George Soros, ennemi juré des droites nationalistes

Contre-offensiveLe milliardaire voulait favoriser la démocratie. Il est devenu la bête noire de la constellation populiste.

Les autorités ont lancé une campagne «Stop Soros».

Les autorités ont lancé une campagne «Stop Soros». Image: REUTERS

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Adieu, Budapest! La célébrissime Université d’Europe centrale fondée il y a 27 ans dans la capitale hongroise va devoir déménager à Vienne. La direction l’a annoncé lundi: le gouvernement nationaliste de Viktor Orban n’a pas renouvelé son accréditation. Les milliers de manifestants réunis il y a dix jours n’ont pas fait fléchir le premier ministre. Celui-ci a pour bête noire le fondateur de cette institution académique, le milliardaire philanthrope George Soros, qui à 88 ans finance une foule d’organisations promouvant les droits de l’homme et la démocratie. L’accusant d’orchestrer une «immigration de masse», les autorités ont lancé la campagne «Stop Soros» pour entraver ses protégés. Face à un environnement «de plus en plus répressif», la Fondation Open Society du magnat de la finance a déjà transféré en mai ses bureaux à Berlin. Mais le bras de fer mondial, en fait, est mondial.

Le juif hongrois

Le premier ministre hongrois n’est pas le seul à prendre pour cible son compatriote né en 1930 à Budapest sous le nom de György Schwartz. Lui qui a survécu à la Shoah en se faisant passer pour chrétien, est parti en 1947 étudier à la London School of Economics, avant d’aller en 1956 s’enrichir aux États-Unis, où il vit encore. Fruit d’opérations de spéculation sur les devises (il aurait gagné 1 milliard de dollars en pariant en 1992 sur la chute de la livre sterling), la fortune de sa famille et de ses fondations, actives dans plus de 100 pays, est souvent évaluée à quelque 25 milliards de dollars.

Menacé en Turquie

Parmi ses ennemis jurés figure le président turc Recep Tayyip Erdogan. Il y a peu à Ankara, il accusait «le célèbre juif hongrois Soros» d’être derrière les agissements d’Osman Kavala, emprisonné pour avoir «financé les terroristes qui ont pris part aux événements de Gezi», le mouvement protestataire de 2013 qui avait commencé par un sit-in dans ce parc d’Istanbul. Le chef de l’État turc affirme que le philanthrope «envoie des gens dans le monde entier pour diviser et déchirer les nations». Bref, la fondation Open Society, visée par une enquête, vient d’annoncer lundi passé qu’elle se retirerait de Turquie, où des «affirmations sans fondement» rendent impossibles ses activités…

Cible facile aux États-Unis

Donald Trump n’est pas en reste. George Soros étant l’un des plus gros donateurs du Parti démocrate, le président républicain voit son ombre partout. Il a déclaré en octobre que le milliardaire finançait les manifestants protestant contre la nomination à la Cour suprême du juge Brett Kavanaugh, soupçonné d’agressions sexuelles à l’adolescence. «Les aboyeurs vulgaires sont des professionnels rémunérés», avait tweeté l’hôte de la Maison-Blanche, ajoutant que tout cela était «payé par Soros et d’autres». Puis début novembre, versant carrément dans la théorie du complot, il a émis l’hypothèse que la «caravane des migrants» arrivant d’Amérique centrale était peut-être financée par le même donateur. «Je ne serais pas surpris», a-t-il déclaré à la presse. De quoi alimenter la haine anti-Soros, qui fut le tout premier à recevoir un colis explosif dans sa boîte aux lettres, lundi 22 octobre, avant même Hillary Clinton et Barack Obama…

Aux États-Unis également, Facebook a reconnu avoir commandité une campagne de communication pour tenter de discréditer George Soros, qui est très critique envers les réseaux sociaux.

Quant à l’extrême droite, il va de soi qu’elle s’en donne à cœur joie. Le portail complotiste Infowars, ainsi que Breitbart, site lancé par Steve Bannon, l’ancienne éminence grise du président Trump, ont souvent dépeint George Soros comme le financier tout-puissant qui tire toutes les ficelles. Le site Vocativ a dénombré plus de 800 théories du complot liées au milliardaire sur les forums de «l’Alt-right». Des propos aux relents antisémites ont ensuite été repris sur la chaîne Fox News. L’animateur Glenn Beck a consacré une émission entière à ce «marionnettiste» attaquant «en coulisses» les valeurs américaines.

Caricaturé en Russie

Les attaques antisémites ne datent pas d’hier. En Russie, des caricatures d’un banquier faisant fortune sur le dos du peuple circulaient à la fin des années 1990, à l’époque où George Soros était soupçonné de vouloir tirer profit de la crise économique, comme il l’avait fait en 1992 en précipitant la crise de la livre britannique. Vladimir Poutine n’en veut pas sur ses terres. En 2015, il a fait interdire deux fondations du milliardaire, «menace pour le système constitutionnel et la sécurité de l’État».

Détesté en Israël

Plus inattendu, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou figure parmi les pourfendeurs de George Soros. La droite en Israël et la coalition républicaine juive aux États-Unis détestent ce philanthrope qui soutient à Washington le groupe de pression juif alternatif J Street (favorable à la solution des deux États) ainsi que des ONG israéliennes de défense des droits de l’homme telles que la célèbre B’Tselem.

Créé: 04.12.2018, 18h08

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