«Il faut arrêter de faire la guerre contre la planète»

COP25Madrid a pris au pied levé le relais du Chili pour organiser la grande conférence mondiale sur le climat qui s’ouvre ce lundi.

Ce dimanche, Antonio Guterres tire tous les signaux d'alarmes concernant les changements climatiques.

Ce dimanche, Antonio Guterres tire tous les signaux d'alarmes concernant les changements climatiques. Image: Sean Gallup/Getty Images

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«Le changement climatique n’est plus un problème à long terme, le point de non-retour n’est plus à l’horizon, nous l’avons déjà atteint.» Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a tiré tous les signaux d’alarme dimanche à Madrid, à la veille de l’ouverture de la grande conférence mondiale sur le climat qui durera jusqu’au 13décembre. «Il faut arrêter de lutter contre la nature et de faire la guerre contre la planète», a-t-il lancé en exhortant les pays à assumer des engagements plus ambitieux pour réduire les émissions et atteindre la neutralité carbone en 2050.


Lire l'édito: Climat: l’obstacle égoïste des géants


Quelque 25000 personnes sont attendues dans la capitale espagnole à partir de ce lundi, entre diplomates, scientifiques et représentants des ONG, pour participer au marathon des douze jours de réunions et négociations de la COP25, sous le haut patronage de l’ONU. Mais la vraie star de ces rencontres sera sans doute Greta Thunberg, dont la force de conviction du haut de ses 16ans a déclenché une vague de mobilisation de la jeunesse européenne à travers le mouvement Fridays for Future.

Mais où se trouve son bateau? Arrivera-t-elle à Madrid à temps pour la grande marche pour le climat du 6décembre prochain? Le nom de la jeune activiste suédoise qui, depuis des jours, fait voile vers l’Europe en essuyant les tempêtes est sur toutes les lèvres dans la capitale espagnole. Elle avait traversé l’océan il y a quelques mois, prévoyant de se rendre au Chili où devait initialement se tenir le sommet mondial, avant que le pays andin, secoué par de fortes protestations sociales, ne décide de renoncer. C’est finalement Madrid qui a attrapé la balle au bond et pris le relais de Santiago pour accueillir la COP25. Ce changement in extremis, annoncé début novembre, a pris la jeune Suédoise à contrepied, et la voilà sur le trajet du retour. Tout le monde suit avec attention la page web qui retrace en temps réel son périple à travers l’Atlantique. Aux dernières nouvelles, si les vents sont favorables, elle accostera mardi à Lisbonne et un véhicule électrique mis à disposition par les autorités locales lui permettra d’arriver à temps à Madrid pour participer aux mobilisations.

L’aura de Greta

Du côté des associations et des activistes espagnols, on compte sur l’aura de l’adolescente suédoise et sur le renfort des militants écologistes européens attendus cette semaine pour provoquer le déclic chez les jeunes Espagnols, peu sensibilisés aux enjeux climatiques. «Pour l’instant, nos actions ont surtout été symboliques», reconnait Marta Monasterio, militante de la branche locale d’Ecologistes en action, en pleins préparatifs du sommet social qui est annoncé à partir de samedi sur le campus de l’Université Complutense de Madrid, en marge des événements officiels.

À l’autre bout de la ville, c’est le branle-bas de combat dans l’enceinte du parc des expositions de Madrid. «Bienvenue à la COP25», annonce déjà le grand panneau lumineux. Tout est encore vide, pourtant. Les premières délégations ont commencé à arriver dans le grand hall en chantier. Les électriciens tirent toujours les câbles, et les stands sont en montage dans les pavillons encombrés de cartons et de piles de chaises.

Madrid a eu un mois à peine pour gérer la logistique, aménager les lieux et mobiliser la société civile pour participer aux événements ouverts au public. «C’était ça ou voir le sommet repoussé à une période ultérieure sans date concrète», explique la ministre espagnole de la Transition écologique en fonction, Teresa Ribera, qui insiste sur l’urgence climatique et prétend faire de cette conférence celle de «l’affirmation des ambitions».

Dans les salles encore en installation, les premiers arrivants font des selfies devant les murs de photos montrant les glaciers de Patagonie, les maisons colorées de Valparaiso ou le désert d’Atacama. Même si l’Espagne s’est chargée de l’intendance, il est bien clair que le Chili conserve formellement la présidence de l’événement, et tout, depuis le logo jusqu’au nom des salles de réunion, le rappelle.

«Que ce soit à Madrid ou à Santiago, l’important, c’est que nous continuions d’avancer tous ensemble», affirme l’Américaine Barbara Watson, venue d’Austin, au Texas, pour suivre la conférence en tant qu’observatrice. «We are still in («Nous sommes toujours dedans»)», lit-on sur le pin’s qu’elle a fièrement épinglé après l’annonce par Donald Trump que les États-Unis étaient out, qu’ils sortaient de l’Accord de Paris. «Nous savons qu’il est important pour la planète d’avancer, nous venons dire ici que Donald Trump ne durera pas et que nous ferons face à nos responsabilités en matière d’environnement», assure-t-elle.


Les États-Unis envoient une délégation anémique à Madrid

La ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, a mis en cause, vendredi, «l'attitude absolument irresponsable de l'administration Trump» vis-à-vis du réchauffement climatique, avant l'ouverture, lundi, de la conférence internationale sur le climat COP25 à Madrid. Les États-Unis ont officialisé début novembre leur intention de se retirer de l'Accord de Paris sur le climat adopté en décembre 2015 et signé par 197pays, jusqu'à la Corée du Nord. «Nous avons une attitude absolument irresponsable de la part de l'administration Trump», a regretté la ministre dans un entretien à la télévision publique TVE. Une attitude «irresponsable aux yeux de la planète dans son ensemble, parce que ce que fera la principale économie de la planète [...] nous affecte tous, mais irresponsable aussi pour les intérêts de la société américaine», a-t-elle ajouté.

Cependant, «la communauté internationale a trouvé la manière de dire «non, c'est important de continuer à travailler, c'est important de continuer à coordonner des actions», personne ne suit formellement le président Trump, nous sommes donc devant une réaction positive», a-t-elle estimé. Le départ des États-Unis de l'Accord de Paris n'aura lieu au plus tôt que le 4novembre 2020, le lendemain de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis, où Donald Trump compte briguer un second mandat.

Alors que presque tous les pays seront représentés à Madrid par un ministre au moins, voire un chef d'État ou de gouvernement, une simple diplomate sera à la tête de la délégation américaine. L'influente présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a, elle, décidé de faire le déplacement pour «réaffirmer l'engagement du peuple américain à combattre la crise climatique».

Seuls 68pays se sont engagés à revoir à la hausse leurs engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020. Mais ils ne représentent que 8% des émissions mondiales, selon les experts, qui doutent que de grandes économies comme la Chine fassent des annonces lors de la COP. AFP

Créé: 01.12.2019, 22h20

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