L’Amérique progressiste se mobilise pour quitter Facebook

InternetAlors que Mark Zuckerberg tente de contenir la crise, de nombreux utilisateurs de gauche disent avoir fermé leur compte.

Pouce vers le bas, cette femme parodie le logo de Facebook, devant le quartier général du réseau à Menlo Park.

Pouce vers le bas, cette femme parodie le logo de Facebook, devant le quartier général du réseau à Menlo Park. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Eli Beckman en a assez. L’architecte de 25 ans qui fait campagne sous la bannière du Parti démocrate pour un siège au Conseil municipal de Corte Madera, dans la banlieue de San Francisco, est sur le point de fermer son compte Facebook. «Je suis vraiment dégoûté par le comportement de Facebook», explique-t-il. «Ce réseau social s’est immiscé dans notre démocratie et ne prend pas ses responsabilités au sérieux. Facebook a choisi de privilégier ses bénéfices aux dépens de notre pays.» Eli Beckman justifie son désaveu de Facebook par l’attitude du réseau social pendant la campagne présidentielle américaine de 2016. «Je ne me préoccupe guère que mes données personnelles soient partagées avec des tierces parties, car si quelqu’un veut trouver mon e-mail ou mon numéro de téléphone, il les trouvera facilement, poursuit-il. L’ingérence russe dans la campagne électorale, la campagne de désinformation sur Facebook et la faible réponse de la compagnie sont beaucoup plus inquiétantes pour moi.»

Laurie Johnson acquiesce. La retraitée progressiste de l’Ohio a décidé de fermer son compte Facebook jeudi. Le partage des données de 50 millions d’utilisateurs de Facebook avec Cambridge Analytica, une société proche de la campagne de Donald Trump en 2016, a été l’affaire de trop pour elle. «Je suis fâchée de la complicité de Facebook dans le piratage des élections, explique-t-elle. Nous ne sommes pas leurs clients. Les annonceurs le sont. Et Facebook n’a aucune loyauté envers nous ou envers la vérité.»

Effacer Facebook

L’appel au boycott de Facebook a pris de l’ampleur sur Twitter, un autre réseau social, sous la bannière #deleteFacebook (effacer Facebook). La chanteuse Cher a ouvert la voie en annonçant mardi sur Twitter avoir fait quelque chose de «très difficile» en effaçant son compte Facebook. Le cofondateur de WhatsApp, un service de messagerie racheté par Facebook, s’est joint au mouvement. «Il est temps. #deleteFacebook», a tweeté Brian Acton.

Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a tenté mercredi de contenir la crise déclenchée par l’affaire Cambridge Analytica. «Nous avons une responsabilité de protéger vos données et si nous n’y arrivons pas, nous ne méritons pas de vous servir», a-t-il affirmé dans un communiqué publié sur Facebook, avant de présenter ses excuses quelques heures plus tard dans une interview diffusée sur CNN. «C’est un abus de confiance très important et je suis vraiment désolé de ce qui s’est passé», a assuré le patron de Facebook, âgé de 33 ans.

Tellement de mensonges

Pour David Ledonne, un électeur progressiste originaire de Pittsburgh, en Pennsylvanie, ces regrets de Mark Zuckerberg sont tardifs. «Il y a tellement de mensonges qui circulent sur Facebook et je me suis rendu compte que je passais la majeure partie de mon temps à débattre de politique avec mes contacts qui se formaient leur opinion avec des histoires totalement fausses sur Hillary Clinton, explique-t-il. Pour moi, c’était comme un devoir patriotique de fermer mon compte Facebook.»

David Leone n’a pas tourné le dos à tous les réseaux sociaux pour autant. Le représentant commercial pour une célèbre marque de motos est très actif sur Twitter. «Même si je suis ouvert à toutes les opinions politiques, je peux plus facilement me construire ma bulle politique progressiste sur Twitter, précise l’homme de 49 ans. J’y passe la majeure partie de mon temps à encourager les gens à s’engager pour le changement.»

Jana, une hôtesse de l’air, raconte avoir effacé son compte Facebook en 2013 et n’avoir «jamais regretté» sa décision. «Je suis soulagée de voir que les gens réalisent enfin ce que fait Facebook depuis longtemps, explique-t-elle. Peut-être que le mouvement actuel rend les internautes plus conscients de leur manière de gérer leurs données et de se comporter sur Internet.»


Et les membres suisses?

Les utilisateurs suisses vont-ils déserter Facebook? Des spécialistes des nouvelles technologies en doutent alors que la Suisse n’est pas directement touchée par le scandale de détournement de données. La plateforme «est tellement entrée dans les mœurs qu’il faudrait vraiment que l’affaire prenne de l’importance», commente le blogueur Xavier Studer. Contacté, Facebook revendique en Suisse 3,8 millions de membres actifs par mois et 2,9 millions actifs quotidiennement. L’entreprise ne communique pas d’évolution sur le temps. Elle ne dit pas si les appels aux désinscriptions ont eu un impact ici. Selon les données de la régie publicitaire de Facebook recensées par Xavier Studer, le nombre d’utilisateurs est en constante augmentation. Jeudi, il dénombrait environ 230 000 nouveaux comptes depuis août 2017. Spécialiste des nouvelles technologies, Stéphane Koch doute lui aussi d’une vague de fermetures de comptes helvétiques. La démarche n’est par ailleurs pas très utile, estime-t-il, alors que Facebook n’est de loin pas le seul à collecter des données. «Supprimer son compte, c’est un coup d’épée dans l’eau. Ce qu’il faut, c’est éveiller sa conscience et paramétrer son compte. C’est un acte d’activisme.» G.S. Impact (24 heures)

Créé: 22.03.2018, 21h46

Mark Zuckerberg, «corrigé» par des utilisateurs fâchés.

Appels au durcissement du droit suisse

Et si une affaire Cambridge Analytica se produisait en Suisse? Pour Sébastien Fanti, préposé valaisan à la protection des données, une telle éventualité est tout à fait imaginable. «Ça pourrait arriver demain!»

Le scandale rappelle que la Suisse est mal armée en matière de protection des données. Politiciens et spécialistes appellent depuis longtemps à un durcissement. Une lacune concerne l’arsenal répressif. «La loi actuelle est un tigre de papier, elle établit des principes mais ne donne pas les moyens de les faire respecter», commente l’avocat Nicolas Capt. «Les sanctions prévues sont si timides qu’elles sont loin d’avoir un effet dissuasif pour des géants comme Facebook», poursuit l’ancien conseiller national Jean Christoph Schwaab. Le socialiste vaudois s’est beaucoup engagé à Berne sur ces questions. Il avait notamment plaidé, en vain, pour des sanctions pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaires du groupe concerné.

Le Conseil fédéral a mis en route un projet de révision de la loi sur la protection des données – qui date de 1992 – visant notamment à renforcer le droit de chacun de disposer de ses propres données. Il veut aussi instaurer des sanctions plus sévères. «Le plafond des amendes reste toutefois modeste par rapport à ce que prévoient les futures normes européennes qui entrent en vigueur fin mai», commente Nicolas Capt.

Autre problème: la difficulté à faire valoir ses droits en cas de violation. C’est surtout le cas lorsqu’il s’agit de porter plainte pour des commentaires laissés sur les réseaux sociaux alors que l’auteur et le site sont basés à l’étranger. Deux motions ont été déposées au parlement pour faciliter la démarche. L’une, déposée par Christian Levrat (FR/PS), veut faciliter l’accès des autorités de poursuite pénale aux données des réseaux sociaux. La seconde, de Balthasar Glättli (ZH/Verts), veut obliger toute plateforme comptant plus de 200 000 membres à avoir une adresse suisse. G.S.

Articles en relation

Facebook démontre déjà sa réelle vulnérabilité

Internet L’agence Bloomberg se mobilise pour faciliter la désertion du plus grand réseau social du monde. Plus...

Facebook à la question des deux côtés de l’Atlantique

Internet Mark Zuckerberg est invité à Bruxelles pour s’expliquer sur l’exploitation des données de millions d’utilisateurs de son réseau. Enquête aux États-Unis. Plus...

La taxation des GAFA en Suisse rapporterait des dizaines de millions

Fiscalité Berne évoque l’idée d’impôts prometteurs, prélevés sur les recettes publicitaires de Google ou Facebook. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.