Matteo Salvini baptise son front souverainiste

Élections européennesLe ministre italien de l’Intérieur a lancé lundi sa campagne européenne. Sans enthousiasmer les autres mouvements du continent.

Le pacte entre souverainistes européens: de gauche à droite, le Finlandais Olli Kotro, l’Allemand Jörg Meuthen, l’Italien Matteo Salvini et le Danois Anders Vistisen.

Le pacte entre souverainistes européens: de gauche à droite, le Finlandais Olli Kotro, l’Allemand Jörg Meuthen, l’Italien Matteo Salvini et le Danois Anders Vistisen. Image: Keystone

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L’Europe du bon sens: c’est avec ce slogan que Matteo Salvini a lancé, lundi à Milan, la campagne électorale du front des forces souverainistes européennes en vue du scrutin du 26 mai. Un baptême expéditif, moins d’une heure, et en demi-teinte. Seuls Jörg Meuthen, Olli Kotro et Anders Vistisen, respectivement leader d’Alternative pour l’Allemagne, des Vrais finlandais et du Parti populaire danois, avaient fait le déplacement.

Une participation clairsemée mais politiquement compromettante car l’Afd est un parti révisionniste dont plusieurs responsables ont loué la Waffen SS et nié l’holocauste. Matteo Salvini s’est donc senti contraint de justifier cette alliance. «Il n’y a aucun nostalgique ni extrémiste parmi nous. Je suis fatigué des débats sur le communisme et le fascisme. Ça ne m’intéresse pas ni n’intéresse les 500 millions de citoyens européens. Laissons ça aux historiens.»

«Salvini est habile, explique Giovanni Orsina, politologue et directeur de l’école de gouvernement de l’université Luiss. En Italie, on évoque le retour du fascisme depuis 1946 pour tout et n’importe quoi. Le thème est usé. C’est comme dans la fable du garçon qui criait tout le temps «au loup, au loup. Quand le loup est arrivé, personne n’y a cru.»

Sans surprise

Le programme de Matteo Salvini n’a pas réservé de surprise: non à l’Europe des banquiers et des technocrates, oui à l’Europe des nations fières de leur identité, déploiement de 10 000 hommes supplémentaires aux frontières du continent pour empêcher «l’invasion des migrants» et l’arrivée de terroristes islamiques, fin définitive du processus d’intégration de la Turquie.

Matteo Salvini ne désespère pas de voir le front souverainiste devenir le premier groupe au Parlement européen. Un projet démenti par tous les sondages et difficilement réalisable. Davantage que les présences, ce sont les absences qui ont caractérisé le lancement de la campagne du ministre de l’Intérieur transalpin et vice-président du Conseil.

«Les différents partis souverainistes sont incapables de mettre sur pied une politique commune, explique Giovanni Orsina. Le souverainisme ne peut pas faire des alliances transversales puisqu’il ne raisonne qu’en termes d’intérêt national. Leur seul point d’accord est le blocage de toute tentative d’abandon de souveraineté au profit d’une Europe supranationale. Je ne crois pas à la vague noire unie qui déferle sur l’Europe.»

Marine Le Pen absente

Ainsi, Marine le Pen n’a pas fait le voyage. Bien que présentés comme fidèles alliés, Matteo et Marine sont en réalité en compétition pour le leadership de la droite européenne. Le Hongrois Victor Orbán ne pouvait être présent puisqu’il a choisi de rester au sein du puissant Parti populaire européen plutôt que de tenter l’aventure d’un groupe souverainiste. Il faut en effet 25 parlementaires issus de 7 nations différentes pour former un groupe et obtenir les financements du Parlement. Et rien n’indique que le patron de la Ligue réussira à réunir des élus de 7 pays.

Ennemi de la Russie, le Polonais Jaroslaw Kaczynski n’a jamais pensé s’asseoir aux côtés de Matteo Salvini, qu’il juge trop proche de Vladimir Poutine. Les Espagnols de Vox sont encore indécis. Nombre de petits partis souverainistes de l’Europe du Nord ont également déserté le rendez-vous de Milan car, s’ils partagent la politique migratoire italienne, ils prêchent pour la rigueur budgétaire et ne veulent pas que leur pays finance le déficit italien.

«La campagne des souverainistes est faible, estime le directeur de l’école de gouvernement. Mais le problème est que celle des européistes l’est tout autant. L’Europe «mainstream», même celle de Macron et Merkel, est plus intergouvernementale que supranationale. Le discours de la Sorbonne (ndlr: de Macron) est resté lettre morte en raison de l’opposition des pays du Nord. L’Europe traditionnelle n’a rien d’autre à proposer que la continuation de ce qu’elle est et qui a déjà démontré ne pas fonctionner. Devant l’offre politique peu enthousiasmante qui s’offrira à eux, que feront les électeurs… et surtout combien d’entre eux iront voter?» conclut Giovanni Orsina.

Créé: 08.04.2019, 20h16

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