassemblent les puissants : le petit 7 (la Russie en est exclue depuis l’annexion de la Crimée) et le grand 20. Leur utilité est discutée, leur légitimité contestée, notamment par les pays qui n’y sont pas invités et les mouvements altermondialistes, mais les membres du club n’en ont cure : leurs réunions sont une démonstration de puissance et elles rythment la vie politique internationale.

Cela dit, que faut-il attendre du G7 à Biarritz ? D’abord du spectacle ! Des petits gestes, des petites phrases… Ce sera la première participation du nouveau premier ministre anglais Boris Johnson et sa rencontre avec Donald Trump est un moment attendu. Entre les six dirigeants présents, il y a de profonds désaccords sur des dossiers très concrets : le Brexit, les taxes douanières imposées par les États-Unis non seulement envers la Chine mais peut-être aussi envers l’Europe, l’accord nucléaire iranien, la crise gouvernementale en Italie… Le G7 n’est pas censé régler ces dossiers, mais ils feront partie des discussions et tous les signes indiquant un rapport de force seront interprétés.

Derrière ce spectacle du cirque politique, il y a aussi la machine institutionnelle. L’an passé, au Canada, elle avait brutalement déraillé quand Donald Trump, vexé par des propos tenus en conférence de presse par le Canadien Justin Trudeau, avait désavoué le communiqué final, ruinant tous les efforts de la rencontre. Pour éviter pareille catastrophe, Emmanuel Macron a décidé de changer les règles.

D’abord, il n’y aura plus de communiqué final négocié pour obtenir l’unanimité, on se contentera d’une brève déclaration. Ensuite, le président français a invité d’autres pays: quatre «grands partenaires engagés dans la promotion des libertés démocratiques» (lnde, Afrique du Sud, Australie et Chili) et quatre pays africains (Égypte, Sénégal, Burkina Faso et Rwanda). Avec eux, Emmanuel Macron entend publier à l’issue du sommet des textes sur différents thèmes que les pays qui les signent s’engagent à respecter. Que ce soit sur le numérique, l’égalité hommes-femmes, le climat ou le partenariat avec l’Afrique, il entend nouer des coalitions d’États à géométries variables sur des «outils concrets».

Placé sous le slogan «Un G7 contre les inégalités», ce sommet devrait donc accoucher d’initiatives concrètes dans plusieurs domaines. Mais derrière cette multitude de thèmes, un grand bras de fer va s’engager sur la fiscalité des entreprises numériques. C’est un enjeu colossal qu’Emmanuel Macron a résumé mercredi devant la presse en parlant d’un «statut de paradis fiscal permanent» dont jouissent les géants du numérique. «Nous sommes fous, s’est-il exclamé, je ne suis pas d’accord avec ce système!»

Pour le changer, une réunion préparatoire des ministres des Finances du G7 a préparé mi-juillet un accord qui permettrait une solution internationale devant l’OCDE. Mais le soutien de Donald Trump et de Boris Johnson est incertain. Bruno Le Maire, le ministre des Finances français, a averti : «Un accord au niveau du G7 est décisif. Si nous ne le trouvons pas sur les grands principes de la taxation du digital, franchement, ce sera difficile d’en trouver un entre 129 pays à l’OCDE.»

Dans la forêt touffue des thèmes et discussions menés ce week-end, c’est peut-être cet objet qui permettra de mesurer le succès et l’utilité véritable d’un tel sommet…

Créé: 23.08.2019, 13h55

Articles en relation

Un sommet qui s'annonce très tendu

G7 à Biarritz La station balnéaire de Biarritz, véritable camp retranché pour quelques jours, va accueillir les grands dirigeants de ce monde. Plus...

Barricadée, Biarritz se prépare au G7

France Jeudi, le sud-ouest de la France s'était transformé en camp retranché pour accueillir ce week-end le sommet du G7. Plus...

Biarritz sous cloche avant le G7, les antis se préparent à Hendaye

France Commerçants furieux, plage fermée, opposants affûtés, le G7 de Biarritz ne fait pas que des heureux… Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.