Le pape François accusé d'hérésie

VaticanSoixante-deux conservateurs, ecclésiastiques et laïcs, signent une lettre ouverte dans laquelle ils estiment que la volonté réformatrice du pape lui-même est hérétique.

Le pape François est critiqué pour sa modernisation de l'Eglise.

Le pape François est critiqué pour sa modernisation de l'Eglise. Image: AFP

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Ce début d'automne au Saint-Siège est plein de «poisons», résumait lundi le quotidien romain «Il Messaggero», alors que plusieurs affaires mettent à nouveau en lumière ces tensions autour des deux principaux mandats de Jorge Bergoglio: réformer la curie (le gouvernement du Vatican) et donner un nouveau souffle à l'Eglise.

Dans la seconde catégorie, un groupe d'une soixantaine de laïcs, prêtres et théologiens du monde entier, proches des milieux ultra-conservateurs, ont rendu publique dimanche une «correction filiale» dénonçant des «hérésies» dans les ouvertures du pape sur la famille, qui viennent selon eux d'une trop forte influence du «modernisme» et des idées de Martin Luther, le père de la Réforme protestante.

Divorcés remariés

Ils lui reprochent en particulier la croyance que l'Eglise puisse «parfois accepter que l'adultère soit considéré comme compatible avec le fait d'être un catholique pratiquant», en référence aux divorcés remariés, considérés selon le dogme du mariage indissoluble comme infidèles à leur premier conjoint.

Permettre à certains d'entre eux de communier est une pure hérésie pour les auteurs de ce texte, dont l'ancien président de la banque du Vatican Ettore Gotti Tedeschi et le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, le Français Bernard Fellay, chef de file des catholiques intégristes.

Sans précédent

Le fait est sans précédent dans l'histoire moderne de l'Eglise, assure le vaticaniste de l'hebdomadaire italien «L'Espresso», Sandro Magister. Selon ce conservateur, il faut remonter à 1333 pour retrouver la dernière «correction» de ce type, adressée alors au pape Jean XXII.

Certes, mais contrairement à la lettre publiée l'an dernier par quatre cardinaux critiques du pape sur ce même sujet, le texte n'est cette fois signé que par «un petit groupe, peu représentatif, de seulement 62 personnes dans lequel on ne compte ni cardinal ni même un évêque en retraite», relève un autre vaticaniste, Iacopo Scaramuzzi.

D'autres vaticanistes assurent aussi que de nombreux papes, Jean Paul II en tête, ont en leur temps été attaqués de la sorte sur divers sujets.

Mais le jour de la diffusion de cette lettre, la première ligne de front, celle de la réforme de la curie, s'est également révélée avec les déclarations fracassantes de l'ancien contrôleur des finances du Vatican, Libero Milone, accusant une partie de la curie de l'avoir poussé dehors.

Fait plutôt inhabituel, le service de presse du petit Etat a aussitôt réagi en affirmant que Libero Milone, qui avait démissionné en juin sans donner d'explication, avait été évincé parce qu'il avait espionné la vie privée de hauts responsables du Saint-Siège.

Entre le bien et le mal

Expert-comptable et financier laïc italien ayant effectué une grande partie de sa carrière au cabinet d'audit Deloitte & Touche, Libero Milone avait été chargé en mai 2015 de procéder avec «pleine autonomie et indépendance» au contrôle financier des ministères et des administrations du Vatican.

Selon Libero Milone, des membres importants du Vatican s'opposent aux efforts du pape François pour moderniser et contrôler le séculaire système économique et financier du Vatican.

«Je suis vraiment désolé pour le pape. J'avais avec lui une belle relation impossible à décrire, mais au cours des 18 derniers mois, on m'a empêché de le voir. Apparemment on ne voulait pas que je lui dise certaines choses que j'avais vues», a-t-il expliqué, se refusant à en dire davantage en raison d'une clause de confidentialité.

Après la succession de scandales ayant empoisonné le pontificat de Benoît XVI, le vent de réformes voulues par François a aussitôt rencontré l'hostilité d'une partie de la curie. Manoeuvres en coulisses, manipulations, accusations et même un procès retentissant enrichissent régulièrement la chronique d'un conflit qui prend des accents de guerre «entre le bien et le mal», comme l'a résumé récemment le journaliste italien Gianluigi Nuzzi, auteur d'un livre «Chemin de croix», sur les malversations financières du Vatican. (afp/nxp)

Créé: 26.09.2017, 08h57

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