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SommetAccord «sans illusion» pour un cessez-le-feu en Ukraine

Un accord a été conclu jeudi sur le conflit en Ukraine jeudi à Minsk. Mais Berlin ne se fait «aucune illusion». Car, formellement Vladimir Poutine n'a rien signé.

Formellement Vladimir Poutine n'a rien signé.Il ne s'agit que d'une «déclaration de soutien» du président russe.
Formellement Vladimir Poutine n'a rien signé.Il ne s'agit que d'une «déclaration de soutien» du président russe.
AFP

Les dirigeants européens et les présidents ukrainien et russe sont parvenus jeudi 12 février à Minsk au terme de seize heures de négociations à se mettre d'accord pour imposer dès dimanche un cessez-le-feu et créer une zone démilitarisée élargie en Ukraine.

A lire ici les principaux points de l'accord de Minsk

Parallèlement, une cinquantaine de chars et autres équipements lourds ont pénétré sur le territoire ukrainien depuis la Russie dans la nuit de mercredi à jeudi au cours du sommet sur la paix. Vladimir Poutine a appelé les soldats ukrainiens encerclés par les séparatistes à «déposer leurs armes». Cette reddition permettra au cessez-le-feu conclu à Minsk d'entrer en vigueur dimanche comme prévu, selon le président russe.

Officiellement reconnu

L'accord signé entre séparatistes et émissaires de Kiev, qui selon Berlin est encore loin d'apporter la paix en Ukraine, reprend ceux déjà signés à Minsk en septembre et qui prévoyaient déjà cessez-le-feu, retrait des pièces d'artillerie ou échanges de prisonniers.

Mais le fait qu'il soit officiellement soutenu au plus haut niveau, par Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande, lui donne plus de poids. Formellement toutefois, le président russe n'a rien signé. Les Européens, leur protégé ukrainien et lui-même n'ont accouché que d'une «déclaration de soutien» au texte, lui signé par les rebelles séparatistes et par les émissaires de Kiev, sous le patronage de la Russie et de l'OSCE.

Un accord sur l'essentiel

«On a réussi à trouver un accord sur l'essentiel», s'est félicité Vladimir Poutine, François Hollande évoquant un «règlement politique global» même si «tout n'est pas encore accompli».

Le soulagement provoqué globalement par l'accord trouvé au terme d'une nuit blanche de pourparlers a toutefois été douché par les accusations portées par Kiev contre Moscou. Selon le porte-parole de l'armée ukrainienne, au moment où Vladimir Poutine et Petro Porochenko négociaient d'arrache pied à Minsk, une cinquantaine de chars et autres équipements lourds ont pénétré sur le territoire ukrainien depuis la Russie.

«Aucune illusion»

Un peu plus tôt, la chancelière Angela Merkel avait eu une déclaration prémonitoire en confessant ne se faire «aucune illusion» sur le fait qu'il y ait encore «de gros obstacles» à surmonter avant d'arriver à une solution au conflit ukrainien.

L'accord «n'est pas une solution globale et encore moins une percée», a renchéri le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, tout en saluant un «pas en avant qui nous éloigne d'une spirale d'escalade militaire», mais «sans euphorie, car cela a été une naissance difficile».

Les dirigeants séparatistes ont estimé que l'accord pouvait faire espérer une «solution pacifique» au conflit.

Zone tampon

La feuille de route signée par le Groupe de contact, constitué de représentants ukrainiens et les rebelles prorusses, encadrés par leurs homologues russes et de l'OSCE, porte sur un cessez-le-feu en vigueur dès dimanche, et sur le retrait des belligérants et de leurs armes lourdes permettant la création d'une zone tampon élargie, passant de 30 kilomètres à 50 à 70 kilomètres autour de la ligne de front.

«Toutes les questions ont été traitées par ce texte qui a été signé par le groupe de contact et les séparatistes», a déclaré le chef de l'Etat français, lors d'une déclaration commune, aux côtés de la chancelière allemande.

Peu de signes tangibles

Jusqu'à l'annonce du président russe, qui a marqué la fin des négociations, peu de signes tangibles permettant d'espérer la conclusion d'un accord avaient été observés, alors que le temps presse et que les violences en Ukraine n'ont pas faibli au moins seize personnes, dont deux soldats ukrainiens, périssant ces dernières heures dans des combats et bombardements.

Dans le fief rebelle de Donetsk, les tirs d'artillerie tirés des positions séparatistes n'ont pas cessé de la nuit.

«J'espère que ce sera un vrai cessez-le-feu. Ca fait trois semaines que je ne sors pas de chez moi tellement j'ai peur. Je suis sortie après avoir vu sur internet qu'un accord a été signé», racontait Elena Ivachova, 30 ans, qui habite dans le quartier de Tekstiltchiki, à Donetsk, très touché par les bombardements.

Selon Kiev, la Russie a profité du sommet de Minsk pour faire entrer de nouvelles armes en zone rebelle. «Une cinquantaine de chars, 40 lance-roquettes multiples Grad, Ouragan et Smertch et autant de blindés» ont pénétré en Ukraine depuis la Russie dans la nuit de mercredi à jeudi, a affirmé un porte-parole ukrainien.

Avant le sommet, les soldats ukrainiens et rebelles avait intensifié leurs combats sur le terrain pour arriver en position de force à la table des négociations: avec au moins 49 morts mardi et mercredi, l'Ukraine avait vécu une des périodes les plus meurtrières en dix mois d'un conflit qui a fait plus de 5.300 morts.

Pourparlers plus que compliqués

Les pourparlers de Minsk ont été plus que compliqués. La géographie d'abord: les négociations se sont déroulées dans deux endroits de la capitale bélarusse. D'un côté, les dirigeants européens et les présidents russe et ukrainien. De l'autre, le groupe de contact sur l'Ukraine.

Le sommet de Minsk a été un ballet de conseillers, de portes ouvertes et refermées, de conciliabules à trois - Hollande-Merkel avec Poutine, Hollande-Merkel avec Porochenko - et de négociations autour d'un plateau repas dans l'imposante salle aux colonnes de marbre de la présidence bélarusse.

Jusqu'à jeudi matin, deux heures avant la fin des négociations, le président Petro Porochenko se montrait pessimiste. «Malheureusement, il n'y a pas encore de bonnes nouvelles. Pour l'instant, il n'y a aucune nouvelle», avait-il déclaré M. Porochenko à l'AFP.

La rencontre au Bélarus a été organisée au terme d'une semaine d'intenses consultations diplomatiques dont les dirigeants français et allemand, qui s'étaient rendus vendredi à Moscou pour y rencontrer M. Poutine, ont pris l'initiative.

ats

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