Le Sahara occidental joue son avenir à Genève

MaghrebLe Maroc et le Front Polisario se rencontrent dès ce mercredi sous l’égide de l’ONU. Une première depuis 2012.

L’Allemand Horst Kohler, envoyé spécial de l’ONU au Sahara occidental.

L’Allemand Horst Kohler, envoyé spécial de l’ONU au Sahara occidental. Image: AFP

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C’est peut-être un pas en avant dans un conflit gelé. Dès ce mercredi, le Maroc et le Front Polisario sont réunis autour d’une même table à l’invitation de Horst Köhler, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental. À leurs côtés, il y a également l’Algérie et la Mauritanie. Les parties ont deux jours pour préparer l’éventuelle reprise des négociations.

Colonie espagnole jusqu’en 1975, le Sahara occidental est disputé par le Maroc, qui revendique des liens historiques anciens entre les tribus nomades sahraouies et les sultans marocains, et le Front Polisario, mouvement indépendantiste né en réaction à la colonisation espagnole. Après quarante-trois ans de conflit et vingt-sept ans après le cessez-le-feu, ils ne sont pas parvenus à un accord en dépit de nombreuses tentatives. Rien n’a bougé depuis 2012. La différence cette fois? Au sein du Conseil de sécurité, les États-Unis ont changé d’attitude avec la nomination, en avril 2018, de John Bolton au poste de conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump. «Il estime que la tendance du Conseil de sécurité des Nations Unies à renouveler automatiquement le mandat de la Minurso (ndlr: mission des Nations Unies chargée de l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) a contribué à geler le conflit et il n’a pas tort, estime Khadija Mohsen-Finan, enseignante et chercheuse à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Aujourd’hui, les États-Unis veulent clore ce chapitre et ont fait réduire le mandat de la Minurso à seulement six mois.»

Échec marocain

Après avoir longtemps profité du statu quo pour prendre pleinement possession de la partie du Sahara occidental qui est sous son contrôle, le Maroc semble ne plus vouloir s’en contenter. Son lobbying actif en faveur de sa proposition de compromis – l’autonomie plutôt que l’indépendance – formulée en 2007 n’a pas rencontré le succès escompté. «Le Maroc ne peut que constater l’échec de sa stratégie. Il voulait amener un maximum d’États à valider sa politique du fait accompli en soutenant sa proposition de plan d’autonomie, mais ça ne s’est pas fait», rappelle Khadija Mohsen-Finan. Alors, en janvier 2017, le Maroc est rentré dans l’Union africaine, qui reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée en 1976 par le Front Polisario, pour défendre ses intérêts de l’intérieur de l’organisation. Il veut devenir un leader régional mais également obtenir l’expulsion de la RASD.

Après des années d’intense lobbying, le Front Polisario a lui aussi changé de stratégie et porté son combat sur le plan judiciaire. En 2010, la Cour européenne de justice «a reconnu que les produits palestiniens des territoires occupés par Israël ne pouvaient pas être commercialisés comme des produits israéliens ni bénéficier des mêmes tarifs douaniers en Europe, explique M’hamed Khaddad, responsable des affaires extérieures du Front Polisario et membre de la délégation de Genève. Cette décision a ouvert une nouvelle brèche qui nous a permis d’aller en justice.»

Depuis, le mouvement indépendantiste a attaqué deux accords entre le Maroc et l’Union européenne devant la Cour européenne de justice. Il a également «porté plainte ces derniers mois contre sept entreprises françaises pour collaboration à un crime de guerre: le fait de participer au transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante, d’une partie de sa population civile dans le territoire», souligne Gilles Devers, avocat du Front Polisario.

Si les différents acteurs du conflit sont ainsi entrés dans une phase active pour mettre un terme au statu quo, tous campent sur leurs positions: le Maroc, le Front Polisario, mais aussi son parrain algérien. Les parties ont deux jours devant elles pour faire mentir les pronostics les plus pessimistes. (24 heures)

Créé: 04.12.2018, 21h37

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