L’origine inquiétante de l’abondance

Enquête 3/7 Les perches estoniennes ont-elles grandi dans un environnement sain?

La mer Baltique, partagée entre neuf pays, est une des mers les plus polluées au monde.

La mer Baltique, partagée entre neuf pays, est une des mers les plus polluées au monde. Image: Odile Meylan

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Des tonnes de poissons malgré une pêche intensive. C’est aussi le résultat d’une réalité bien plus sombre: la pollution des eaux. Les scientifiques estoniens ne s’en cachent pas. «Si la concentration en phosphore et en azote est importante dans l’eau, ceci est mauvais pour le lac ou la mer et provoque son eutrophisation, mais cela crée des algues et donne de la nourriture pour les espèces, explique Markus Vetemaa de l’Institut marin estonien. La mer Baltique a une production de poissons bien plus grande aujourd’hui qu’il y a 100 ans lorsqu’elle était plus propre.»


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Une mer sale

Partagée entre neuf pays, la mer Baltique est une des mers les plus polluées du monde. «Les niveaux de phosphore et d’azote sont élevés et l’évolution ces dernières années n’est pas très bonne. Cela vient de l’agriculture, de l’air et des villes essentiellement», explique Markus Vetemaa. Les premières conséquences de l’eutrophisation de la mer Baltique ont été observées dans les années 50. Des zones mortes dépourvues d’oxygène sont apparues et ont presque doublé en 115 ans. Intensément monitorée, la Baltique est aujourd’hui à 97% eutrophique, relève le dernier rapport fait par Helcom, la commission de protection de l’environnement marin de cette mer.

Outre l’eutrophisation, l’état des lieux relève aussi la présence de substances dangereuses trop élevées. On parle, entre autres, de mercure, mais aussi de césium, déposé après l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986. «La pression sur le milieu marin due aux contaminants est élevée dans toutes les parties de la mer Baltique», relève le rapport Helcom. Les analyses ont mis en évidence des traces de mercure dans le hareng, la morue mais aussi la perche.

La photographie est peu glorieuse. À cela, il faut ajouter la pression de la pêche industrielle. Depuis plus d’une décennie, des mesures ont été prises pour inverser ces tendances. Globalement, la situation ne s’aggrave pas. Mais il faudra du temps. «Compte tenu de la lenteur des processus en mer et de la pollution antérieure qui s’est accumulée dans la mer, il est très difficile d’atteindre un bon état des eaux côtières au cours de la prochaine décennie», conclut Helcom.

La Russie pointée du doigt

Le Peipsi, c’est l’histoire d’un lac qui a failli mourir, pollué par des fertilisants et par les eaux usées à l’ère soviétique, et désormais scruté de près. Un lac hautement productif en poissons mais fortement eutrophique. Questionnez les pêcheurs: la pollution du lac est toujours en arrière-fond, mais la plupart ne s’en préoccupent pas. Tant qu’il y a du poisson…

Chercheur à l’Université estonienne des sciences de la vie à Tartu, Arvu Tuvikene juge l’état écologique du Peipsi comme «moyen». «L’excès de charge en nutriments est toujours un problème même si l’usine de traitement des eaux de Tartu fonctionne depuis 1996, qu’elle est continuellement améliorée et très efficace aujourd’hui.» Il pointe du doigt une charge en nutriments beaucoup plus intense dans la partie sud du lac où se déverse la rivière russe Velikaya. Selon les données 2017, le lac Peipsi contenait entre 43 et 67 microgrammes par litre de phosphore. À la même période, le Léman en comptait 18. Ce dernier était au bord de l’asphyxie dans les années 80 lorsque les teneurs de phosphore atteignaient les 80 microgrammes.

En Estonie, on regarde la rive d’en face avec méfiance. «Nous ne disposons pas d’informations appropriées sur l’efficacité du traitement des eaux usées à Pskov, en Russie, poursuit le chercheur. Selon la Commission russo-estonienne pour la protection et l’utilisation durable des masses d’eau limitrophes, la quantité de substances polluantes dans le bassin-versant a diminué de 42% au cours de la dernière décennie. Les métaux lourds étaient au-dessous des concentrations limites, mais dans certaines stations de surveillance, les concentrations de biocides (glyphosates, dicamba) dépassaient les taux maximaux admissibles.»

Une usine défaillante

Un audit national de 2012 sur l’efficacité des mesures prises au lac Peipsi n’est pas tendre avec la Russie. L’agriculture est pointée du doigt mais aussi les usines de traitement des eaux. Malgré les tensions entre la Russie et l’Estonie, exacerbées depuis l’annexion de la Crimée, l’Europe a continué de payer pour construire des stations d’épuration côté russe. L’une d’elles était inaugurée en 2014. Un an après, un contrôle montrait pourtant que les eaux usées non traitées se déversaient toujours dans le lac Peipsi, selon un article de la presse estonienne. L’usine ne fonctionnait tout simplement pas.

Au Ministère de l’environnement estonien, le porte-parole se veut rassurant: «Les poissons ne sont pas en danger. Et des progrès significatifs ont été faits ces vingt dernières années avec la Fédération de Russie pour diminuer l’apport de phosphore et d’azote.»

La pollution des eaux, un danger si l’on consomme le poisson? «Les consommateurs suisses n’ont aucune raison de s’inquiéter pour la qualité des perches estoniennes. Du mercure a été retrouvé dans les poissons de la mer Baltique et du Peipsi mais en petites quantités, et moins que la norme de sécurité alimentaire. Toutefois, nous traitons sérieusement la baisse de mercure dans l’eau», estime le Ministère de l’environnement estonien.

Quid du phosphore et de l’azote? «Ceci est un problème pour le lac Peipsi et la mer Baltique, répond Markus Vetemaa de l’Institut de marine estonien. Mais n’a pas d’impact sur la qualité du poisson.»


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Créé: 12.07.2019, 06h49

La comparaison

Taux de concentration en phosphore dans le lac Peipsi et le Léman


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