Affaire Benalla: 3 proches de Macron en justice

FranceL'affaire Benalla, du nom de cet ancien collaborateur du président français, se poursuit avec la convocation de trois employés d'Emmanuel Macron devant un tribunal.

Alexandre Benalla entendu au tribunal de Paris.

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Trois membres du cabinet d'Emmanuel Macron vont être prochainement entendus par la justice sur l'utilisation indue de passeports diplomatiques par Alexandre Benalla, l'un des volets de l'affaire qui embarrasse l'Elysée depuis l'été.

Cette rare convocation de hauts responsables de la présidence est fixée au 10 avril au palais de justice de Paris.

Le chef de cabinet François-Xavier Lauch sera entendu en tant que partie civile puisqu'il a déposé plainte contre Alexandre Benalla, dont il était le supérieur, pour «usage de faux» afin de se procurer ses passeports de service.

Le secrétaire général Alexis Kohler et le directeur de cabinet Patrick Strzoda sont pour leur part convoqués en tant que témoins, a précisé la présidence, confirmant une information de RTL.

Un vrai feuilleton

Ils seront interrogés sur les raisons et les conditions ayant permis à l'ex-«chargé de mission» à l'Elysée d'utiliser des passeports, qu'il était censé avoir rendus, jusqu'en décembre alors qu'il avait été licencié fin juillet par la présidence.

La découverte avait fait rebondir l'affaire Benalla qui est devenu, au fil des mois, un feuilleton dont n'arrive pas à se débarrasser le pouvoir.

En décembre, La lettre du Continent, puis Le Monde, ont révélé que M. Benalla avait fait un voyage d'affaires au Tchad où il a rencontré le président Idriss Deby, trois semaines avant une visite d'Emmanuel Macron à N'Djamena. L'Élysée a dit avoir été informé de ce voyage a posteriori.

M. Benalla a reconnu avoir récupéré et utilisé ses passeports, après avoir affirmé en septembre devant le Sénat les avoir laissés dans son bureau à l'Elysée. Selon Mediapart et Le Monde, M. Benalla a utilisé l'un de ses deux passeports diplomatiques pour entrer dans plusieurs pays africains.

Le Quai d'Orsay dit avoir réclamé leur restitution à deux reprises depuis juillet. M. Benalla a assuré qu'ils lui avaient été rendus par un «membre de la présidence» (un «personnel salarié de l'Élysée», précisera-t-il au Sénat le 21 janvier) avec ses effets personnels, début octobre.

Devant la commission d'enquête du Sénat, Patrick Strzoda a révélé le 16 janvier que M. Benalla avait utilisé «presque une vingtaine de fois» ses passeports diplomatiques après son licenciement. Il le soupçonne par ailleurs, comme François-Xavier Lauch, d'avoir obtenu un passeport de service en juin grâce à un faux.

Le 18 janvier, Alexandre Benalla a été mis en examen pour l'usage abusif de ses passeports diplomatiques.

«Pas le Rainbow Warrior»

Ces convocations sont «tout à fait normales, c'est un événement banal dans le cadre d'une instruction qui a été ouverte», a balayé jeudi la ministre de la Justice Nicole Belloubet à son arrivée au Sénat.

«Normal» aussi pour François Grosdidier, membre LR de la commission d'enquête du Sénat, qui a demandé la saisie de la justice. Pour lui, celle-ci doit dire qui a «menti» entre M. Benalla et M. Strzoda.

Pour Jean-Paul Garraud (RN), M. Benalla «a menti» et la justice doit déterminer quels «personnels de l'Elysée» auraient rendu les passeports à M. Benalla.

Le député de La France insoumise Adrien Quatennens dénonce pour sa part «un vrai feuilleton» et «incontestablement une affaire d'Etat» car «à mesure qu'on tire la pelote on voit qu'il y a toujours un épisode derrière».

«Certainement pas d'affaire d'Etat, ce n'est pas le Rainbow Warrior!», a estimé Vincent Crase, l'acolyte d'Alexandre Benalla lors des événements violents du 1er mai qui ont lancé l'affaire, dans une interview au Parisien à l'occasion de la parution de son livre «Présumé coupable» (Plon).

«Patate chaude»

Il met toutefois en cause le sommet de l'Etat. «J'ai l'impression que tous savaient et qu'ils se sont refilés la patate chaude», accuse-t-il.

Le Sénat, dominé par l'opposition de droite, a formellement transmis à la justice fin mars les cas de MM. Benalla et Crase, mais également de MM. Strzoda et Kohler, ainsi que celui du général Lionel Lavergne, chef du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), les soupçonnant d'avoir «retenu une part significative de la vérité» devant sa commission d'enquête.

Cette décision du bureau de la Haute Assemblée a été vécue comme une déclaration de guerre par le gouvernement et dans les rangs du parti présidentiel LREM, qui a dénoncé un «procès politique». (ats/nxp)

Créé: 04.04.2019, 15h34

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