Affaire ukrainienne: témoignage «explosif»

Etats-UnisUn diplomate américain en poste à Kiev a détaillé devant le Congrès les pressions exercés par l'administration Trump sur l'Ukraine. Les démocrates y voient la preuve que leurs soupçons étaient fondés.

Bill Taylor a témoigné devant le Congrès mardi 22 octobre 2019. (Image d'archive)

Bill Taylor a témoigné devant le Congrès mardi 22 octobre 2019. (Image d'archive) Image: AFP

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Bill Taylor, un diplomate américain en poste à Kiev, a livré mardi devant le Congrès un témoignage «explosif» dans l'affaire ukrainienne. Il a placé Donald Trump, qui est sous la menace d'une procédure de destitution, dans une situation particulièrement délicate.

Les élus démocrates de la Chambre des représentants ont vu dans dans le récit de Bill Taylor, chargé d'affaires américain à Kiev, la preuve que les soupçons les ayant poussé à lancer une procédure en vue de la destitution du 45e président des Etats-Unis étaient fondés.

Lors d'une déclaration à huis-clos, dont le contenu a rapidement fuité, ce diplomate de carrière a relaté comment le président de la première puissance mondiale avait essayé de faire pression sur l'Ukraine pour que ce pays enquête sur la famille de son rival démocrate Joe Biden à l'approche de l'élection de 2020. Et avait conditionné l'octroi d'une aide de Washington à Kiev à l'aboutissement de sa demande.

M. Sondland «m'a dit (..) que tout était lié à une telle annonce, y compris l'aide», a-t-il raconté dans une longue déclaration de 15 pages qui a été publiée dans son intégralité par le «Washington Post».

«L'ambassadeur Sondland a dit qu'il avait parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky (...) et lui avait dit que "même si ce n'est pas une contrepartie", s'il "n'éclaircissait pas les choses" en public, nous serions dans une impasse», a-t-il raconté devant les élus.

«J'ai compris "impasse" comme voulant dire que l'Ukraine ne recevrait pas l'assistance militaire dont elle avait cruellement besoin», a-t-il ajouté.

Le diplomate a aussi souligné comment M. Sondland avait essayé de lui expliquer la logique «d'homme d'affaires» de Donald Trump. «Lorsqu'un homme d'affaires est sur le point de signer un chèque à quelqu'un qui lui doit quelque chose, l'homme d'affaires demande à cette personne de payer avant qu'il ne signe le chèque».

«Tout y est»

Nombre d'élus démocrates ayant assisté à l'audition ont insisté sur la force de cette déposition.

«Ce que j'ai entendu aujourd'hui de la part de Bill Taylor était très troublant et explosif», a tweeté Adriano Espaillat. «C'était tout simplement le témoignage le plus accablant que j'ai entendu», a surenchéri l'élue Debbie Wasserman Schultz. «Tout y est», a ajouté Tom Malinowski. «Je ne sais pas quoi ajouter face à une déclaration aussi claire et détaillée».

Dans un message daté de début septembre adressé à M. Sondland, M. Taylor s'inquiétait ouvertement des pressions exercées par la Maison Blanche sur la présidence ukrainienne. Je «trouve ça dingue de suspendre l'aide sécuritaire en échange d'un coup de main pour une campagne politique», écrivait-il.

Donald Trump a réagi directement par un nouveau tweet, émis mercredi en début d'après-midi (heure suisse):

«Ni lui (Taylor) ou d'autres témoins n'ont pu démontrer que les Ukrainiens était au courant que l'aide militaire était suspendue. On ne peut pas avoir un quid pro quo sans quo (...). Le cas soulevé pas ces bons à rien de Démocrates est MORT!»

Auparavant, sa porte-parole, Stephanie Grisham, avait dénoncé une «campagne de calomnies» menée «par des élus d'extrême-gauche et des bureaucrates radicaux non-élus qui sont en guerre contre la Constitution».

Le contre-feu de Trump

Le président américain avait-il senti venir cette déposition à haut-risque? Quelques heures avant qu'elle ne démarre, il avait allumé un contre-feu et provoqué une vive polémique en comparant la procédure le visant à un «lynchage», mot lourd de sens aux Etats-Unis, où il est associé aux meurtres de Noirs par des Blancs aux XIXe et XXe siècles, essentiellement dans le Sud.

«Un jour, si un démocrate devient président et que les républicains remportent la Chambre des représentants, même avec une toute petite marge, ils peuvent lancer une procédure de mise en accusation du président, même sans respect des procédures, sans équité ou sans droits», avait tweeté le milliardaire républicain.

«Tous les républicains doivent se souvenir de ce à quoi ils assistent ici: un lynchage». Le tweet matinal a suscité de très vives réactions dans la capitale fédérale américaine, pourtant habituée aux déclarations volontairement provocatrices de l'ancien homme d'affaires de New York.

«Un lynchage ?»

Fait remarquable, Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, qui se tient le plus souvent à l'écart de toute critique du président, a exprimé son désaccord. «Compte tenu de l'histoire de notre pays, je ne comparerais pas cela à un lynchage», a-t-il déclaré, déplorant un choix de mots «regrettable».

«C'est un mot qu'aucun président ne devrait utiliser pour lui-même», a réagi le démocrate James Clyburn sur CNN. «Je viens du Sud. Je connais l'histoire de ce mot. C'est un mot qu'il faut utiliser avec beaucoup, beaucoup de prudence», a ajouté l'élu afro-américain.

«Un lynchage? 4743 personnes ont été lynchées aux Etats-Unis entre 1882 et 1968, parmi lesquels 346 Afro-Américains», a réagi Kristen Clarke, présidente d'une association de défense des droits civiques. Et de souligner que les lynchages furent un chapitre «répugnant» de l'histoire américaine.

La Maison Blanche a défendu l'utilisation de ce mot en assurant que le président ne faisait pas de référence historique. «Le président n'essayait pas du tout de se comparer à l'histoire terrible de ce pays», a déclaré Hogan Gidley, porte-parole de l'exécutif. (ats/nxp)

Créé: 22.10.2019, 23h22

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