Le face-à-face surprise entre Saied et Karoui se précise

TunisieL'universitaire sans parti politique Kais Saied, qui cultive une image de «M. Propre» est en tête de la présidentielle tunisienne.

Pour le moment, Kais Saied mène la danse au premier tour de l'élection présidentielle en Tunisie.
Vidéo: Keystone

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Les Tunisiens se dirigent vers un étonnant duel au second tour de la présidentielle. Les résultats du 1er tour, attendus mardi, doivent confirmer aux deux premières places le juriste Kais Saied et le magnat controversé des médias Nabil Karoui, actuellement en prison.

Avec les trois quarts des votes dépouillés, Kais Saied confirme son avance, en engrangeant 18,8% des voix, devant Nabil Karoui (15,7%), selon l'Instance indépendante chargée des élections (Isie). Les résultats complets sont prévus à partir de 12h00 locales (15h00 suisse).

«Les Tunisiens ont dit leurs maux», a titré le journal Le Quotidien, estimant que les électeurs avaient voté pour des candidats ayant fait campagne contre les élites politiques. Ils ont «préféré plonger dans l'inconnu que de retendre la main à ceux qui ont trahi ses espérances», a estimé le journal.

Tout en évoquant un taux de participation «acceptable» de 45%, le président de l'Isie Nabil Baffoun a invité lundi soir les partis et la société civile à «étudier les raisons de ces chiffres». L'Isie est également en train de se pencher sur les infractions à la présidentielle. Parmi celles évoquées, la campagne menée tambour battant pour Nabil Karoui par la chaîne Nessma TV, qu'il a fondée.

«Nous analysons (...), mais pour déchoir un candidat, il faut avoir une raison valable et solide d'infraction», a noté la porte-parole de l'instance, Hasna Ben Slimane.

En prison

Les avocats de Nabil Karoui, accusé de blanchiment d'argent et fraude fiscale et en détention provisoire depuis le 23 août, ont indiqué qu'ils déposeraient une nouvelle demande de libération dès les résultats confirmés. Nabil Karoui reste éligible tant qu'aucune condamnation ne le prive de ses droits civiques, a souligné l'Isie.

En fonction des recours, le second tour pourrait être organisé le 6 octobre, soit le même jour que les législatives, ou le 13 octobre, a précisé l'instance électorale. L'issue en reste indécise, d'autant que les deux candidats, très différents, ont puisé sur le même registre «anti-système».

Kais Saied est aussi ascétique et déconnecté des élites que Nabil Karoui est flamboyant et proche du gotha tunisien. L'incarcération de Nabil Karoui à dix jours du début de la campagne, qu'il a dénoncée comme une «injustice», a confirmé son statut d'outsider, bien qu'il ait longtemps été un important soutien du défunt président Béji Caïd Essebsi.

Kais Saied, lui, est un universitaire farouchement indépendant, qui prône une décentralisation radicale du pouvoir, avec une démocratie locale et des élus révocables en cours de mandat. «Les problèmes sociaux ne seront pas résolus par le pouvoir central», a-t-il déclaré lundi. «Je ne vends pas un programme, c'est aux citoyens de le fixer, de faire les grands choix pour dépasser la misère».

Parlement

Des tractations sont déjà en cours entre partis, en particulier dans l'optique de législatives cruciales dans un régime parlementaire mixte. Cette échéance devrait redessiner le paysage politique, au vu du rejet essuyé par les partis traditionnels. La formation d'inspiration islamiste Ennahdha, principale force au Parlement, qui avait présenté pour la première fois un candidat, a vu celui-ci arriver troisième avec 12,8% des voix. Ce score confirme l'érosion de son électorat depuis 2011.

Aucun des nombreux candidats du camp centriste, issu du parti Nidaa Tounes qui avait gagné la présidentielle et les législatives en 2014, n'atteint les 11%. Cumulés, leurs scores dépassent toutefois celui de Kais Saied. Reste à savoir si cette famille politique, minée par les luttes de pouvoir, parviendra à resserrer les rangs.

De sa cellule, Nabil Karoui a appelé ses partisans à transformer l'essai en donnant à son parti, Qalb Tounes, une place clé au Parlement. Kais Saied n'est appuyé par aucune structure partisane.

Vu la fragmentation des camps, «il est possible qu'aucune majorité ne se dégage pour former un gouvernement dans les délais prévus par la Constitution», s'était inquiété International crisis group (ICG) dans un rapport avant les scrutins. (ats/nxp)

Créé: 16.09.2019, 13h23

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