«Tuons le parti travailliste et sauvons la démocratie!»

IsraëlLe mouvement fondateur de l’État hébreu agonise. Pour Avraham Burg, il faut en finir et laisser émerger de nouvelles forces.

Avraham Burg: «J’espère que le Parti travailliste disparaîtra pour laisser émerger au centre-gauche de nouvelles forces, avec des idées nouvelles capables de tenir tête à une droite israélienne chauviniste et militariste.»

Avraham Burg: «J’espère que le Parti travailliste disparaîtra pour laisser émerger au centre-gauche de nouvelles forces, avec des idées nouvelles capables de tenir tête à une droite israélienne chauviniste et militariste.» Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Est-ce la fin? Va-t-on voir disparaître le mouvement qui a fondé l’État d’Israël? Héritier du Mapaï du célèbre David Ben Gourion, le Parti travailliste pourrait ne plus être représenté à la Knesset, le parlement israélien. Selon les sondages, cette formation politique, qui était aux commandes de l’État hébreu durant les trois premières décennies, n’est pas assurée d’atteindre le quorum lors des élections du 9 avril. «Il faut l’achever», assène Avraham Burg, qui fut pourtant conseiller du premier ministre Shimon Peres, président de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, et même président travailliste de la Knesset. Grand défenseur de l’État laïc, il juge le sionisme dépassé, fustige la nostalgie de gauche et appelle à s’élever contre la vague de populisme de droite. Décapant.

Le mouvement fondateur de l’État d’Israël pourrait disparaître de la Knesset. Que s’est-il passé?
Des mouvements fondateurs qui perdent, s’essoufflent et disparaissent, ce n’est pas inhabituel. Que reste-t-il réellement, aujourd’hui, du kémalisme en Turquie, du jacobinisme en France, du calvinisme en Suisse? Au départ, il y a une énergie révolutionnaire qui emmène la société quelque part, qui la transforme. Mais après, quoi? Faire du surplace n’est pas un projet politique! Et personne ne vote par nostalgie…

Les travaillistes n’ont pas su réinventer le mouvement, c’est ça?
Pire que ça. Le parti commit une erreur fatale en 1984. Shimon Peres, qui fut l’un des plus talentueux opportunistes, entra dans un gouvernement d’unité nationale avec le Likoud (ndlr: droite). Résultat: les travaillistes ne représentaient plus une alternative politique au principal parti conservateur. Notre parti fut réduit au rang de collaborateur, puis de satellite, avant de sombrer dans l’insignifiance. Il n’est pas en état de relever le défi posé aux démocraties par la grande vague populiste internationale!

Vous inscrivez donc l’agonie de la gauche israélienne dans la crise vécue par les sociaux-démocrates un peu partout en Occident?
Évidemment! Pourquoi Viktor Orbán est-il au pouvoir en Hongrie? Pourquoi Alternative für Deutschland perce-t-elle en Allemagne? Comment Marine Le Pen a-t-elle pu parvenir au second tour de l’élection présidentielle en France? Comment se fait-il qu’un Donald Trump soit à la Maison-Blanche! Une grande vague populiste déferle sur l’Occident, mettant en péril les démocraties libérales.

Mais, dans le cas israélien, vous dites que l’ère du sionisme semi-libéral est terminée? Qu’entendez-vous par «semi-libéral»?
Les travaillistes se posent en défenseurs du «sionisme libéral». C’est joli, ça sonne bien. Sauf qu’historiquement la gauche était au pouvoir en 1948 au moment de la Nakba (ndlr: la «catastrophe» de l’exode de 700 000 Arabes hors des zones israéliennes durant la guerre déclenchée par les pays arabes suite à la proclamation de l’État d’Israël). Puis, en 1967, l’occupation des territoires palestiniens, c’était encore le fait des travaillistes. Et le même parti est à l’origine de la campagne de colonisation. On me rétorque qu’il y a eu ensuite les Accords d’Oslo. C’est juste, mais c’est aussi un travailliste, Ehoud Barak, qui a éteint les espoirs plus tard en déclarant qu’il n’y avait, du côté palestinien, «pas de partenaire pour la paix». Il faut dire les choses comme elles sont: les travaillistes ont fait beaucoup pour détériorer la démocratie en Israël.

Dans quelle ère sommes-nous entrés, selon vous? Reste-t-il un rôle pour les travaillistes?
Nous sommes en marche vers la démocratie illibérale, style Viktor Orbán, à base ethnique, nationaliste. Israël devient l’État juif (ndlr: plutôt qu’un État laïc et égalitaire, où la minorité arabe aurait les mêmes droits que la majorité juive). Pour ma part, j’espère que le Parti travailliste disparaîtra pour laisser émerger au centre gauche de nouvelles forces, avec des idées nouvelles capables de tenir tête à une droite israélienne chauviniste et militariste.

Et la solution des deux États, israélien et palestinien, qu’en reste-t-il?
La solution des deux États se trouve au purgatoire, juste à côté du Parti travailliste! Aujourd’hui, nous sommes face à un choix fondamental. Voulons-nous, entre la Méditerranée et le Jourdain, vivre dans un État unique avec deux régimes différents garantissant les droits des Juifs et discriminant les Palestiniens? Ou voulons-nous un État unique égalitaire, où Juifs et Arabes, hommes et femmes, riches et pauvres, ont les mêmes droits?

La majorité de l’électorat juif semble toujours plus nationaliste et traditionaliste, non? L’idéal égalitaire est-il condamné?
Les apparences sont trompeuses. En réalité, à chaque fois qu’il y a eu un plan de paix sérieux sur la table, les sondages ont montré que l’électorat y était très largement favorable. En politique, ce qui est déterminant, ce n’est pas l’humeur du moment mais le projet d’avenir.

Créé: 04.03.2019, 11h17

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