Un meurtre jugé à Paris 22 ans après

Affaire Toscan du PlantierSophie Toscan du Plantier avait été retrouvée morte le 23 décembre 1996, en vêtements de nuit, en contrebas de sa maison en Irlande.

Ian Bailey, meurtrier présumé de Sophie Toscan du Plantier, ne sera pas présent au procès qui s'ouvre lundi à Paris.

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Un meurtre sauvage en Irlande à Noël 1996, une victime française et un suspect britannique: le procès du meurtrier présumé de Sophie Toscan du Plantier, Ian Bailey, s'ouvre lundi en son absence devant les assises de Paris.

Ian Bailey, ex-journaliste pigiste de 62 ans qui conteste être l'auteur du crime, ne sera «ni présent ni représenté», ont affirmé lors d'une conférence de presse jeudi ses avocats Dominique Tricaud et Franck Buttimer. Le Britannique, que Dublin a refusé d'extrader, sera donc jugé «par défaut» devant une cour uniquement composée de magistrats professionnels.

Les parents, le fils et d'autres proches de la victime, mariée au producteur de cinéma Daniel Toscan du Plantier (décédé en 2003), seront en revanche bien là et garniront les bancs des parties civiles.

Coups à la tête

«Ce procès, même en absence d'accusé, même en absence de défense se tiendra et oeuvre de justice sera faite», estime Marie Dosé, l'une des avocates de la famille.

Sophie Toscan du Plantier avait été retrouvée morte au matin du 23 décembre 1996, en vêtements de nuit, en contrebas de sa maison isolée de Schull, un village de la côte sud-ouest de l'Irlande où elle était venue passer quelques jours avant Noël.

Le corps de la Française de 39 ans, gisant dans une mare de sang, avait été découvert par une voisine. A proximité, étaient retrouvés une grosse pierre et un parpaing eux aussi maculés. Selon l'autopsie, Sophie Toscan du Plantier a succombé à de multiples coups portés à la tête et des blessures aux mains démontrent qu'elle s'est considérablement défendue.

Le cadavre étant resté dehors recouvert d'une simple bâche pendant 36 heures avant l'arrivée du médecin légiste, l'heure exacte de la mort n'a pu être déterminée et aucune preuve scientifique n'a été relevée sur la scène de crime.

«Erreur judiciaire»

En dépit de cette absence de trace ADN, Ian Bailey, journaliste pigiste et poète auto-proclamé résidant à quelques kilomètres de là, avait rapidement fait figure de suspect.

Il portait sur le front et les avant-bras des égratignures qu'il disait avoir eues en découpant des dindes et un arbre de Noël, avait évoqué dans ses articles des éléments censés être connus uniquement du meurtrier et des policiers, et avait assuré ne pas connaître la victime, ce qui avait été contredit par des témoignages.

Plus déconcertant encore, plusieurs témoins ont affirmé qu'il leur avait avoué le meurtre ou reconnu indirectement celui-ci, notamment sous l'emprise de l'alcool.

Des «sarcasmes» selon les avocats du suspect britannique, qui dénoncent une instruction française «uniquement orientée contre Ian Bailey».

«Citizen Kane raté et alcoolique» selon Me Tricaud, Bailey a été placé en garde à vue à deux reprises, en 1997 et 1998, mais n'a jamais été poursuivi par la justice irlandaise, faute de preuves «au-delà du doute raisonnable».

Les autorités françaises ont délivré deux mandats d'arrêt à l'encontre de Ian Bailey en 2010 et 2016, mais Dublin a refusé sa remise à la France, invoquant l'absence de réciprocité entre les deux pays en matière d'extradition.

S'il est condamné, Ian Bailey devrait faire l'objet d'une nouvelle demande d'extradition, laquelle pourra être «difficilement refusée» par l'Irlande, estime Me Dosé.

Avançant que Ian Bailey, aujourd'hui vendeur de pizzas sur le marché de Schull, a été «innocenté» par l'Irlande, ses avocats évoquent une «erreur judiciaire» française. S'exprimant dans les médias irlandais, Ian Bailey juge avoir «déjà été condamné» en France.

Dominique Tricaud et Franck Buttimer ont annoncé la prochaine constitution d'un «tribunal Russell en Irlande», une référence au tribunal d'opinion cofondé par Jean-Paul Sartre en 1966 pour juger la politique des Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam. Selon ses défenseurs, Ian Bailey s'est «engagé à se ranger aux conclusions données» par ce tribunal.

De l'«indécence» dénonce la partie civile. «Leur décision, c'est de nier la procédure française et de la dénigrer», souligne Me Marie Dosé. Pour elle, Ian Bailey ne vient pas au procès «parce qu'il a peur d'être condamné et à raison».

Il encourt trente ans de réclusion criminelle.

Le verdict est attendu vendredi. (afp/nxp)

Créé: 25.05.2019, 11h09

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