Kirovsk, la ville minière qui se tourne vers l’or blanc

Grand NordL’année dernière, ils étaient quelque 200 000 visiteurs à venir dévaler les pentes de la petite station située à 175 km au sud de Mourmansk.

«Vous ne trouvez pas qu’elle ressemble à une jeune fille couchée», demande Victor Shmelev, l’assistant directeur de la station de ski de la petite localité.

«Vous ne trouvez pas qu’elle ressemble à une jeune fille couchée», demande Victor Shmelev, l’assistant directeur de la station de ski de la petite localité. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Vous ne trouvez pas qu’elle ressemble à une jeune fille couchée», demande Victor Shmelev en pointant du doigt l’une des montagnes entourant Kirovsk, une petite ville minière de quelque 27 000 habitants. «Ici, nous l’avons en tout cas baptisée «Beauté dormante!» raconte l’assistant directeur de la station de ski de cette localité située à 175 km au sud de Mourmansk. Alpinisme en été, ski en hiver, les sommets ont désormais la cote à Kirovsk.

Pourtant, au départ, lorsqu’en 1929 les premiers Russes débarquent et fondent cette petite bourgade baptisée d’abord, entre 1929 et 1934, Khibinogorsk, seules les entrailles des montagnes les intéressent. Ils sont là pour creuser la terre à la recherche des gisements d’apatite et de néphéline qui pullulent dans la région. Alors que le premier caillou aurait des vertus thérapeutiques, le second est surtout composé de sodium, de silicium ou encore d’aluminium.

Pendant longtemps, la journée des habitants s’est résumée à plonger sous terre afin d’en extraire les précieux minerais, puis à aller finir leur journée au bistrot du coin pour se saouler à la vodka bon marché ou à la mauvaise bière. Surtout en hiver, quand durant de nombreuses semaines la nuit polaire finit par peser sur le moral.

Quant à la montagne, elle est plutôt perçue comme un dangereux adversaire, assoiffé de sang de mineur. L’un des derniers accidents retentissants dans cette région minière ne remonte d’ailleurs pas très loin dans le temps. Dans la mine d’apatite de Rasvoumtchor, à huit kilomètres de Kirovsk, une explosion devait tuer une dizaine de travailleurs… le 12 décembre 2008.

Ouverture au tourisme

Un seul mineur garde, nuit et jour, le sourire dans la petite localité aux immeubles délabrés. Il est en métal. Installé au centre de la ville, il fait la joie des touristes qui adorent par dessus tout se prendre en photo devant. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à venir profiter des neiges abondantes qui recouvrent chaque hiver les pentes des monts du massif des Khibiny.

L’année dernière, la station a atteint le nombre record de 200 000 visiteurs. Attirés par la quantité et la qualité de la neige, ces derniers proviennent de toute la Russie. «En moyenne, durant la saison qui s’étale entre le mois de novembre et le mois de mai, les pistes sont recouvertes d’un mètre à un mètre et demi de poudreuse», précise Victor Shmelev. Et malgré la hauteur relative des montagnes alentour – le plus haut sommet culminant à 1047 m d’altitude –, les canons à neige y sont inutiles.

«Kirovsk est fascinant. Les maisons sont en ruine et les remonte-pentes ne fonctionnent pas. Mais la neige est bonne et c’est surtout beaucoup moins cher que les prix imposés dans les stations européennes», écrivait en 2006 Jenia Didenko, un gérant de magasin sportif à Saint-Pétersbourg, sur le portail touristique Easyvoyage. A cette époque, la station commençait alors à peine à s’ouvrir aux touristes. Car, au départ de cette reconversion, et durant de nombreuses années, les distractions en montagne étaient réservées aux mineurs, sur l’impulsion de leur employeur qui cherchait à leur offrir une alternative aux beuveries dans les bars.

Beaucoup d’argent investi

Depuis, beaucoup d’argent a été investi par BigWood Company, la société qui exploite les installations de ski. Des entreprises suisses ont d’ailleurs contribué à les moderniser, à l’exemple du Saint-Gallois Bartholet ou de la vaudoise Kudelski (lire ci-contre). «Ces dernières années, le domaine a triplé de volume et compte désormais environ 20 kilomètres de pistes sur trois versants de montagne», détaille l’assistant directeur de la station de ski. Et à ses dires, «de nouveaux projets sont en cours d’élaboration». Pour quel montant et avec quel agenda? BigWood Company laisse planer le mystère.

Avant de quitter l’assistant de direction, il reste à aborder le thème qui fâche et divise fortement la Russie: le réchauffement climatique. Est-ce que Kirovsk et ses pentes neigeuses souffrent du même mal qui frappe les stations suisses de basse altitude? Autrement écrit, est-ce que le nouvel eldorado blanc et poudreux, véritable musique d’avenir pour la région, finira par s’épuiser, comme ses mines d’apatite et de néphéline? «La neige est effectivement un peu moins abondante», estime, sans réelle certitude, Victor Shmelev. Le Russe constate surtout que les pistes sont désormais soufflées par des vents plus violents qu’auparavant.

Quant au pire, s’il finissait par arriver, si les chutes d’or blanc commençaient véritablement à s’essouffler, la ville s’adapterait à nouveau et utiliserait les mêmes remèdes qu’en Europe: les canons à neige. Car les 27 000 habitants de Kirovsk ne sont pas prêts à renoncer à cette longue relation d’amour-haine avec leurs montagnes.

Suivez nos équipes de journalistes dans le Grand Nord sur notre webdoc spécial.

Créé: 09.07.2016, 08h54

La montagne baptisée par les habitants de Kirovsk «Beauté dormante».

La renommée mondiale des télécabines suisses

Lorsqu’il s’agit de ski, de montagnes et de remontées mécaniques, les Suisses ne sont jamais très loin. Au fil des dernières décennies, certains acteurs à croix blanche ont acquis une expertise de renommée mondiale. A Kirosvk, par exemple, il est difficile de passer à côté des bornes SkiData, installées à l’entrée de la télécabine située en bas de la petite station de ski russe. Cette entreprise, devenue en une vingtaine d’années l’un des principaux fournisseurs mondiaux de solutions de gestion d’accès, n’est autre qu’une filiale du groupe vaudois Kudelski, aujourd’hui leader mondial dans la sécurité numérique.

Concernant les télésièges, télécabines et autres remontées mécaniques, si plusieurs acteurs se partagent le marché, de nombreuses sociétés suisses vendent et montent désormais leurs installations aux quatre coins du monde. A l’exemple de l’entreprise saint-galloise Bartholet, qui a contribué à moderniser les installations de Kirovsk en mettant notamment en service un nouveau télésiège à quatre places durant la saison 2013-2014. Autres exemples, ceux de la société Rowena (ex-GMD Müller), basée à Dübendorf (canton de Zurich), ou du groupe schwytzois Doppelmayr - Garaventa. Ce dernier, avec l’un de ses modèles de téléphérique installé entre les montagnes de Whistler et de Blackcomb, au nord de Vancouver (Canada), a d’ailleurs battu de nombreux records. Baptisé Peak 2 Peak (sommet à sommet), il est long de 4,4 kilomètres et culmine à quelque 436 mètres du sol.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.