L'ennemi N°1 de Poutine condamné à cinq ans de prison

RussieL'opposant russe Alexeï Navalny, farouche adversaire du président Poutine et blogueur célèbre en Russie, a été condamné à cinq ans de prison. La communauté internationale s'est aussitôt insurgée.

Alexeï Navalny, au moment du verdict ce 18 juillet 2013.

Alexeï Navalny, au moment du verdict ce 18 juillet 2013. Image: Keystone

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L’opposant russe Alexeï Navalny a été condamné jeudi à cinq ans de camp dans un procès pour détournement de fonds, des faits qu’il nie en bloc. Cette condamnation devrait écarter de la scène politique l’un des critiques les plus féroces du président Vladimir Poutine. La communauté internationale a immédiatement fait part de son indignation et de son inquiétude

Le condamné a aussitôt été arrêté et menotté dans la salle du tribunal de Kirov, à 900 km à l’est de Moscou. Le juge Sergueï Blinov a condamné M. Navalny, arguant de la «gravité du crime» et du «danger qu’il représente pour la société». L’opposant écope en outre d’une amende de 500’000 roubles (15’000 francs).

«Le tribunal a établi que Navalny a organisé cet acte criminel et a dirigé la mise en oeuvre de ce détournement à grande échelle», a déclaré le magistrat au début de l’énoncé du jugement.

«Motifs politiques»

Blogueur célèbre en Russie, Alexeï Navalny, 37 ans et père de deux enfants, a démenti toute malversation. Il affirme que les poursuites engagées contre lui obéissent à des motifs politiques.

«Sa culpabilité est entièrement prouvée. Aucune preuve ne confirme les affirmations de Navalny selon lesquelles il est poursuivi pour des raisons politiques», a cependant déclaré le juge, lisant le jugement avec un débit très rapide et d’une voix monotone. Le parquet avait requis contre lui six ans de camp, une amende d’un million de roubles (plus de 29’000 francs), et demandé qu’il soit arrêté après le jugement dans la salle du tribunal.

Poutine «crapaud»

Jugé depuis le 17 avril, M. Navalny est accusé d’avoir organisé, en 2009, le détournement de 16 millions de roubles (plus de 460’000 francs) au détriment d’une exploitation forestière, Kirovles, alors qu’il était conseiller du gouverneur libéral de la région.

Debout, en jean et chemise aux manches retroussées, l’accusé a écouté sans grande attention l’énoncé du jugement, écrivant des messages sur son smartphone, jusqu’à ce que le juge annonce sa condamnation.

A ce moment, il a discrètement accusé le coup, s’appuyant sur la table devant lui, et a cherché des yeux son épouse dans le public. Il avait dit s’attendre à de la prison ferme, et être prêt à sa condamnation.

Dans un dernier message envoyé sur Twitter avant d’être menotté, il a comparé Vladimir Poutine à un «crapaud» qui utilise les recettes pétrolières du pays pour se maintenir au pouvoir. «Ne me regrettez pas. Mieux, bougez-vous», écrit-il à ses partisans. La défense d’Alexeï Navalny a promis de faire appel du jugement.

««Papa, qu’est-ce que tu as fait?» »

Son coaccusé, l’homme d’affaires Piotr Ofitserov, a été condamné à quatre ans de prison pour complicité. Il avait refusé de donner aux enquêteurs les témoignages que ceux-ci exigeaient, ce qui lui aurait assuré une peine plus clémente.

«J’ai cinq enfants. Ils ont aujourd’hui besoin de moi. Mais si je passe un accord avec les enquêteurs, ils me demanderont quand ils seront grands: ’Papa, qu’est-ce que tu as fait?’», avait expliqué M. Ofitserov dans sa dernière déclaration.

Les deux hommes ont embrassé leurs épouses présentes dans la salle du tribunal avant d’être emmenés en prison. Plusieurs opposants s’étaient rendus à Kirov pour soutenir Navalny. Parmi eux, Boris Nemtsov, l’ex-vice-Premier ministre de Boris Eltsine, a dénoncé une affaire «fabriquée du début jusqu’à la fin».

La journaliste et militante Olga Romanova arborait un T-shirt portant l’inscription «Liberté pour Navalny, Poutine voleur!», slogan préféré de l’opposant.

Condamnations et appel à des rassemblements

Amnesty International a dénoncé une «parodie de procès». «C’est un exemple flagrant de la manière dont le pouvoir russe utilise la justice pénale pour (...) la mise au pas de l’opposition politique et de la société civile, ce qui correspond au recul visible en Russie de la liberté d’expression et d’association», a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Les Etats-Unis, l’Union européenne, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont réagi vivement à cette condamnation. L’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a dénoncé un exemple de l’utilisation «inacceptable» de la justice contre les opposants en Russie.

Peu après la condamnation jeudi de l'opposant russe Alexeï Navalny, le parquet a demandé qu'il soit remis en liberté sous contrôle judiciaire, jusqu'à l'examen de l'appel que ses défenseurs ont d'ores et déjà annoncé.

«Le parquet estime que Navalny peut être placé sous contrôle judiciaire jusqu'à l'entrée en vigueur du jugement», a indiqué le service de presse du ministère public. La requête doit être examinée par le tribunal de Kirov vendredi à 10h00 locales (08h00 suisses).

Des dizaines de personnes ont été interpellées. Deux mille personnes environ ont manifesté également à Saint-Pétersbourg. (ats/nxp)

Créé: 18.07.2013, 21h34

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