Pourquoi l’affaire Le Roux affaiblit aussi Hollande

AnalyseL’Elysée a très vite débarqué le ministre de l’Intérieur. Mais l’affaire affaiblit aussi le Président sur des aspects jusqu’alors positifs de son bilan.

Le ministre démissionnaire Bruno Le Roux

Le ministre démissionnaire Bruno Le Roux Image: EPA

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On ne l’y reprendra pas. A l’hiver 2012, François Hollande avait longtemps soutenu Jérôme Cahuzac comme la corde soutient le pendu. Depuis décembre de cette année-là, entrant discrètement par la porte arrière de l’Elysée, le patron de Mediapart Edwy Plnel avait pourtant alerté le Président.

Il avait plus que des biscuits sur les comptes à l’étranger de celui qui était alors ministre de Budget et qui s’était fait le chantre de la lutte contre la fraude fiscale. C’était du béton. Mais le Président n’avait rien voulu entendre. Il lui aura fallu quatre mois pour lâcher celui qu’il n’était pas loin de considérer comme l’un de ses meilleurs ministres. Moins d’un an après son élection, ce désastre a forgé, autant que l’affaire Leonarda ou le dossier de Florange, la descente aux enfers de son quinquennat.

Cette fois, le chef de l’Etat n’a pas tergiversé. Apprenant lundi soir l’affaire Le Roux révélée par le pourtant drolatique Yann Barthès dans son émission Quotidien, le locataire de l’Elysée n’a pas du tout ri. Avec son Premier ministre Bernard Cazeneuve, le sort de l’éphémère ministre de l’Intérieur a été scellé le temps d’un appel téléphonique. La branche, présumée pourrie (comment défendre les emplois des deux filles mineures de Bruno Le Roux?), a été sciée dans l’instant.

Le pari de l’Elysée est simple: piéger la droite. Lui montrer qu’à gauche au moins, on soigne la fameuse «République exemplaire» que le candidat Hollande avait promise il y a cinq ans. Et que la faute aussitôt soupçonnée est immédiatement sanctionnée. La stratégie a en partie fonctionné. Mais en partie seulement. Les lieutenants de François Fillon se sont trouvés bien nus quand d’arguments ils ont été dépourvus.

Plus possible de prétendre que «tout le monde le fait» sans être inquiété et de sous-entendre donc que le péché de François Fillon n’est pas si grave, après tout. Mais la célérité avec laquelle Le Roux a été débarqué a ses limites. Démettre un ministre un mois et demi avant le terme de son bail n’est pas la même chose que de renoncer à une campagne présidentielle. Le geste, aussi sain qu’il soit, n’a pas la même portée. Mais il y a plus important.

François Hollande de trouve dans le même temps triplement affaibli. Un: c’est un de ses tout proches qui tombe. L’ancien patron des députés de l’Assemblée était surnommé «la voix de son maître», c’est tout dire. Le signe, décidément, que François Hollande peine à s’entourer, à «recruter», si l’on se souvient des désastreuses affaires Aquilino Morelle (le conseiller qui venait faire cirer ses chaussures à l’Elysée), et Thomas Thévenoud (l’éphémère ministre du commerce extérieur atteint de «phobie administrative» au point de ne pas remplir ses feuilles d’impôts).

Sans parler de deux anciens ministres aussi débarqués, Yamina Benguigui (pour déclaration de patrimoine incomplète) et Kader Arif (soupçonné de favoritisme dans l’attribution de marchés publics).

Deux : depuis l’affaire Cahuzac, François Hollande pouvait au moins faire valoir que l’épisode avait servi de leçon et qu’il avait permis d’accoucher d’une loi importante sur la transparence de la vie publique. Le mal avait débouché sur un bien. Mais le fait est que Bruno Le Roux est passé au travers des mailles du filet. Les errements de ce «si proche», personne au Palais ne les avait vus. La moralisation de la vie publique prouve ses limites.

Trois : François Hollande est obligé de se trouver un nouveau ministre de l’Intérieur trois mois à peine après avoir donné un successeur à Bernard Cazeneuve. Et malgré toutes les qualités qu’on prête à Matthias Feckl, qui devient le premier flic de France, celui-ci n’est pas un spécialiste des questions de sécurité. Or faut-il rappeler que la France est toujours en état d’urgence? Et qu’à quelques semaines de la présidentielle, vu la force du symbole, l’Hexagone pourrait même être plus visé que jamais?

Alors qu’il se résout laborieusement ces jours-ci à faire lui-même le bilan de son quinquennat vu que personne ne semble disposer à en faire à sa place l’inventaire positif, François Hollande est affaibli aux deux rares chapitres où les Français lui reconnaissaient du mérite: son honnêteté personnelle et la manière dont il a géré (le triste épisode de la déchéance de nationalité mise à part) les attentats en France et la lutte contre le terrorisme sur les théâtres extérieurs.

Créé: 22.03.2017, 10h41

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