«Le héros tragique de mon film incarne l'Ukrainien moyen»

Documentaire Dans sa dernière création, le documentariste Emmanuel Graff retrace le destin tragique de Sacha H., tué lors de la révolte du Maïdan. Entretien.

Le «mausolée» de Sacha Hrapachenko sur le Maïdan à Kiev.

Le «mausolée» de Sacha Hrapachenko sur le Maïdan à Kiev. Image: DR

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Le 20 février 2014 à 11 h30 du matin, Sacha Hrapachenko tombait sous les balles des snipers du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. A 26 ans, ce jeune provincial rejoignait «la Centurie céleste» des victimes de la répression du mouvement du Maïdan, à Kiev. Dans «Sacha H. Des ailes au Maïdan», le Franco-lausannois Emmanuel Graff - marié à une Ukrainienne – brosse un portrait posthume aussi sobre que bouleversant du jeune idéaliste, «héros tragique qui incarne l’Ukrainien moyen et ses aspirations au changement». Entretien

Sacha H., des Ailes au Maïdan - Trailer from Faux Raccord on Vimeo.

Pourquoi ce film?

J’avais envie de faire un film sur le Maïdan mais sans en montrer les côtés spectaculaires, les batailles rangées, les coups de feu, J’ai eu la chance de le connaître en 2013, à l’époque où c’était une grande place où des milliers de citoyens moyens imaginaient l’Ukraine de demain, sans corruption et dessous de table, un pays normal ou régnerait l’Etat de droit.

Comment avez-vous « rencontré » Sacha?

En octobre 2014, j’étais à Kiev comme observateur des élections législatives. Lors d’un pause je suis allé voir le Maïdan et suis tombé sur une jeune femme qui prenait soin d’un «mausolée». C’était celui de Sacha. Elle m’a raconté son histoire. Dans l’avion du retour, j’ai eu un flash: raconter Sacha allait me permettre de faire comprendre en Occident les motivations des Ukrainiens et de rendre hommage à ces derniers.

Sacha incarne donc cette Ukraine qui veut changer?

Oui, il est cet Ukrainien moyen sur lequel je suis tombé par hasard. Sacha n’est pas de la capitale, n’est pas politisé, n’est pas dans un parti. Il vient à Kiev de temps en temps pour travailler. Il n’est pas programmé pour se battre sur le Maïdan. Il porte en lui les aspirations de sa génération, mais aussi celle de ses parents qui disent dans le film: nous aurions dû nous battre à la place de notre fils.

La musique du film est très belle. Où l’avez-vous trouvée ?

Au détour d’une conversation sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont une énorme importance pour les Ukrainiens. Ils permettent de rester en contact avec la diaspora.

Tous les témoignages sont sobres et émouvants, emprunts d’une grande religiosité…

Le rapport aux morts du Maïdan montre qu’on est dans un retour pas forcément de la religion, mais à des traditions qui veulent qu’on témoigne un immense respect à ceux qui sont tombés pour les autres. Ca se traduit par «l’héroïfication» de ceux qui sont tombés à Kiev, l’agenouillement devant les corbillards, les tonnes de fleurs, les mausolées, jamais vandalisés. La grand-mère de Sacha dit que ces morts sont au panthéon car ils se sont sacrifiés. Les morts sont devenus comme des saints protecteurs de la population. Les ailes sont omniprésentes dans l’iconographie du Maïdan, d’où le titre de mon film.

Sur un plan plus général, où en est l’Ukraine aujourd’hui ?

La première chose à dire c’est qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Le Maïdan marque un moment décisif dans l’histoire de l’Ukraine. D’importantes réformes ont été faites ou sont en passe de l’être. Mais il y aussi une impatience. Et puis, il y a la guerre à l’est, la perte de la Crimée. Contrairement à ce que l’on croit en Occident, les Ukrainiens n’ont pas fait une croix sur la Crimée, alors qu’il seraient plus enclins à céder sur le Donbass. Pour ce dernier, toute la question est de savoir combien de temps Poutine va financer les séparatistes. Quant à la Crimée, elle est un succès de prestige pour Poutine, et comme Poutine tient par ses succès, ça va durer.

Créé: 03.06.2016, 15h27

Projection

«Sacha H, des Ailes au Maïdan» sera projeté dimanche 5 juin à 18h30 à la Maison de Quartier sous-gare à Lausanne. La projection sera suivie d’un débat en présence du réalisateur Emmanuel Graff et de la journaliste Annie Daubenton, spécialiste de l’Ukraine.

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Le réalisateur

Emmanuel Graff, le réalisateur (Image: B. Bridel)

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