Les Grecs, entre endettement et manque de crédit

CriseSi la Grèce est à présent au centre d'un débat d'experts entre ses créanciers, UE et FMI, les habitants, eux, se battent au quotidien.

Un Grec passe aux côtés d'une affiche du premier ministre Alexis Tsipras, déformée par la pluie.

Un Grec passe aux côtés d'une affiche du premier ministre Alexis Tsipras, déformée par la pluie. Image: Keystone

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Employés ou entrepreneurs, chômeurs ou startuppers, les Grecs se battent au quotidien depuis sept ans contre la réduction de leurs revenus, le manque de crédit et les dettes accumulées au fil de mesures d'austérité qui semblent ne jamais devoir prendre fin.

Le FMI ne veut pas entrer dans le programme actuel d'aide à la Grèce, car il estime que les objectifs budgétaires sur lequel il est fondé ne peuvent être atteints que par une aggravation supplémentaire des réformes prévues, ou par un allègement massif de la dette grecque par les Européens.

L'Allemagne notamment ne voulant pas entendre parler de la deuxième solution en pleine période électorale, les Grecs craignent donc de faire une nouvelle fois les frais de ce débat, qui sera évoqué lundi à Bruxelles lors d'un Eurogroupe.

Prêts immobiliers

Avocate de droit civil, Kyriaki Souri, 58 ans, est aux premières loges pour constater les effets de la crise. Elle-même a réussi à maintenir son cabinet ces dernières années grâce aux dossiers de ménages voulant restructurer leurs prêts immobiliers, pour éviter la saisie.

«Mais les gens sont asséchés financièrement et les rares clients qui passent la porte pour un divorce n'ont pas d'argent et restent mariés», confie-t-elle.

Depuis l'éclosion de la crise, cotisations sociales, taxes et impôts augmentent au rythme du rituel de l'examen des finances publiques par les experts de l'UE et du FMI.

Asphyxiées par la surtaxation, des dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises (PME), moteurs de l'économie dans le passé, ont fermé. A 23%, le taux de chômage a baissé un peu récemment, mais reste le plus élevé de la zone euro.

Tout le monde doit de l'argent

A la hausse des prélèvements se sont ajoutées la réduction du salaire minimum, la suspension des conventions collectives, et une douzaine de rabotages des retraites: un cocktail explosif qui «a détérioré les revenus d'une grande partie de la population active, qui faisait tourner l'économie», la classe moyenne, résume Panayotis Petrakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes.

«Tout le monde doit de l'argent à tout le monde» est devenu le mantra habituel des journaux ou des discussions de cafés.

Dans le pays, «la somme totale des dettes dépasse 240 milliards d'euros soit 133% du PIB, dont 45% sont des prêts bancaires non remboursés», expliquait récemment le quotidien libéral Kathimerini.

Il y a deux ans, Marianna K. avait dû fermer son magasin de vêtements à Pangrati, quartier de classe moyenne près du centre d'Athènes, après avoir perdu sa clientèle du coin. «Les gens n'ont plus d'argent et n'achètent que le nécessaire», dit-elle.

En octobre dernier, elle a cependant tenté sa chance en ouvrant un petit magasin de vêtements et de chaussures à bas prix dans le quartier chic de Kolonaki, en plein centre.

«Ici de nombreux magasins avaient fermé ces dernières années, les prix des loyers et des produits étant exorbitants (...) mais maintenant les loyers ont baissé», explique-t-elle. Mais elle constate encore que «le marché est figé», et que «2017 sera encore une année difficile».

«L'adaptation des PME, résume M. Petrakis, est difficile en raison de l'impact cumulé de sept ans de crise sur les revenus», après une contraction de 25% du PIB entre 2008 et 2015.

Pilote automatique

Christos Tsougaris, entrepreneur dans l'énergie renouvelable, estime que «les gens ont appris à vivre en pilote automatique».

«L'économie trouve des solutions sui generis comme en temps de guerre: travail au noir, soutien par la famille, argent caché dans les caisses et injecté progressivement dans l'économie», ajoute-t-il.

Les dépôts bancaires ont augmenté en 2016, après le retrait massif de l'épargne qui a accompagné l'arrivée au pouvoir du premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras début 2015, engendrant un contrôle des capitaux toujours en vigueur.

Malgré l'austérité, le PIB a très légèrement progressé en 2016, à 0,3%, on voit une certaine reprise dans l'énergie, l'agriculture, la logistique ou l'informatique.

Mais cela ne suffit pas dans ce contexte plombé par les incertitudes, et «l'économie reste freinée par l'hésitation des banques à donner des crédits», déplore M. Tsougaris. (AFP/nxp)

Créé: 19.02.2017, 11h44

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