La bombe à retardement des lacs glaciaires

NépalLes lacs glaciaires qui se sont formés dans les montagnes himalayennes représentent un risque pour les populations.

Pour les scientifiques, ces retenues d'eau représentent une potentielle bombe à retardement.

Pour les scientifiques, ces retenues d'eau représentent une potentielle bombe à retardement. Image: AFP

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Lorsqu'un puissant séisme a secoué le Népal en 2015, Phudoma Sherpa se souvient avoir couru comme une dératée, pas tant en raison du tremblement de terre que par peur d'une rupture du lac glaciaire situé au-dessus de son village.

Avec le réchauffement climatique, la fonte des glaciers de ce pays himalayen entraîne la formation de lacs glaciaires toujours plus nombreux. Pour les scientifiques, ces retenues d'eau représentent une potentielle bombe à retardement: si les berges rompent, ces masses liquides sont susceptibles de dévaler les montagnes et provoquer des inondations dévastatrices.

Sur une ligne de faille

Le risque est d'autant plus élevé que le Népal est situé sur une ligne de faille tectonique, comme est venu le rappeler le séisme de magnitude 7,8 qui a fait plus de 9000 morts en avril 2015.

Bien qu'il ne soit à l'origine que de 0,025% des émissions de gaz à effet de serre, le Népal est l'un des pays les plus vulnérables et les plus affectés par le changement climatique.

Jusqu'en plaine

Le village montagneux Surke, localité où réside Phudoma Sherpa, est situé en contrebas du lac glaciaire d'Imja, qui s'est formé à seulement 10 kilomètres au sud de l'Everest. De quelques mares de glace fondue dans les années 1980, le lac s'étire aujourd'hui sur près de deux kilomètres.

Plus de 12'000 personnes vivent dans les 50 kilomètres en aval de ce grand corps d'eau dont une vidange brutale pourrait, selon les experts, lâcher des torrents d'eaux capables d'atteindre les plaines du sud du pays.

«Nous craignions énormément que le séisme provoque un débordement du lac. Nous avons tous couru nous mettre en sécurité», se remémore pour l'AFP Phudoma Sherpa, 46 ans, en évoquant ce funeste jour du printemps 2015 où la terre a tremblé.

Si le lac est resté intact, l'alerte a rappelé l'épée de Damoclès que sont ces formations liquides pour les populations humaines.

Chantier en haute altitude

Un rapport de l'organisation International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) avait recensé 1.466 lacs glaciaires au Népal en 2014, dont 21 potentiellement dangereux. Les spécialistes estiment qu'il y en a aujourd'hui plus de 2000, malgré la fusion de certains petits lacs en lacs plus grands et potentiellement instables.

La hausse des températures amplifie le phénomène en accentuant la fonte des glaciers. Selon une autre étude de l'ICIMOD, le Népal a perdu près d'un quart de ses glaciers entre 1997 et 2010.

«Il y avait un sentiment de peur»

Dans ce contexte, «le risque (de catastrophe) s'accroît, car ces vallées sont de plus en plus peuplées, le développement d'infrastructures devient plus rapide et des projets d'hydroélectricité sont installés sur beaucoup de rivières dans des vallées», note Arun Bhakta Shrestha, spécialiste du changement climatique à l'ICIMOD.

Il y a deux ans, les habitants de la région du lac d'Imja ont poussé un soupir de soulagement lorsque les autorités ont fait baisser le niveau de ses eaux de 3,4 mètres grâce à un canal et mis en place un système d'alerte. «Il y avait un sentiment de peur auparavant. Nous nous sentons beaucoup plus en sécurité désormais», confie Phudoma Sherpa.

«Maintenant vous avez un canal, donc toute eau qui s'accumule est drainée. Voilà comment le risque est réduit», explique Deepak KC, expert du Programme des Nations unies pour le développement, qui a accompagné le chantier.

Proportions menaçantes

Imja est le second lac glaciaire à être drainé de la sorte. En 2000, le Népal avait déjà fait baisser le niveau du Tsho Rolpa, qui avait pris des proportions menaçantes dans le nord-est du pays.

Mais ces drainages en haute altitude sont difficiles et coûteux pour cette nation pauvre. «En tant que petit pays, nous ne pouvons pas grand chose pour nos glaciers. Mais nous devons faire notre possible pour nous adapter et protéger nos populations», constate Rishi Ram Sharma, directeur général du département national d'hydrologie et de météorologie. (afp/nxp)

Créé: 11.12.2018, 09h22

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