«Gilets jaunes» IV: 1723 interpellations

FranceL'Hexagone a vécu une quatrième journée de violence. Les forces de l'ordre étaient cette fois très actives.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des heurts ont de nouveau émaillé samedi, à Paris comme en province, la nouvelle journée d'action à hauts risques des «gilets jaunes» français, marquée par de très nombreuses arrestations, mais les émeutes étaient moins violentes dans la capitale française que celles de la semaine dernière, qui avaient plongé Paris dans le chaos.

Malgré les mises en garde des autorités qui ont tenté de dissuader les manifestants de se déplacer, le mouvement n'a pas faibli, avec 125'000 personnes recensées dans toute la France vers 16h, non loin des 13o'000 de samedi dernier.

Si la situation est restée relativement calme durant la première moitié de la journée, elle s'est ensuite tendue à Paris et dans plusieurs villes de province avec des affrontements et des pillages à la faveur de la nuit hivernale.

Après les sidérantes émeutes de la semaine passée, avec les barricades enflammées en plein Paris, des rues saccagées et les affrontements sous l'Arc de Triomphe, le gouvernement s'est félicité d'une journée nettement plus contrôlée, jugeant avoir «cassé la dynamique des casseurs», selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Fait exceptionnel: des véhicules blindés de la gendarmerie ont été déployés à Paris, résumant la montée en puissance sécuritaire du gouvernement d'Emmanuel Macron, qui ne parvient pas à apaiser depuis trois semaines cette colère des classes populaires françaises contre la politique fiscale et sociale du président français, dont le signe de ralliement est le gilet jaune fluorescent de signalisation que chaque conducteur français doit avoir dans son véhicule.

La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a déploré samedi soir «des scènes de chaos» dans la capitale et des «dégâts incommensurables» pour l'économie et l'image de la ville, à l'issue de la mobilisation des «gilets jaunes».

«Aux côtés des Parisiennes et des Parisiens qui ont vécu tout au long de cette journée des scènes de chaos», écrit-elle dans un tweet, jugeant cela «une fois encore (...) déplorable»

Plus de 1'000 arrestations

Après les événements de la semaine dernière, les autorités avaient prévenu qu'elles seraient beaucoup plus sévères et mobiles dans leur traque des éléments violents, «gilets jaunes», mais aussi casseurs sans revendication sociale.

Du coup, la capitale française s'était barricadée et des centaines de personnes ont été interpellées dans les gares ou aux abords des lieux de rassemblement, avant même toute manifestation, principalement car elles étaient en possession de marteau, de boules de pétanque, de pavés, de masques...

Au total, 1723 personnes ont été interpellées dans toute la France samedi, à l'occasion de l'acte IV de la mobilisation des «gilets jaunes», et 1220 ont été placées en garde à vue, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur dimanche. Quelque 136'000 personnes ont participé à cette nouvelle journée de mobilisation, soit le même nombre que le 1er décembre, a précisé la place Beauvau.

La météo capricieuse n'a pas dissuadé les manifestants. «Le temps est pourri, le gouvernement aussi», scandaient dans l'après-midi une poignée de «gilets jaunes» remontant l'avenue de l'Opéra, alors qu'une petite pluie fine commençait à tomber sur la capitale.

Comme la semaine dernière, des voitures et du mobilier urbain ont été incendiés, des vitrines saccagées et des magasins pillés. «Ils ont tout pris, tout, tout, tout», se lamente le propriétaire d'un magasin de lunettes rue Jouffroy d'Abbans, dans l'ouest parisien. Plusieurs journalistes ont été malmenés et même blessés lors des manifestations, dont plusieurs par des tirs de balles en caoutchouc.

Ailleurs en France, les manifestations de «gilets jaunes» ont été nombreuses et plusieurs d'entre elles ont aussi dégénéré, dans les grandes villes, comme à Bordeaux et Toulouse (sud-ouest), Saint-Etienne (centre) et Marseille (Sud) où des échauffourées ont éclaté sur la célèbre Canebière.

Une centaine de blessés

Un manifestant a été grièvement blessé à Bordeaux, sa main arrachée par une grenade anti-émeute qu'il avait ramassée. Au total 118 manifestants et 17 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon le gouvernement.

Plusieurs de ces manifestations ont fusionné avec les marches organisées parallèlement pour le climat, dans le cadre d'un appel international à l'occasion de la Conférence de l'ONU sur le climat qui se déroule en Pologne.

Cent vingt-six personnes ont été accueillies samedi dans les hôpitaux parisiens et en banlieue pour des blessures, lors de la journée de mobilisation des «gilets jaunes», selon un décompte établi après 20 heures par l'AP-HP. Près de 40% de ces blessés avaient quitté samedi soir les services d'urgence, a précisé à l'AFP le service de presse de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un peu plus tôt, vers 17h, la même source avait précisé qu'aucun blessé n'avait été hospitalisé en «urgence absolue».

Le week-end dernier, quelque 160 blessés avaient été pris en charge par les hôpitaux parisiens. Les établissements avaient mis en place vendredi «un dispositif de vigilance renforcé», avec «des renforts médicaux et non médicaux», pour se préparer à cette nouvelle journée de manifestation et de violences dans la capitale.

Vendredi également, le directeur de l'AP-HP, Martin Hirsch, avait appelé au calme en soulignant que la violence était «évitable» et que les éventuels blessés seraient soignés «par des infirmières, des aides-soignants qui ont le même salaire, les mêmes conditions» que les «gilets jaunes».

«Retisser l'unité nationale»

Les «gilets jaunes», issus majoritairement des classes populaires et moyennes, se disent excédés par la politique fiscale et sociale d'Emmanuel Macron, qu'ils jugent injuste et dénoncent depuis trois semaines, manifestant et organisant barrages filtrants et sit-in à travers le pays.

Le recul du gouvernement sur la hausse des taxes sur le carburant, revendication première des gilets jaunes, n'a pas permis d'apaiser un mouvement particulièrement défiant à l'égard des élites politiques et des partis traditionnels.

Dans la manifestation à Paris, Lydie Bailly, 48 ans, confie ne plus s'en sortir. «Je suis aide-soignante en gériatrie depuis 15 ans. Quand on est absente, on n'est pas remplacée. On n'a pas eu d'augmentation de salaire depuis dix ans, c'est juste révoltant». Symptôme d'un pays fracturé, le mouvement des «gilets jaunes», déstructuré et évoluant hors des cadres établis, n'a pas de véritable leader, rendant épineuses les tentatives de négociation du gouvernement avec lui.

Le Premier ministre Edouard Philippe a appelé de ses voeux une union nationale retrouvée. Il faut «retisser l'unité nationale», a-t-il dit samedi soir. Emmanuel Macron «s'exprimera. Il lui appartiendra de proposer les mesures qui viendront nourrir ce dialogue et qui permettront, je l'espère, à l'ensemble de la Nation française de se retrouver et d'être à la hauteur des enjeux», a ajouté le Premier ministre.

Cette révolte de ceux qui se vivent comme des laissés pour compte a été saluée samedi par l'américain Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump et un des théoriciens de la poussée populiste dans le monde occidental.

«Les gilets jaunes (...) de France, sont exactement le même type de gens qui ont élu Donald Trump (...), qui ont voté le Brexit. Ils veulent le contrôle de leur pays», a-t-il assuré, alors que le mouvement des Gilets jaunes français échappe largement à toute récupération des partis politiques traditionnels.

Et le phénomène fait florès hors de France. Samedi, 400 personnes ont été arrêtées à Bruxelles lors d'une manifestation de «gilets jaunes». Des manifestations dans le calme se sont aussi déroulées dans plusieurs villes des Pays-Bas.

Des pilleurs encore présents

Les quartiers huppés de l'ouest parisien ont une fois de plus assisté samedi au passage des casseurs, venus profiter de la manifestation des «gilets jaunes» à Paris pour piller les magasins éventrés sous le regard inquiet des habitants.

Devant le parc Monceau, orné de reproductions de ruines antiques et généralement fréquenté par les familles de ce quartier huppé, une voiture flambe, un peu plus loin un supermarché Monoprix est pillé. Ailleurs, c'est un magasin de golf, un restaurant ou une boutique d'informatique qui font les frais de petits groupes de jeunes.

Arrivés en début d'après-midi après le début des manifestations des «gilets jaunes», ces jeunes casseurs, sans aucune revendication sociale, se sont petit à petit agrégés au mouvement.

Agés d'une vingtaine d'années dans l'ensemble, souvent habillés de noir, masqués, toujours avec une capuche sur la tête, ils ne lancent pas de slogans. Les scènes de pillages, rapides et violentes, ont cette fois-ci principalement touché des rues plus éloignées des Champs-Elysées où les forces de l'ordre étaient en nombre et où les commerces s'étaient tous barricadés. (afp/nxp)

Créé: 08.12.2018, 05h16

Galerie photo

Les «Gilets jaunes»: les violences continuent

Les «Gilets jaunes»: les violences continuent Né le 18 octobre 2018, le mouvement protestait contre la hausse des prix du carburant annoncé par le gouvernement qui, depuis, a reculé. Mais il représente une colère sociale plus large.

Articles en relation

«La violence peut être utilisée. Soyez vigilants!»

«Gilets jaunes» Plusieurs Etats appellent leurs ressortissants à la prudence ce week-end à Paris, en raison de la fronde des «gilets jaunes». Plus...

«Gilets jaunes»: la hausse des taxes est «annulée»

France L'augmentation des taxes sur le carburant n'interviendra pas en 2019. L'Elysée craint toutefois «une très grande violence» samedi. Plus...

«Gilets jaunes»: l'Elysée tente de déminer

France Le gouvernement français tentait vendredi de trouver des leviers pour apaiser les colères avant les manifestations à haut risque des «gilets jaunes» samedi. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.