Trump sème la confusion dans une Maison-Blanche aux abois

États-UnisMenacé de destitution, Trump a envoyé des signaux contradictoires sur sa stratégie vis-à-vis de la Turquie et des Kurdes.

En plein scandale ukrainien qui pourrait aboutir à sa destitution, Donald Trump s’embourbe dans le dossier syrien.

En plein scandale ukrainien qui pourrait aboutir à sa destitution, Donald Trump s’embourbe dans le dossier syrien. Image: RON SACHS/EPA

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Un Donald Trump obnubilé par l’enquête qui menace sa présidence décide de s’aventurer seul un dimanche soir dans le bourbier syrien. Même ses plus fidèles supporters avaient de quoi redouter cet exercice périlleux. La dernière fois que le président des États-Unis avait annoncé son intention de retirer les troupes américaines de Syrie, son ancien ministre de la Défense, le respecté général Jim Mattis, avait démissionné. Avec sa nouvelle incursion cette semaine dans le dossier syrien, Donald Trump a semé une nouvelle fois la confusion dans une Maison-Blanche déjà aux abois à cause de la procédure de destitution le visant.

Lundi soir, un haut responsable de l’administration Trump a été chargé de justifier auprès des médias le retrait américain du nord de la Syrie décidé par Donald Trump. En dix-neuf minutes, le conseiller de Donald Trump a insisté 20 fois sur la «clarté» du président des États-Unis. Il a expliqué que le président avait «l’obligation» de protéger les soldats américains en prévision d’une offensive turque contre les Kurdes en Syrie et a assuré, sous le couvert de l’anonymat: «Cela ne constitue pas un retrait de la Syrie.»

Cette assurance n’a tenu qu’une douzaine d’heures, jusqu’à la nouvelle averse de tweets de Donald Trump. «Nous avons beau être dans un processus de retrait de la Syrie, nous n’avons en aucun cas abandonné les Kurdes, qui sont des gens spéciaux et de fantastiques combattants», a-t-il assuré mardi matin.

Dans la foulée, le président américain a accru la confusion. Il a souligné la «très bonne» relation commerciale et militaire avec la Turquie, un jour après avoir pourtant menacé d’«oblitérer» l’économie turque: «Comme je l’ai déjà dit avec force, et juste pour le rappeler, si la Turquie fait quelque chose que je considère hors limites, dans ma grande et inégalée sagesse, je détruirai totalement et oblitérerai l’économie de la Turquie», avait-il affirmé sur Twitter lundi.

Depuis son annonce du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, Donald Trump offre à ses concitoyens l’image d’un président navigant à vue et désavoué par son propre Parti républicain. Même Lindsey Graham, l’influent sénateur conservateur de Caroline du Sud qui défend généralement Donald Trump contre vents et marées, a qualifié de «prémices d’un désastre» la décision du président d’abandonner les Kurdes à leur sort face aux Turcs.

L’épouvantail Obama

Pour s’assurer que son message passe, Lindsey Graham a aussi mentionné le nom de Barack Obama, qui déclenche à chaque fois une réaction épidermique chez Donald Trump. «Si je n’avais pas vu le nom de Donald Trump sur le tweet (ndlr: annonçant le retrait américain en Syrie), j’aurais pensé que c’était la raison invoquée (ndlr: à l’époque) par Obama pour quitter l’Irak.»

À l’image de Lindsey Graham, de nombreux élus républicains défendent la politique étrangère traditionnelle de leur parti. Ils ont sévèrement critiqué le repli de Donald Trump en Syrie et lui ont opposé la vision d’une Amérique qui est le gendarme de la planète et agit de concert avec ses alliés.

L’opposition entre Donald Trump et son parti intervient en plein scandale ukrainien qui pourrait aboutir à une destitution du président des États-Unis. Celui-ci peut difficilement se permettre de froisser des républicains qui ont jusqu’ici fait bloc derrière lui. Pour les conservateurs, pas question de laisser tomber les Kurdes, qui ont aidé Washington à combattre l’État islamique en Syrie. La Maison-Blanche tentait d’ailleurs depuis des mois de promouvoir une politique permettant d’empêcher que la situation ne dégénère entre les Kurdes et les Turcs. La semaine dernière, elle pensait même être arrivée à obtenir la création d’une zone tampon dans le nord de la Syrie.

Donald Trump a tiré un trait sur ces efforts dimanche, au grand dam de son parti. La politique étrangère est d’ailleurs l’un des rares domaines dans lequel les élus républicains osent se distancer du président. Ils l’avaient déjà fait le mois dernier, lorsque Donald Trump avait annoncé l’annulation d’un sommet secret avec les talibans aux États-Unis. Mais dans le contexte de la procédure de destitution du président, l’enjeu est aujourd’hui nettement plus élevé pour la Maison-Blanche. Selon un sondage publié mardi par le «Washington Post», une majorité d’Américains soutient désormais l’enquête visant Donald Trump et le force à écouter son parti, quitte à s’engluer dans une série de déclarations contradictoires sur une crise qui va tester la fidélité du Parti républicain au président.

Créé: 08.10.2019, 22h28

Ankara s’apprête à intervenir en Syrie

La Turquie «n’est pas un pays qui agit en fonction des menaces», a fermement déclaré mardi le vice-président turc, Fuat Oktay, balayant d’un revers de main les avertissements du locataire de la Maison-Blanche. Tous les préparatifs pour une offensive contre les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) – fer de lance de la lutte contre le groupe État islamique soutenu par les pays occidentaux mais bête noire d’Ankara – «ont été achevés», a ajouté le Ministère turc de la défense.

Selon le quotidien turc «Hürriyet», une opération pourrait être lancée dans les prochains jours. L’état-major attend que le retrait des forces américaines de cette région soit terminé. Officiellement, l’objectif d’Ankara est de créer une «zone de sécurité» dans le nord de la Syrie pour protéger sa frontière. Dans un premier temps, la Turquie envisage de prendre le contrôle d’une bande de territoire de 120 km de long sur une trentaine de large allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn .

À terme, les Turcs veulent étendre cette «zone tampon» de l’Euphrate à la frontière irakienne, soit sur une longueur de 480 kilomètres. Cette zone, selon Ankara, a pour vocation d’accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et de séparer la frontière turque des territoires conquis par les YPG, considérés comme «un groupe terroriste» en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sur le sol turc depuis 1984.

En août, les États-Unis avaient empêché une telle offensive en proposant à Ankara de l’aider à créer une «zone de sécurité». Depuis, le gouvernement turc ne cesse de dénoncer des retards, menaçant de passer unilatéralement à l’action. Cette situation à haut risque préoccupe la communauté internationale. Sur le plan humanitaire, bien sûr, mais pas seulement.

Selon les forces kurdes, qui détiennent des milliers des djihadistes, notamment européens, une opération turque entraînerait un retour du groupe État islamique.

Yannick Van der Schueren

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