Le Danemark parquera les indésirables sur une île

ImmigrationLa tradition des îles prisons a la vie longue: un projet vise à placer d’ici à deux ans des étrangers condamnés sur un îlot désert.

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Dès 2021, la petite île déserte de Lindholm, pas plus grande que sept hectares et sise à une centaine de kilomètres au sud de Copenhague, devrait servir de lieu d’isolement pour des étrangers ayant commis des délits, et exclusivement pour cette population. Le texte a toutes les chances de passer la rampe du parlement. Il a été présenté le 30 novembre par le gouvernement libéral-conservateur, lequel tisse de régulières alliances avec le Parti du peuple danois, formation anti-immigrés et eurosceptique.

Un îlot à décontaminer

Le nouveau centre, géré par l’administration pénitentiaire, pourra accueillir 125 pensionnaires. Sont concernés des demandeurs d’asile déboutés ayant commis un délit ou des étrangers criminels ayant déjà purgé leur peine, mais inexpulsables. Sur le papier, ils ne seront pas détenus, mais l’isolement de l’île, reliée par de rares ferrys au tarif élevé, garantira assez peu de travail aux policiers chargés de la surveillance. Toutefois, avant d’accueillir qui que ce soit, l’îlot devra être assaini, car pour l’heure, il n’est pas tout à fait désert: il sert de laboratoire à un institut vétérinaire, lequel pratique des tests sur les maladies animales hautement infectieuses, telles que la fièvre aphteuse, la rage et la peste porcine. Selon l’institut, il faudra un an pour décontaminer les lieux.

La mesure, pour le moins controversée, a été annoncée alors qu’approchent les élections européennes (mai) et législatives (d’ici à la mi-juin), et que le pays s’est considérablement rigidifié sur les questions migratoires depuis la crise de 2015. Malgré la réduction considérable du nombre de demandeurs d’asile, l’immigration demeure au centre du débat politique, et toutes sortes de mesures antimigrants, comme la réduction d’aides sociales, sont dans les tuyaux.

Un signal

La délocalisation des étrangers criminels répond aussi à des polémiques ayant éclaté autour du centre de Kærshovedgard, dans la province du Jutland, réservé aux requérants d’asile déboutés. Les riverains de ce centre dénoncent une insécurité croissante, tandis que les courants d’extrême droite plaident globalement pour un durcissement des conditions de rétention. «Nous ne voulons plus accueillir des étrangers criminels dans les prisons danoises, car ils les considèrent comme des hôtels 4 étoiles», clame sur sa page Facebook Peter Kofod Poulsen, l’un des chefs de file de Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), en se réjouissant de voir des requérants d’asile déboutés expédiés sur l’île déserte, pour le signal que cela donne. «Car nous voulons un changement majeur de paradigme dans la politique d’immigration», dit-il.

La gauche danoise et des ONG dénoncent un projet qui contrevient aux conventions internationales. Il rappelle en tout cas la longue histoire de l’usage des îles comme lieux de détention et d’isolement des indésirables. Ce modèle a connu un essor au milieu du XIXe siècle, avec les bagnes coloniaux, et perdure aujourd’hui, à l’image de l’Australie, qui place les migrants illégaux sur de lointaines îles du Pacifique, ou encore la prison américaine de Guantánamo, lieu de détention hors sol et hors du cadre du droit humanitaire international. (24 heures)

Créé: 05.12.2018, 17h21

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