Trump tourne le dos à l’Iran

Accord nucléaireLe président américain a décidé mardi de rétablir les sanctions gelées dans le cadre du deal avec Téhéran.

Le président Donald Trump signe la note présidentielle relative à l’accord sur le nucléaire iranien.

Le président Donald Trump signe la note présidentielle relative à l’accord sur le nucléaire iranien. Image: AP PHOTO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Donald Trump a réalisé mardi après-midi à la Maison-Blanche un rêve de trois ans. Le président des États-Unis a retiré son pays de l’accord nucléaire conclu en 2015 avec Téhéran après avoir résisté aux intenses pressions de la communauté internationale ces dernières semaines. «Le deal avec l’Iran était l’une des transactions les pires et les plus unilatérales que les États-Unis aient jamais acceptées», a martelé Donald Trump avant d’assurer que cet accord «en lambeaux» et «pourri» n’empêchait pas l’Iran de se procurer la bombe.


Edito: Quand Donald saborde Trump


À l’issue de son allocution, Donald Trump a signé un décret rétablissant les sanctions frappant l’Iran depuis 2012. Ces dernières avaient été suspendues en 2015 en échange du gel du programme nucléaire iranien. Selon ces sanctions, toute entité ou institution financière traitant avec la Banque centrale iranienne pour acheter du pétrole iranien, par exemple, est elle-même exposée à des sanctions.

«Les États-Unis ne seront pas les otages d’un chantage nucléaire. Nous ne laisserons pas les villes américaines être menacées de destruction»

Donald Trump a promis d’instaurer le «niveau le plus élevé de sanctions économiques» et a mis en garde toutes les nations aidant l’Iran «dans sa quête d’armes nucléaires». «Les États-Unis ne seront pas les otages d’un chantage nucléaire, a-t-il assuré. Nous ne laisserons pas les villes américaines être menacées de destruction.»

Le président américain reprochait beaucoup de choses à l’accord conclu par son prédécesseur Barack Obama avec la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine, l’Allemagne et l’Iran: il n’était valable que jusqu’en 2030; il n’empêchait pas non plus l’Iran de poursuivre ses essais de missiles balistiques ni n’entravait la capacité de Téhéran d’exercer son influence au Moyen-Orient. Autant d’arguments que Donald Trump a de nouveau égrenés mardi pour justifier sa décision.

Terrain préparé

Le président avait préparé le terrain pour sa décision en écartant ces derniers mois Rex Tillerson, l’ancien chef de la diplomatie américaine, et H.R. McMaster, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale, qui avaient plaidé en faveur d’un maintien de l’accord avec l’Iran. Il les a remplacés par Mike Pompeo et John Bolton, deux faucons qui n’ont cessé de critiquer l’accord.

«Nous tissons des liens avec la Corée du Nord, nous verrons sur quoi ça aboutit. Peut-être cela marchera-t-il, peut-être pas»

Régulièrement montré du doigt par les médias américains et par l’opposition démocrate pour son recours répété aux contre-vérités, Donald Trump a semblé déterminé mardi à prouver à ses supporters qu’il était un homme de parole. «Quand je fais des promesses, je les tiens», a-t-il assuré avant d’annoncer que le secrétaire d’État Mike Pompeo était en route pour la Corée du Nord. But du voyage: préparer la rencontre entre le président des États-Unis et Kim Jong-un, au cours de laquelle doit être abordé l’épineux dossier nord-coréen. «Nous tissons des liens avec la Corée du Nord, nous verrons sur quoi ça aboutit, a déclaré Donald Trump. Peut-être cela marchera-t-il, peut-être pas. Mais ça peut être génial pour la Corée du Nord, le Japon et le monde entier.» (24 heures)

Créé: 08.05.2018, 23h14

Les «preuves» de Netanyahou embarrassent Moscou

Les «preuves convaincantes» que prétend détenir Benyamin Netanyahou à propos d’un programme secret iranien visant à doter le pays de l’arme nucléaire ne sont pas prises à la légère par le Kremlin. Le premier ministre israélien a d’ailleurs prévu d’en parler avec Vladimir Poutine à l’occasion de son déplacement à Moscou ce mercredi, en marge des cérémonies du défilé de la Victoire. Il y a quelques jours, la Russie a créé un groupe de travail pour vérifier si le contenu de la «demi-tonne» de documents iraniens réunis par les Israéliens est bel et bien une bombe diplomatique. Ce que défend l’analyste politique israélien Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Mena, au fait des questions militaires et stratégiques. «L’Iran a toujours nié l’existence d’un programme nucléaire militaire. Là, Netanyahou met sur la table des documents qui attestent du contraire», explique le journaliste. Pour ce dernier, le succès de cette opération est à mettre au crédit du Mossad, les services secrets israéliens, à l’origine de ce qu’il estime être «la plus incroyable opération d’espionnage menée depuis la Seconde Guerre mondiale».

Un haut responsable des renseignements israéliens a fait savoir qu’il y avait plus de 100 000 pages de documents qui offraient à l’État juif «un nouvel aperçu sur l’ampleur des progrès réalisés par le programme nucléaire iranien». Ce responsable a ajouté que ce volume d’informations montrait que le programme était «plus détaillé et plus robuste» qu’on avait pu l’estimer dans le passé.

«Benyamin Netanyahou ne se serait jamais amusé à présenter des documents bidonnés. L’enjeu est trop important», explique Stéphane Juffa. Israël, qui a toujours dénoncé l’accord sur le programme nucléaire iranien, souhaite montrer qu’il est tout simplement caduc. Les signataires, parmi lesquels les Russes, auraient été dupés. Téhéran leur aurait menti.

La Russie va devoir résoudre une équation compliquée. Pour Vladimir Poutine, l’accord sur le nucléaire iranien est «d’une importance primordiale pour assurer la stabilité et la sécurité internationales». Il lui est en outre difficile de prendre une position qui pourrait affaiblir l’autre grand allié de Bachar el-Assad en Syrie. Mais en même temps, le maître du Kremlin est soucieux de préserver sa relation avec Israël et son premier ministre. Trouver un compromis alors qu’Iraniens et Israéliens n’ont jamais été aussi près d’en découdre s’annonce compliqué.
Alain Jourdan

Réactions

Londres, Paris et Berlin ont exprimé mardi dans un communiqué commun leur «préoccupation» après la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et ont appelé toutes les parties signataires à la «responsabilité».

La Suisse, elle, a exprimé son inquiétude après l’annonce par Donald Trump. Mais cela ne change rien quant au respect de l’accord par Berne.

Dans une allocution télévisée, le président iranien, Hassan Rohani, a déclaré: «Si nous atteignons les objectifs de l’accord en coopération avec les autres parties prenantes de cet accord, il restera en vigueur (…). En sortant de l’accord, l’Amérique a officiellement sabordé son engagement concernant un traité international.»
ATS/Reuters

Articles en relation

Quand Donald saborde Trump

L’éditorial Plus...

Avant le choix de Trump, Téhéran oscille entre crainte et indifférence

Iran C’est en principe le 12 mai prochain que le président américain dira s’il retire son pays de l’accord sur le nucléaire iranien. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

«Les agriculteurs sous pression et les vaches orphelines», paru le 26 mai 2018
(Image: Valott) Plus...