Rohani se bat pour sa survie politique

IranÀ la tribune de l’ONU ce mardi, le dirigeant iranien devra montrer aux ultraconservateurs qu’il peut faire face à Donald Trump.

Le président iranien Hassan Rohani

Le président iranien Hassan Rohani Image: Keystone

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Hassan Rohani met la dernière main au discours qu’il prononcera mardi à New York lors de la 73e Assemblée générale des Nations Unies. Il le sait, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés pour lui et pour son image de président capable de tenir tête aussi bien à Donald Trump qu’aux ultraconservateurs iraniens. L’attaque terroriste meurtrière survenue samedi lors d’un défilé militaire à Ahvaz (lire ci-contre) ne fait qu’ajouter à la pression sur les épaules du religieux modéré.

Depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, pas un jour ne passe sans que les détracteurs du président ne cherchent à l’affaiblir. Dernier exemple en date, deux de ses ministres ont perdu la confiance du parlement en deux semaines. Alors que les prix flambent et que la devise nationale dégringole, le pays sent les premiers effets des sanctions que Washington a décidé de réimposer à la République islamique.

Tout porte à croire que ce président modéré est en ligne de mire des ultraconservateurs bien ancrés dans les organes clés du régime: l’armée d’élite des Gardiens de la Révolution, le parlement et les principaux imams qui prennent la parole lors de la prière du vendredi. Dans un prêche du 7 septembre, un imam a accusé Rohani d’avoir occasionné le «mécontentement et la tension dans la société» tandis qu’un autre a invité le «peuple révolutionnaire à s’exprimer» contre la situation économique du pays.

«En sortant de l’accord sur le nucléaire, Donald Trump a fait le jeu des ultras en Iran, explique le politologue Reza Hosseinzadeh. Tout le monde savait bien que le point fort de Rohani jusqu’alors, c’était sa gestion de l’économie.» Élu en 2013, Rohani a réussi pendant son premier mandat à contenir une inflation galopante et à relancer la croissance. C’est cet essor économique, combiné à la signature de l’accord avec les grandes puissances, qui lui a permis d’être réélu en 2017.

Gouvernement de l’ombre

En Iran, beaucoup d’observateurs évoquent l’existence d’un puissant gouvernement invisible ayant désormais pour mission de faire tomber l’administration Rohani. «Les signes du gouvernement de l’ombre se voient de plus en plus», affirme le chef du Conseil municipal de Téhéran, Mohsen Hachémi Rafsandjani, fils de l’ancien président de la république Akbar Hachémi Rafsandjani.

S’agissant des questions sensibles, ce sont les proches du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui prennent le relais et marginalisent l’administration Rohani. Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide pour les affaires étrangères, agit comme un ministre des Affaires étrangères de l’ombre. Qassim Soleymani, le chef des Gardiens de la Révolution, sert de ministre de la Défense. Forts de l’appui sans faille du guide, les Gardiens ont la haute main sur les secteurs clés, à commencer par le service des renseignements, les banques privées et l’organe législatif.

«Ce n’est plus un secret pour personne qu’un complot a été ourdi pour que Rohani cède», note le politologue Reza Hosseinzadeh. «Le président a fait tout son possible pour parvenir à un compromis avec le gouvernement de l’ombre, mais ce dernier cherche à s’emparer du pouvoir à part entière», martèle-t-il.

Aux pressions en coulisses s’ajoute une campagne de diffamation sur les réseaux sociaux. Le camp conservateur y affirme que la cote de Rohani est en chute libre, citant des sondages dont l’authenticité n’a jamais été vérifiée de manière indépendante.

Menace de destitution

Les ultras ont enfin envoyé une mise en garde sans équivoque à leur adversaire. Selon eux, il risquerait de subir le sort du premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr, destitué en 1981 après avoir proposé que les Iraniens décident eux-mêmes de la structure du pouvoir à travers un référendum. En juillet dernier, un groupe de parlementaires a concrétisé cette menace et a soutenu une proposition demandant la destitution de Rohani, le rendant responsable de la chute de la devise nationale.

(24 heures)

Créé: 23.09.2018, 19h28

Attentat meurtrier à Ahvaz

Terrorisme

Alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour New York, le président iranien Hassan Rohani a prévenu que la réponse de la République islamique à l’attentat perpétré samedi matin à Ahvaz, province du Khouzestan (sud-ouest), sera «terrible». Selon le dernier bilan officiel, l’attaque menée au fusil-mitrailleur AK-47 par un commando de quatre personnes lors d’un défilé militaire a fait au moins 29 morts et 57 blessés. Trois assaillants ont été abattus sur les lieux de l’attentat. Le quatrième a succombé à ses blessures à l’hôpital.

L’attentat a été revendiqué par l’organisation djihadiste État islamique. Mais Téhéran incrimine plutôt un groupe séparatiste arabe soutenu par un «petit» État du Golfe. La chaîne satellitaire Iran International a diffusé samedi une revendication au nom du Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz. Mais ce groupe a publié, sur son site, un communiqué dans lequel il nie toute implication dans l’attentat d’Ahvaz. Pour sa part, le guide de la Révolution iranienne Ali Khamenei a dénoncé «une poursuite de la conspiration des gouvernements à la solde des États-Unis». D’autres responsables iraniens ont également mis en cause l’Arabie saoudite dans cet attentat.

Dimanche, le Ministère des affaires étrangères iranien a convoqué le chargé d’affaires émirati pour lui transmettre «une protestation ferme contre les propos irresponsables et insultants» tenus par un conseiller du gouvernement d’Abu Dhabi. La veille, le Ministère des affaires étrangères avait déjà convoqué les diplomates représentant le Danemark, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Il a reproché à ces trois pays d’abriter certains membres de l’organisation accusée d’avoir commis l’attentat.
Sur la chaîne CNN, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a condamné dimanche l’attentat perpétré à Ahvaz: «Les États-Unis condamnent toute attaque terroriste n’importe où, point.»
Réd. et ATS

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