Huit Chinois sur dix devront parler mandarin en 2020

LangueActuellement le taux est de 70%. Pékin veut améliorer les communications. Tibétains et Ouïgours crient à l’homogénéisation.

Pékin est parvenu à imposer l'apprentissage du mandarin paralèllement à celui du tibétain dans les écoles de cette région autonome, comme ici à Lhasa.

Pékin est parvenu à imposer l'apprentissage du mandarin paralèllement à celui du tibétain dans les écoles de cette région autonome, comme ici à Lhasa. Image: Keystone

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La Chine se donne trois petites années pour enseigner le mandarin standard à près de 140 millions de ses habitants. Rien que ça! Pékin veut en effet que le nombre de locuteurs de la langue nationale passe de 70% à 80% de la population d’ici 2020. Tel est le plan publié par le Ministère de l’éducation et la Commission nationale des affaires linguistiques. Objectif: améliorer la communication dans un pays qui compte d’innombrables dialectes locaux. Entre Pékin et les lointaines provinces, bien entendu. Mais aussi entre villages d’une même région, qui ne se comprennent pas forcément.

Dorénavant, quand les écoles veulent recruter de nouveaux enseignants, elles doivent s’assurer d’abord que leur niveau de mandarin est suffisant. Quant aux instituteurs en poste dans les régions des ethnies minoritaires, ils devront effectuer une formation en ligne pour mettre à niveau leurs connaissances. En effet, si le taux de personnes parlant le mandardin a dépassé 90% dans les grandes villes, il n’atteint que péniblement les 40% de la population dans de nombreuses régions rurales.

Inquiètes, les minorités ethniques ne cachent pas leur méfiance à l’égard de ce plan gouvernemental, qui pourrait en fait dissimuler une nouvelle grande campagne d’homogénéisation des lointaines provinces par la majorité Han. Un précédent programme en 2014 s’est traduit en pratique par le remplacement d’enseignants ouïgours par des instituteurs débarqués de Pékin dans la région du Xinjiang, où vivent la plupart des musulmans turcophones. Non seulement les nouveaux ne parlaient pas la langue locale, mais ils étaient bien incapables de transmettre la culture propre à cette ethnie.

Au Tibet également, les politiques successives d’assimilation ont laissé des traces. Ces dernières années, l’introduction dans nombre d’écoles primaires de livres de mathématiques en mandarin comme alternative à ceux en tibétain a suscité des protestations. Plus largement, l’imposition de «l’éducation bilingue» dans les établissements scolaires a permis d’imposer progressivement la langue des Hans comme principal véhicule du savoir.

Or, le Xinjiang et le Tibet bénéficient tous deux du statut officiel de «région autonome». On peut donc imaginer l’inquiétude des autres ethnies minoritaires, face au raz de marée du mandarin.

(24 heures)

Créé: 04.04.2017, 12h38

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