Un raz-de-marée pour Kais Saied en Tunisie

PrésidentielleAvec plus de 70% des voix, le juriste de 61 ans Kais Saied a aisément remporté dimanche soir l'élection présidentielle tunisienne, selon les sondages de sortie des urnes.

«Le peuple veut Kais Saied», «vive la Tunisie», s'époumonait la foule.
Vidéo: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des milliers de Tunisiens sont descendus dans la rue dimanche soir pour fêter la très large victoire de l'universitaire Kais Saied, donné par des sondages deuxième président élu au suffrage universel en Tunisie avec plus de 40 points d'avance sur l'homme d'affaires controversé Nabil Karoui.

Kais Saied, théoricien de la Constitution aux convictions conservatrices, a remporté plus de 70% des voix selon les sondages - 72,5% selon l'institut Emrhod, 76,9% selon l'institut Sigma.

Immédiatement après la publication de ces sondages vers 20h00 (21h00 en Tunisie, des milliers de personnes se sont rassemblées sur l'avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis, klaxonnant et chantant l'hymne national.

«C'est un jour historique: la Tunisie récolte les fruits de la révolution», a estimé Boussairi Abidi, un mécanicien de 39 ans. «Kais Saied va en finir avec la corruption, il sera un président juste».

Les résultats officiels ne seront pas connus avant lundi.

Kais Saied remercie les jeunes

Kais Saied a remercié «les jeunes qui ont ouvert une nouvelle page de l'histoire», lors d'une brève apparition devant ses partisans et la presse dans un hôtel. Environ 90% des électeurs de 18 à 25 ans ont voté pour l'universitaire, selon les estimations de l'institut de sondage Sigma, contre seulement 49,2% des plus de 60 ans.

«Je vais porter ce message» de la révolution de 2011, a-t-il assuré. «Chacun a choisi qui il voulait, en toute liberté. Notre projet est basé sur la liberté. L'époque de la soumission est finie. Nous venons d'entrer dans une nouvelle étape de l'histoire», a-t-il martelé.

Son rival Nabil Karoui, fondateur de la chaîne de télévision Nessma et poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment, a déploré un «déni de justice», estimant avoir été très pénalisé par son incarcération durant 49 jours en pleine campagne électorale. «C'est comme faire les jeux Olympiques et on casse un genou avant de faire les 100 mètres», a-t-il déclaré, ajoutant «On veut se défendre».

Pour ce troisième scrutin en un mois, la participation a été nettement plus élevée qu'au premier tour, atteignant 57,8% avec seulement 70% des bureaux pris en compte. Pour le premier tour le 15 septembre, moins d'un électeur sur deux s'était déplacé.

Kais Saied, qui n'a aucune expérience du pouvoir et s'est entouré d'une poignée de partisans néophytes en politique, était arrivé en tête du 1er tour, après une campagne de terrain low cost, créant un séisme au sein de la classe politique.

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, arrivé en tête des législatives du 6 octobre avec 52 sièges au Parlement (sur 217), a appelé ses partisans à se rendre dans le centre de Tunis pour fêter la victoire de Kais Saied. Ce dernier, farouchement indépendant, a exclu tout accord avec les partis. Ennahdha avait toutefois appelé à voter pour lui. En revanche, rares avaient été les appels explicites à voter pour Nabil Karoui.

Saga politique

La mort en juillet du premier président tunisien élu démocratiquement au suffrage universel, Béji Caïd Essebsi, a avancé la présidentielle de quelques mois, précipitant le pays dans une période politique mouvementée. Il y a d'abord eu l'arrestation fin août de Nabil Karoui, qui caracolait dans les sondages - une arrestation politique selon lui.

Le premier tour mi-septembre a emporté l'ensemble de la classe politique qui était en place au cours de la période post-révolution. Candidat sans parti, Kais Saied, 61 ans, avait obtenu 18,4% des voix, en exaltant les valeurs du soulèvement de 2011 et en prônant une décentralisation radicale.

Nabil Karoui, 56 ans, avait obtenu 15,6% des voix depuis sa cellule de prison. Les deux hommes, en rupture avec l'élite politique, ont bénéficié du vote sanction d'électeurs exaspérés par les chamailleries politiciennes et l'horizon économique bouché. Si la sécurité s'est nettement améliorée ces dernières années, après une série d'attentats djihadistes dévastateurs en 2015, le chômage continue de ronger les rêves, notamment des jeunes, et l'inflation grignote un pouvoir d'achat déjà faible.

«Consultations»

Dernier coup de théâtre, Nabil Karoui a été libéré in extremis mercredi, permettant la tenue d'un duel télévisé sans précédent et très suivi: plus de 6 millions de téléspectateurs, selon un institut de sondage, soit plus d'un Tunisien sur deux.

Alors que la Constitution de 2014 fait la part belle au Parlement, les regards se tourneront après ce second tour vers Ennahdha, chargé de former le nouveau gouvernement, une tâche ardue.

«Nous avons commencé nos consultations», a indiqué le chef du parti, Rached Ghannouchi, qui devra rallier de nombreux autres blocs pour atteindre la majorité de 109 sièges au Parlement. «En principe, c'est Ennahdha (qui dirige le gouvernement, ndlr) mais après les consultations plusieurs scénarios sont possibles», a-t-il souligné. L'hypothèse d'un gouvernement de technocrates a aussi été évoquée. (ats/nxp)

Créé: 13.10.2019, 21h35

Articles en relation

Nabil Karoui à l'offensive après sa libération

Tunisie L'homme d'affaires controversé, sorti de prison mercredi, n'a plus que quelques jours avant le deuxième tour de la présidentielle. Plus...

Un dernier débat de qualité avant le vote

Tunisie Kais Saied et Nabil Karoui ont débattu vendredi, avant le deuxième tour de l'élection présidentielle prévu dimanche. Plus...

Présidentielle à suspense en Tunisie

Élections Sept millions d'électeurs tunisiens doivent choisir entre Nabil Karoui ou Kais Saied lors de l'élection présidentielle. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.