La grande coalition est empoisonnée de l’intérieur

EuropeLa coalition a été sauvée in extremis à Berlin. Mais la crise migratoire n’est pas réglée pour autant

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La «grande coalition» d’Angela Merkel est sauvée. Mais la crise migratoire n’est pas réglée. En s’accordant sur la mise en place de «centres de transit» aux frontières bavaroises, la chancelière et son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, ont simplement suspendu momentanément leur lutte de pouvoir.

Le nouveau «régime frontalier» allemand décidé lundi soir est censé renvoyer les réfugiés qui ont été enregistrés dans un autre pays de l’Union européenne et qui ont effectué une demande d’asile en Allemagne. Ces «mouvements secondaires» ont concerné moins de 19 000 personnes de janvier à mi-juin en Allemagne. Rien à voir avec les arrivées de 3000 à 10 000 personnes par jour auxquelles la Bavière était confrontée à l’automne 2015. Mais Horst Seehofer voulait une mesure symbolique pour montrer que l’État avait repris le contrôle de sa politique migratoire. «La sécurité du pays commence aux frontières», a martelé Markus Blume, le secrétaire général du parti conservateur bavarois (CSU).

Les «centres de transit» doivent être installés le long de la frontière germano-autrichienne où, juridiquement, les réfugiés n’auront pas pénétré le sol allemand, comme dans les zones de transit des aéroports. Ce procédé – légal selon la Commission européenne – implique donc qu’ils soient internés. Mais les conservateurs assurent qu’il n’y aura pas de «séquestration». «Si un réfugié veut retourner en Autriche, il pourra le faire», a répondu Host Seehofer.

Selon les experts, ces centres seront inutiles. Ils fonctionneront comme des «petites villes» avec des systèmes d’approvisionnement, des médecins, des avocats, des juges; etc. «Cela n’a pas de sens alors que le nombre de réfugiés a fortement baissé», estime le professeur Jochen Oltmer de l’Université d’Osnabrück, spécialiste des questions de migration.

«Le gouvernement devrait plutôt s’intéresser aux centaines de milliers de personnes qui vivent déjà en Allemagne», a critiqué Christian Lindner, le chef du Parti libéral (FDP, opposition). Pour les ONG, le gouvernement Merkel a fini par capituler face aux populistes. «Il s’agit de centres de détention pour des gens qui fuient la guerre, la terreur et la violence», dénonce Günter Burkhardt, président de la principale organisation d’aide aux réfugiés (Pro Asyl).

Tous les yeux sont maintenant braqués sur le Parti social-démocrate (SPD), membre de la «grande coalition» de Merkel, qui s’était toujours opposé à ce système de centres. Heiko Mass, l’actuel ministre des Affaires étrangères de la chancelière, les avait qualifiés en 2015 de «zones de détention».

La présidente du SPD, Andrea Nahles, s’est montrée pour l’instant conciliante. Ces centres ne concerneront «pas les mêmes groupes de personnes arrivés en 2015 et 2016. Mais il nous reste encore beaucoup de points à éclaircir», a-t-elle insisté. «Le consentement de l’Autriche et de l’Italie n’est pas encore acquis pour faire fonctionner ce nouveau «système frontalier», a-t-elle précisé.

En effet, l’Autriche a réagi immédiatement en annonçant dès lundi le renforcement de ses frontières au sud du pays menaçant ainsi d’enclencher «l’effet domino» tant redouté par Merkel. La chancelière avait annoncé au sommet de Bruxelles, fin juin, que les responsables politiques de 14 pays avaient accepté le principe d’un retour des réfugiés dans le cadre d’accords bilatéraux. Or, les pays du «triangle de Visegrád» (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont déjà démenti un quelconque accord. Angela Merkel pourra en parler directement au premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qu’elle reçoit ce jeudi à Berlin.

Enfin, le maintien en poste du ministre de l’Intérieur devrait continuer à empoisonner la «grande coalition» et à apporter de l’eau au moulin de l’extrême droite. «Les conservateurs ont peur de nous», s’est félicité Alexander Gauland, le chef idéologue de l’AfD, le premier parti d’opposition. Et d’ajouter: «Ils se sentent obligés de répondre à nos revendications. Nous allons continuer de mettre la pression.»

Créé: 03.07.2018, 18h49

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