Trump promet «le feu» à la Corée du Nord

Menaces nucléairesLe président américain hausse le ton avec Pyongyang qui menace désormais les bases américaines de l'île de Guam.

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Donald Trump a lancé des menaces apocalyptiques contre la Corée du Nord en raison de ses ambitions mlitaires, lui promettant le «feu et la colère» alors que Pyongyang a dit envisager de tirer des missiles près du territoire américain de Guam.

Les propos du président américain signent une nette escalade dans la rhétorique de Washington face aux programmes balistique et nucléaire nord-coréens, qui ont valu à Pyongyang une septième volée de sanctions de l'ONU le weekend dernier.

Ces déclarations semblent aussi faire écho aux menaces régulièrement proférées par le Nord, qui a par exemple menacé lundi de transformer Séoul en «mer de flammes». «La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les Etats-Unis», a lancé mardi le président américain dans son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passe des vacances.

«Feu et colère»

Les menaces, si elles continuaient, «se heurteront au feu et à la colère, comme le monde ne l'a jamais vu jusqu'ici». Ces propos tranchent singulièrement avec les assurances récentes du secrétaire d'Etat Rex Tillerson selon lesquelles Washington ne cherche pas la chute du régime nord-coréen.

Le Nord a surenchéri quelques heures après, annonçant qu'il allait développer un plan de «tir simultané» de quatre missiles de portée intermédiaire vers l'île de Guam d'ici mi-août. Ce projet sera soumis au dirigeant Kim Jong-un qui décidera de son exécution, selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

«Les fusées Hwasong-12 lancées par l'APC (Armée populaire de Corée) traverseront le ciel au-dessus des préfectures japonaises de Shimane, d'Hiroshima et de Koichi», précise l'agence, citant le général Kim Rak Gyom, commandant des forces stratégiques de l'APC. «Elles voleront 3356,7 km pendant 1065 secondes et toucheront les eaux à 30 à 40 kilomètres de Guam», poursuit KCNA.

«Tas d'inepties»

La Corée du Nord a dénoncé en outre les commentaires de Donald Trump, les qualifiant de «tas d'inepties» et assurant que seule «la force absolue peut fonctionner» sur le président américain. Pour Pyongyang, un dialogue est impossible avec le milliardaire républicain, jugé «dépourvu de raison».

Guam, île reculée de quelque 550 km2, est un avant-poste clé pour les forces américaines, stratégiquement situé entre la péninsule coréenne et la mer de Chine méridionale. Environ 6000 soldats y sont déployés, notamment sur la base aérienne Anderson et la base navale Guam.

Guam est prêt

Son gouverneur Eddie Calvo a minimisé les menaces nord-coréennes mais souligné que le territoire était «prêt à toute éventualité». Des bombardiers américains B1-B basés à Guam ont survolé mardi la péninsule coréenne, ce qui «prouve», selon KCNA, que les «impérialistes américains sont des maniaques de la guerre nucléaire».

Le contexte s'était encore alourdi avec des informations du Washington Post sur les progrès militaires nord-coréens. Le pays reclus est désormais doté d'armes nucléaires susceptibles d'être embarquées sur des missiles balistiques, y compris des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), menaçant ainsi ses voisins mais aussi le continent américain, selon les conclusions d'un rapport confidentiel achevé en juillet par l'agence américaine de renseignement militaire, la DIA, citée par le journal.

Divergences

Les spécialistes divergent de longue date sur les véritables capacités du Nord, en particulier à miniaturiser une tête nucléaire de façon à pouvoir la monter sur un missile. La DIA avait émis voici quatre ans des conclusions similaires mais elles avaient été balayées par d'autres services de renseignement. Tous sont d'accord cependant que Pyongyang avance à grand pas depuis l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un en décembre 2011.

En juillet, Pyongyang a procédé à deux tirs réussis d'ICBM. Le premier, qualifié par Kim Jong-Un de cadeau pour les «salauds d'Américains», mettait l'Alaska à la portée du Nord, le second était le signe que peut-être même New York était vulnérable. Le chef de la Maison Blanche a accusé Pyongyang de s'être montré «menaçant au-delà du normal». Les autorités américaines ont répété maintes fois cette année que l'option militaire était «sur la table».

Réaction délirante

Mais analystes comme responsables politiques ont tourné en dérision les propos présidentiels. «Vouloir surenchérir avec la Corée du Nord en matière de menaces, c'est comme vouloir surenchérir avec le pape en matière de prières», a déclaré sur Twitter John Delury, professeur à l'université Yonsei de Séoul.

Le démocrate Eliot Engel, membre de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a regretté la «ligne rouge absurde» tracée par Donald Trump et que Kim Jong-Un allait inévitablement franchir.

«La Corée du Nord est une vraie menace,Link mais la réaction délirante du président laisse entendre qu'il pourrait envisager d'utiliser les armes nucléaires américaines en réponse à un commentaire désagréable d'un despote nord-coréen», a-t-il dit.

Soixante armes nucléaires

Le Washington Post a également rapporté, citant un autre rapport du renseignement, que le Nord détenait jusqu'à 60 armes nucléaires, soit plus qu'envisagé auparavant. Malgré tout, les spécialistes jugent que Pyongyang doit encore franchir certaines étapes technologiques.

Après le second test d'ICBM, des experts ont estimé que l'ogive n'avait pas réussi le cap de la rentrée dans l'atmosphère depuis l'espace.

Pour Siegfried Hecker, ex-directeur du laboratoire national de Los Alamos, cité par le Bulletin des scientifiques atomiques, Pyongyang n'a pas l'expérience pour tirer «une tête nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour pouvoir survivre à un acheminement par ICBM». (afp/nxp)

Créé: 09.08.2017, 17h21

Appel à la retenue

Le ministère allemand des Affaires étrangères a appelé mercredi Nord-Coréens et Américains «à la retenue» après «l'escalade dans la rhétorique». «La situation est vraiment sérieuse (...) nous appelons en conséquence toutes les parties à la retenue», a déclaré le porte-parole du ministère, Martin Schäfer.

La France appelle elle à la responsabilité et à la désescalad, car le risque lié à l'armement nucléaire du pays existe, a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement. La France regarde «avec préoccupation ce qui se passe», a dit Christophe Castaner lors du compte rendu du conseil des ministres. «Nous appelons les uns et les autres à la responsabilité, à la désescalade.»

Le maire de Nagasaki a également exprimé sa vive inquiétude. «La tension monte lorsqu'il s'agit de la situation internationale entourant les armes nucléaires», a dit Tomihisa Taue lors de la cérémonie commémorative. «De fortes craintes se propagent sur le fait que des armes nucléaires puissent être à nouveau utilisées dans un avenir pas si lointain», a-t-il ajouté.

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