Khashoggi, «personnalité de l’année» de «Time»

PresseLe journaliste saoudien assassiné et d’autres représentants des médias honorés par le magazine.

Image: Mohammed Al-Shaikh/AFP

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«Time» les a qualifiés de «gardiens» dans un contexte de «guerre contre la vérité». Mardi, le célèbre magazine américain a désigné «personnalités de l’année» Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien du «Washington Post» assassiné le 2 octobre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, la rédaction de la «Capital Gazette», un journal local du Maryland décimé par une fusillade le 28 juin, la journaliste philippine Maria Ressa et deux reporters birmans de l’agence Reuters actuellement incarcérés, Wa Lone et Kyaw Son Oo.

Cette distinction est intervenue 48 heures à peine après que Donald Trump a une nouvelle fois qualifié la presse d’«ennemie du peuple». Le président des États-Unis avait été désigné «personnalité de l’année» en 2016, l’année de son élection à la Maison-Blanche. Il est aujourd’hui montré du doigt par le magazine, qui souligne ses «contre-vérités routinières» ainsi que son «soutien pour les despotes» et ses «attaques contre la presse». Time rappelle aussi que la qualification de la presse comme «ennemie du peuple», chère à Donald Trump, remonte aux années 1930 en Union soviétique.

Le magazine américain mentionne plusieurs cas d’intimidations de journalistes en 2018, comme celui de Patricia Campos Mello, qui a été menacée après avoir révélé que Jair Bolsonaro, le président élu du Brésil, a financé une campagne de désinformation sur le service de messagerie WhatsApp. Rosental Alves, un professeur de journalisme à l’Université du Texas et un ancien rédacteur en chef du «Jornal do Brasil», est «ravi» du choix de «Time» «d’honorer des journalistes qui sont constamment attaqués dans le cadre d’une campagne contre l’indépendance de la presse».

Autocrates encouragés

Pour Rosental Alves, les attaques de Donald Trump contre les médias donnent un exemple aux autocrates et aux adversaires de la liberté de la presse. «Time» mentionne le cas de la Hongrie, où un reporter a été interpellé par la police et a été réprimandé par la justice après ses révélations contre le premier ministre Victor Orbán.

Au Brésil, Jair Bolsonaro a attaqué la «Folha de São Paulo», le quotidien qui emploie Patricia Campos Mello et a notamment révélé la campagne de désinformation du futur président sur WhatsApp. Dans une interview accordée à la chaîne de télévision Globo au lendemain de sa victoire électorale, Jair Bolsonaro avait qualifié le journal de fake news. «L’attitude du président élu brésilien face à la presse est vraiment inquiétante», poursuit Rosental Alves. «Ce qui se passe au Brésil avec les médias est similaire à ce que nous vivons aux États-Unis.»

Le refus de Donald Trump de condamner l’Arabie saoudite pour l’assassinat de Jamal Khashoggi malgré les conclusions de la CIA selon lesquelles le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman (MBS) a ordonné le meurtre a agacé certains parlementaires de son propre parti républicain. Mardi, alors que la majorité des élus conservateurs n’a pas commenté le choix de «Time», le Sénateur Jeff Flake, l’un des rares républicains à oser critiquer ouvertement Donald Trump, a félicité le magazine pour son choix: «Le despotisme est l’ennemi du peuple, a-t-il affirmé sur Twitter. La presse libre est l’ennemie du despotisme, ce qui fait de la presse libre la gardienne de la démocratie.»

Créé: 11.12.2018, 23h05

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