Euphorie à Jérusalem, bain de sang à Gaza

Proche-OrientPendant qu’Israël fêtait le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, des dizaines de Gazaouis ont été tués. Un nouveau soulèvement palestinien est-il proche?

Pendant qu’Israël jubilait, la bande de Gaza faisait face, lundi, aux gaz et aux tirs à balles réelles.

Pendant qu’Israël jubilait, la bande de Gaza faisait face, lundi, aux gaz et aux tirs à balles réelles. Image: Keystone

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C’est un triomphe diplomatique dans le sang. Pendant l’hymne national américain sur le site de la nouvelle ambassade à Jérusalem, célébrée en grande pompe pour les 70 ans d’Israël, les haut-parleurs des mosquées à Gaza appelaient les Palestiniens à franchir la clôture de séparation sous les tirs des soldats israéliens. Au fil de la journée, le bilan n’a cessé de s’alourdir jusqu’à franchir le cap d’une cinquantaine de morts en début de soirée. L’Autorité palestinienne a accusé Israël de commettre un «horrible massacre». Or, dans les discours officiels d’une cérémonie aseptisée au sud de la ville sainte, pas un mot sur Gaza.


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«Quelle journée glorieuse!» s’est exclamé Benjamin Netanyahou devant un parterre de dignitaires venus matérialiser la reconnaissance des États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël. «Vous ne pouvez bâtir la paix que sur la vérité et cette vérité est que Jérusalem a toujours été et sera toujours la capitale du peuple juif», a répété le premier ministre israélien. Au premier rang, Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, conseiller spécial de Donald Trump, en charge d’élaborer un plan de paix sur le point d’être dévoilé. «Ceux qui provoquent la violence font partie du problème et non de la solution», a-t-il insinué. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, ferme la porte, encore une fois, à toute médiation de paix et décrète trois jours de deuil national.

Journée meurtrière

À moins de 100 kilomètres de Jérusalem, les Gazaouis vivaient la journée la plus meurtrière depuis la dernière guerre en 2014. «Il y avait un flot incessant d’ambulances», raconte Rewad, le souffle court au téléphone. La mère de famille a passé la journée au camp de Malaka sous les drones israéliens qui larguaient des bombes lacrymogènes pour disperser la foule. Les manifestants lançaient des pierres, des cerfs-volants en flammes et tentaient d’endommager ou de traverser la clôture. «Je suis très inquiète. La colère a poussé les gens à être plus téméraires», raconte-t-elle. Plusieurs Gazaouis disent n’avoir plus rien à perdre, coincés dans un territoire sous blocus israélo-égyptien depuis onze ans.

En fin d’après-midi, l’armée israélienne a bombardé des infrastructures du Hamas, au nord de la bande de Gaza, en réponse «aux actes violents des dernières heures». Plus tard, les organisateurs ont appelé les manifestants à battre en retraite. «Le Hamas n’a aucun intérêt à provoquer une nouvelle guerre avec Israël», croit le politologue Mukhemar Abu Sada. Selon lui, le mouvement islamiste est «satisfait par l’ampleur du rassemblement qui mettra la pression sur Israël» dans ses négociations pour alléger le blocus. L’histoire ne se termine pas là. Des milliers de Palestiniens reviendront dans la zone tampon ce mardi, jour de la «Nakba» (catastrophe) qui commémore l’exode de 700 000 réfugiés, chassés de leurs terres lors de la création d’Israël en 1948.

«Trump make Israel great»

À Jérusalem, c’est un tout autre monde. Dans son appartement de la Vieille Ville, Imm Oussama a passé la journée entre ses fourneaux et Al Jazeera. «C’est douloureux de voir ces images, surtout les femmes et les enfants», souffle la Palestinienne. «C’est la population qui manifeste, pas des militants du Hamas», tient à préciser son mari, les yeux rivés sur la télévision. Dans les rues, les touristes déambulent comme un jour normal de mai. Walid est assis entre ses pots de fleurs au fond de son échoppe. «Nous sommes solidaires mais nous ne pouvons pas aller manifester dans la rue. Nous avons besoin de travailler», plaide le commerçant.

Autour de la nouvelle ambassade pavoisée d’une immense banderole «Trump make Israel great», à peine quelques échauffourées ont éclaté entre forces de l’ordre et un petit groupe de manifestants. Des hélicoptères quadrillaient le ciel de la ville sainte et plus d’un millier de policiers ont été déployés en renfort. Le Guatemala doit ouvrir sa nouvelle ambassade mercredi, le Paraguay à la fin de mai.

«La situation est très explosive. Nous ne croyons pas que d’autres pays d’importance emboîteront le pas aux Américains. Mais les dommages sur le processus de paix sont déjà faits», déplore Betty Herschman, responsable de l’ONG Ir Amim. Un Israélien, qui se présente sous le nom de Yanki, a même pris un jour de congé pour venir parader avec son drapeau américain. «C’est un jour spécial pour nous. Nous devons remercier Dieu, même s’il y a un prix à payer.» (24 heures)

Créé: 14.05.2018, 22h44

Réactions

À la Maison-Blanche
«La responsabilité de ces morts tragiques repose entièrement sur le Hamas» qui «provoque intentionnellement et cyniquement cette réponse» israélienne, a estimé un porte-parole de la présidence américaine.
À Moscou
«Le sort de Jérusalem doit être décidé par un dialogue direct avec les Palestiniens», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
En Europe
Les capitales européennes ont immédiatement appelé au «calme» et à la «retenue» pour «prévenir un nouvel embrasement».
À l’ONU
Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s’est dit «particulièrement inquiet» de la situation.
B.BR./Agences

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