À Genève, une conférence sur l’Afghanistan en trompe-l’œil

RencontresMalgré les apparences, la mobilisation internationale s’essouffle. Moscou et Washington jouent leur propre partition.

Le président afghan Ashraf Ghani, mardi à Genève.

Le président afghan Ashraf Ghani, mardi à Genève. Image: Keystone

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Des moyens de sécurité exceptionnels ont été déployés à Genève pour accueillir les participants à la conférence sur l’Afghanistan organisée par l’ONU au Palais des Nations ce mercredi. L’État de Genève a notamment interdit l’utilisation des drones autour de l’aéroport et sur la Rive droite.

Si de telles mesures ont été prises, c’est que le contenu de cette rencontre, comme son contexte, est extrêmement sensible. Une nouvelle attaque attribuée aux talibans a fait 22 morts parmi les policiers afghans à l’ouest du pays, il y a seulement quelques jours. Le signe que les efforts déployés par la communauté internationale pour installer une paix durable dans un pays déchiré par la guerre depuis quarante ans n’apaisent en rien les rivalités territoriales. Dès lors, la présence du président afghan, Ashraf Ghani, et de plusieurs ministres des Affaires étrangères, dont le russe, Sergueï Lavrov, contraint les autorités à ne pas badiner avec les questions de sécurité.

Malheureusement, le déploiement de forces autour de cet événement est inversement proportionnel à ce qu’il faut en attendre. Toby Lanzer, le coordinateur humanitaire des Nations Unies en Afghanistan, a affirmé, après s’être inquiété des effets de la sécheresse sur l’économie du pays et la santé de ses habitants, que «des espoirs de paix existaient». Un optimisme que ne partage pas le politologue suisse Hasni Abidi, qui voit dans cet événement «une simple piqûre de rappel» visant à faire le point sur la reconstruction du pays et la tenue prochaine d’un scrutin.

Si une élection présidentielle est programmée pour avril 2019, le processus politique est, en réalité, très loin d’offrir des gages de stabilité. «C’est la grande désillusion. La communauté internationale a échoué. Il faut que l’ONU change son logiciel», estime Hasni Abidi, qui fait observer que le président afghan contrôle à peine 45% du territoire avec 14 des 34 provinces. Les talibans sont toujours là, plus incontournables que jamais.

Le contrat n’a pas été rempli et l’engagement de la communauté internationale tend à s’essouffler après des années d’engagements financiers et militaires restés vains. Moscou y a d’ailleurs vu une opportunité pour déployer sa diplomatie. La rencontre organisée dans la capitale russe entre les talibans et le pouvoir afghan, le 9 novembre, procède de cette autre approche plus réaliste et plus pragmatique qui consiste à prendre en compte la réalité de la situation sur le terrain en dialoguant avec un mouvement toujours considéré comme terroriste.

Pour Hasni Abidi, il faudrait également prendre en compte le rôle joué par les puissances régionales, tel le Pakistan, dans cette guerre sans fin pour arriver à élaborer un véritable plan de paix. La question est désormais de savoir comment les États-Unis vont réagir à la manœuvre russe. Donald Trump a laissé entendre à ses troupes basées en Afghanistan qu’il pourrait se rendre bientôt à Kaboul. «Nous sommes engagés dans des négociations très vigoureuses», a-t-il déclaré, sans préciser lesquelles. La Maison-Blanche a elle aussi engagé des discussions avec les représentants des talibans présents à Doha.

Les conseillers du président américain vont avoir à cœur de ne pas laisser la Russie prendre la main sur des négociations parallèles. «C’est leur grande hantise», confirme Hasni Abidi. Attention donc aux succès en trompe-l’œil. Avec cette conférence organisée à Genève, l’ONU donne les apparences d’une certaine maîtrise de l’agenda. Ce qui est loin d’être le cas.

Créé: 27.11.2018, 20h11

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