Gaza subit de plein fouet la fin de l’aide américaine

Proche-OrientEn supprimant tout soutien financier, Washington espère pousser les Palestiniens à négocier la paix avec Israël.

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En léchant une sucette, Anas s’assoit sans broncher sur un mini pèse-personne. Mais du haut de ses deux ans, il ne fait pas le poids avec ses dix kilos. «Il devrait en peser quatre de plus», évalue le médecin à la clinique d’Ard el-Insan, l’une des rares à soigner les enfants atteints de la maladie cœliaque à Gaza. Le service est menacé par la récente décision des États-Unis de sabrer plus de 200 millions de dollars dans l’aide aux Palestiniens. «Dès qu’il mange du gluten, il régurgite tout. Sans suivi, mon fils pourrait mourir», s’alarme sa mère, Muna.

Chaque jour, l’équipe médicale accueille 70 petits patients malnutris. Privée de dollars, l’association – fondée par l’ONG suisse Terre des hommes en 1984 – mettra fin au contrat de sept employés. Selon son directeur, le pédiatre Adnan al-Wahaidi, «les familles de Gaza sont les premières victimes d’un jeu politique déplorable». Et Donald Trump semble en dicter les règles. En janvier, il a conditionné le versement de l’aide prévue aux Palestiniens à leur retour à la table des négociations. Or, après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le président Mahmoud Abbas a coupé les ponts, ne voyant plus les États-Unis comme un médiateur neutre dans le processus de paix.

Tout tourne au ralenti

Depuis, des dizaines d’organisations tournent au ralenti. À la Fondation Palestine Avenir pour l’enfance, les jeunes atteints de paralysie cérébrale reçoivent moins de soutien à l’école et dans la clinique de physiothérapie. Sans argent, moins de personnel. «Cela freine l’apprentissage et le développement physique des enfants», note le directeur Ahmed al-Kashif. Dans son bureau, les fenêtres ont été soufflées par des bombardements israéliens sur le building voisin lors d’une escalade à la mi-juillet. «Nous n’avons pas d’argent pour les remplacer», se résigne-t-il.

À Gaza, tout semble sur le point de s’écrouler. Même l’UNRWA, dernier rempart de l’économie gazaouie. Car en plus des 200 millions de dollars d’aide annulés, les États-Unis ont annoncé ce week-end qu’ils arrêteraient leur financement de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, dont les 300 millions attendus cette année. Le plus grand contributeur réclame une refonte complète de l’organisation qui assiste 1,3 million de réfugiés, seulement à Gaza. L’UNRWA a été forcée de congédier des employés le 1er septembre.

Dernière journée de travail pour Salamah Sharqawi jeudi dernier. Après quinze ans à l’UNRWA, un gouffre s’ouvre sous ses pieds. «Je suis sans emploi et endetté, ma famille va souffrir. Qui voudra m’embaucher alors que des milliers de jeunes diplômés ne demandent qu’à travailler?» s’interroge le conseiller psychosocial qui touchait plus de 1000 dollars par mois. À 44 ans, difficile de trouver mieux à Gaza, plombé par un taux de chômage de 40%.

«En écrasant les Palestiniens avec des mesures économiques sévères, Trump crée un incubateur pour la radicalisation des jeunes»

«Ces licenciements fragilisent le programme de santé mentale de l’UNRWA, indispensable en raison des traumatismes liés aux guerres répétées et au blocus», explique Amal al-Batsh, vice-présidente du syndicat. Selon son calcul, 126 personnes sont mises à pied et 553 autres voient leur salaire réduit de moitié. Inacceptable pour les employés, qui organisent quotidiennement un sit-in devant les bureaux des patrons, où la colère monte.

Stabilité régionale

Soupir de soulagement, la rentrée des classes des 260 000 élèves de l’UNRWA a eu lieu comme prévu à la fin du mois d’août pour assurer la «stabilité régionale», avait déclaré le commissaire général, le Suisse Pierre Krähenbühl. Sauf que d’ici à un mois, l’agence devra renflouer ses coffres pour éviter la fermeture des écoles. «En écrasant les Palestiniens avec des mesures économiques sévères, Trump crée un incubateur pour la radicalisation des jeunes. Il ne réussira pas à convaincre les leaders à négocier un plan de paix», analyse le politologue Omar Shaban.

Dernière claque en date: la volonté américaine de redéfinir le statut de réfugié, qui se transmet de génération en génération, et d’en diminuer le nombre. Une double peine pour Ahmad Shaheen, à la fois réfugié du camp de Jabalia et employé de l’UNRWA. Sans statut officiel, pas de coupon pour nourrir sa famille. Depuis un mois, il bombarde la direction de l’UNRWA de messages pour lui demander de réorganiser ses services au lieu de couper. «Je ne me contenterai pas d’un salaire amputé de moitié. Je vais me battre jusqu’à la fin. La dignité n’a pas de prix», martèle le père de cinq enfants, combatif.

Créé: 02.09.2018, 19h11

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