Une attaque terroriste fait dix-huit morts à Ouagadougou

Burkina FasoDix-huit mois après l’attaque qui avait vu la mort de deux Suisses, la capitale burkinabée est à nouveau ciblée. Analyse de la menace dans le Sahel.

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Dix-huit morts et une dizaine de blessés. C’est le bilan provisoire de l’attaque terroriste perpétrée contre un restaurant dimanche soir à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Selon les autorités burkinabées, les deux assaillants ont été tués. Parmi les victimes, on dénombrerait des «Burkinabés et des étrangers», dont au moins un Français et un Turc. Selon les dernières informations connues du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), il n’y aurait pas de Suisse parmi les morts ni les blessés.

C’est en effet dans ce même quartier de Ouagadougou que deux restaurants avaient été attaqués par des terroristes d’Al-Qaida au Maghreb (Aqmi) le 15 janvier 2016. L’attentat avait coûté la vie à 30 personnes. Parmi elles figuraient deux Suisses, deux personnalités politiques valaisannes: l’ex-directeur des PTT Jean-Noël Rey et l’ex-député Georgie Lamon. La nouvelle attaque de dimanche soir s’est déroulée à quelque 200 mètres du lieu du drame de janvier 2016. Comme il y a dix-huit mois, les assaillants ont visé un établissement fréquenté par des étrangers. L’Aziz Istanbul est en effet connu pour être un point de rencontre convivial, avec café et restaurant, pour de nombreux expatriés dans la capitale du Burkina Faso. Selon les témoignages, la sécurité du lieu avait pourtant été renforcée, des vigies postées en permanence. Des mesures insuffisantes dimanche soir, lorsque, à 21 heures, «au moins deux assaillants arrivés à moto, armés de kalachnikovs, ont ouvert le feu sur le restaurant Istanbul», a indiqué un officier de gendarmerie aux agences. Les assaillants se sont ensuite retranchés dans les étages de l’immeuble. Les forces d’intervention ont échangé des tirs nourris avec les terroristes jusqu’à 5 heures de matin. Si l’attentat n’a toujours pas été revendiqué, il rappelle celui de janvier 2015, qui portait la signature des djihadistes d’Aqmi.

«Le terrorisme islamiste est un problème de long terme dans cette région de l’Afrique»

«Le terrorisme islamiste est un problème de long terme dans cette région de l’Afrique», analyse Pierre Conesa. Enarque et ancien haut fonctionnaire du Ministère français de la défense, il a publié un livre polémique mais qui fait référence, Dr Saoud et M. Djihad (Editions Robert Laffont). Le Bukina Faso partage des frontières avec le Mali et le Niger, où agissent notamment les fondamentalistes islamistes de Boko Haram. Les offensives des différents groupes djihadistes se développent ainsi dans cette région saharienne qui englobe encore le Tchad et la Mauritanie. Les Casques bleus de l’ONU (Minusma) et les forces françaises de l’opération Barkhane tentent pourtant de stabiliser la région.

«Il y a d’abord un problème de fragilité de ces Etats, qui sont à la fois mal préparés à la sécurité intérieure et passablement corrompus», explique Pierre Conesa. Et de continuer: «C’est pourquoi ce ventre mou de l’Afrique ne sait pas circonscrire l’incendie que représentent ces bandes djihadistes qui entrent dans le nord de cette zone saharienne depuis la Libye, où elles ont mis la main sur les stocks d’armes de l’époque Kadhafi.»

Pour ce spécialiste de l’Afrique et du salafisme, l’expansion de la menace terroriste en Afrique s’explique par l’influence grandissante du salafisme conquérant et violent exporté par l’Arabie saoudite. «La plupart des cadres dans cette région du G5 (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad et Mauritanie) ont étudié dans les universités coraniques de Médine. Ils ont supplanté les marabouts, qui, eux, ne lisent pas le Coran en arabe. Ils sont imprégnés de cet islam dans sa version la plus antisémite, homophobe, sectaire, misogyne et raciste», met en perspective Pierre Conesa, qui voit ces pays s’engager dans une décennie d’instabilité djihadiste. Il faut rappeler que les groupes islamistes détiennent dans la région encore sept otages occidentaux, dont la Suissesse Béatrice Stockly. La missionnaire bâloise a été enlevée en janvier 2016.

Créé: 14.08.2017, 19h37

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