Les Zimbabwéens aux urnes pour esquisser leur avenir sans Mugabe

ZimbabweForte participation, lundi, pour un scrutin historique. Deux hommes se disputent la magistrature suprême.

Le favori, Emmerson Mnangagwa, président ad interim.

Le favori, Emmerson Mnangagwa, président ad interim. Image: REUTERS/PHILIMON BULAWAYO

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Dès l’aube, lundi, de longues files s’étendent devant les bureaux de vote dans la capitale zimbabwéenne, Harare. C’est une élection historique, la première sans Robert Mugabe, renversé en novembre dernier après trente-sept ans au pouvoir. Le Zimbabwe est à un tournant, alors que les électeurs doivent choisir celui qui lui succédera à la tête du pays. Pendant la campagne, quelques incidents et intimidations de la part du pouvoir ont été rapportés, mais rien en comparaison avec les années Mugabe. Et un vent d’optimisme souffle sur le pays. «Avant, il y avait des menaces. Les jeunes du parti au pouvoir passaient dans chaque maison et disaient aux gens pour qui ils devaient voter. Nous avions tous peur. Aujourd’hui, je me sens libre», dit un employé d’une compagnie de sécurité devant un bureau de vote de Mbare, un quartier populaire au sud de la capitale, particulièrement touché par les violences électorales de 2008.

Une répression des opposants que le favori de ce scrutin, l’actuel président Emmerson Mnangagwa, est soupçonné d’avoir orchestrée. Mais celui qu’on surnomme «le crocodile» veut faire peau neuve. À 75 ans, l’ancien bras droit de Robert Mugabe, devenu président à l’issue du coup de force de l’armée qui a évincé l’autocrate, a promis un scrutin crédible et fait les yeux doux à la communauté internationale.

Candidat de la rupture

Face à lui, Nelson Chamisa, le leader de l’opposition, 40 ans, se présente comme le candidat de la rupture avec le parti au pouvoir, la Zanu-PF. En début d’après-midi, Robert Mugabe, 94 ans, a voté, accompagné par son épouse et sa fille. Il a passé de longues minutes dans l’isoloir, peut-être à cause de la difficulté de poser une croix à côté d’un nom autre que le sien.

La veille, devant la presse, le chef d’État déchu avait laissé entendre qu’il voterait pour l’opposition. Tout plutôt qu’Emmerson Mnangagwa, tout plutôt que le parti qui l’a trahi. De quelle influence jouit-il encore? Pourrait-il être le faiseur de roi de cette élection? Impossible de le savoir. Ceux qui ont gardé de la sympathie pour l’ancien dictateur se font discrets. Mais son ombre continue de planer sur l’élection.

Et la machine électorale qu’il a mise en place n’a pas disparu. «Ceux qui votent pour la Zanu-PF reçoivent les aides en nourriture et autres avantages. Ceux qui votent pour l’opposition risquent de recevoir des coups, ou pire», dit Derek Matyszak, chercheur pour l’Institut des études de sécurité en Afrique du Sud. «Cette technique de la carotte et du bâton s’applique maintenant aussi à la communauté internationale. Si Mnangagwa gagne, il promet la stabilité. Si Chamisa gagne, les militaires ne l’accepteront pas, et la crise zimbabwéenne va se poursuivre.»

Le retour des investisseurs et la création d’emplois sont les grandes promesses des deux principaux candidats. L’économie zimbabwéenne se trouve dans un état désastreux. L’inflation et le manque de liquidités pèsent durement sur les conditions de vie de la population. «Le président peut créer une bonne relation entre le Zimbabwe et le reste du monde. Ses politiques sont différentes de celles de Mugabe», pense un sympathisant du parti au pouvoir.

Le poids des campagnes

À Harare, beaucoup semblent rêver d’un changement plus radical. «Mnangagwa a travaillé avec Mugabe pendant trente-huit ans. Pourquoi serait-il différent? Je crois en Chamisa», dit une femme qui, par prudence acquise depuis longtemps, refuse de donner son nom. La capitale est traditionnellement favorable à l’opposition, mais la majorité de la population zimbabwéenne vit en zones rurales. C’est dans les campagnes que va se décider cette élection.

Créé: 30.07.2018, 20h49

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