Le Prix Nobel de la paix Abiy Ahmed a encore du pain sur la planche

DistinctionLe prestigieux prix récompense l’artisan de la réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Mais le travail du premier ministre est loin d’être achevé

Image: Keystone

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Pour une fois le Comité norvégien n’a pas déjoué les pronostics. Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan de la réconciliation de son pays avec l’Érythrée, était sur la liste des favoris au Nobel de la paix. Abiy Ahmed est récompensé «pour ses efforts en vue d’arriver à la paix et en faveur de la coopération internationale, en particulier pour son initiative déterminante visant à résoudre le conflit frontalier avec l’Érythrée», a déclaré la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen à 11 h tapante. À peine arrivé au pouvoir en avril 2018, le jeune dirigeant de 42 ans tendait la main à son homologue érythréen Isaias Afwerki. À l’issue d’une rencontre historique le 9 juillet de la même année à Asmara, la capitale érythréenne, les deux hommes mettaient fin à deux décennies d’une guerre sanglante qui a fait plus de 80'000 morts.

Salué comme visionnaire et réformateur, «Abiyot», comme on le surnommait enfant et qui signifie «révolution», a ainsi insufflé un certain optimisme dans cette région du globe très tourmentée. «Un vent d’espoir souffle sur la Corne de l’Afrique», estimait en septembre 2018 le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Au pas de charge

Ce rapprochement inédit entre les deux pays s’est rapidement accompagné d’une série d’actes symboliques forts: réouverture des ambassades et de postes-frontières, rétablissement des liaisons aériennes, multiplication des rencontres diplomatiques, la réconciliation a été menée tambour battant.

Mais ça n’a pas duré. L’enthousiasme a vite fait place à la frustration. Le chemin à parcourir avant une paix ferme et définitive est encore long, estiment les analystes. La délimitation de la frontière entre les deux pays n’est toujours pas conforme au tracé déterminé en 2002 par la Cour d’arbitrage internationale de La Haye, la signature d’accords commerciaux se fait attendre et l’Éthiopie, privé d’accès à la mer, n’a toujours pas accès aux ports érythréens. «Le Comité Nobel norvégien espère que le Prix Nobel de la paix renforcera le premier ministre Abiy dans son travail important pour la paix et la réconciliation», a ajouté vendredi Mme Reiss-Andersen. «C’est à la fois une reconnaissance et un encouragement de ses efforts», a-t-elle souligné. «Nous sommes conscients que beaucoup de travail demeure.»

Tentative d’assassinat

Sur le plan intérieur, Abiy Ahmed a rompu avec l’autoritarisme de ses prédécesseurs, libéré des milliers de prisonniers politiques, créé une commission de réconciliation nationale et levé l’interdiction pesant sur certains partis politiques. Mais son agenda réformateur lui vaut aussi de solides inimitiés au sein de l’ancien régime, dont il est pourtant un pur produit. M. Abiy a déjà été victime d’au moins une tentative d’assassinat depuis son arrivée à la tête du deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec quelque 110 millions d’habitants. Ses efforts se heurtent à de nombreux obstacles. Beaucoup doutent de sa capacité à tenir sa promesse d’organiser des élections «libres», «justes» et «démocratiques» en mai 2020 en raison des violences intercommunautaires qui déchirent le pays et compliquent un recensement toujours hypothétique. Malgré les changements politiques positifs, certains anciens conflits ethniques ont connu une recrudescence en 2018, notamment en lien avec l’ethnie oromo, à laquelle appartient le premier ministre et qui est majoritaire dans le pays. L’arrivée d’un des leurs au pouvoir les a galvanisés et ils ont été jusqu’à causer des troubles dans la capitale, ce qui n’était pas arrivé depuis la chute du Derg (gouvernement communiste de Mengistu). Selon l’ONG Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC), 2,8 millions de personnes ont été déplacées en 2018 à cause de ces conflits et l’Éthiopie pointe toujours à la 128e place dans l’indice de démocratie 2018 de «The Economist».

Carrière militaire

Né dans un petit village situé à 500 kilomètres d’Addis-Abeba, la capitale, Abiy Ahmed s’engage très tôt en politique au sein de l’Organisation démocratique des peuples Oromo (ODPO). En 1990, il rejoint les rangs du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), qui lutte contre le régime militaire de la République démocratique populaire d’Éthiopie, renversé en 1991. Il est ensuite envoyé comme casque bleu au Rwanda après le génocide des Tutsis. Il atteint le grade de lieutenant-colonel et contribue à organiser les services de renseignement éthiopiens. Formé aux États-Unis et au Royaume-Uni, il est cadre technique spécialiste en cybersécurité au sein des services de renseignement. En 2009, il fonde l’Agence nationale de sécurité des réseaux d’information, dont il sera le directeur jusqu’en 2012. Au total, Abiy Ahmed aura passé vingt ans dans l’armée.

Créé: 11.10.2019, 13h55

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