Une vingtaine de blessés en plein centre de Tunis

Tunisie La commémoration de la «journée des martyrs» a tourné à la bataille rangée lundi au centre de Tunis.

La manifestation interdite, sur l'avenue Bourguiba, célèbre pour avoir vu défiler les milliers de manifestants ayant conduit à la chute de Ben Ali, a tourné hier au vinaigre, faisant quelque 20 blessés.

La manifestation interdite, sur l'avenue Bourguiba, célèbre pour avoir vu défiler les milliers de manifestants ayant conduit à la chute de Ben Ali, a tourné hier au vinaigre, faisant quelque 20 blessés. Image: AFP

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Les policiers ont chassé à coups de lacrymogènes des manifestants désireux de défiler sur la célèbre avenue Bourguiba interdite depuis peu aux rassemblements. Bilan: une vingtaine de blessés.

Réfugiés dans des cafés ou des commerces, des Tunisiens incrédules contemplaient des scènes inédites depuis plusieurs mois dans la capitale: fumée de lacrymogènes, charges à moto ou en camion de policiers casqués et armés de matraques, manifestants interpellés brutalement, voire frappés.

Au moins quinze personnes ont été blessées, selon une source hospitalière. «Nous avons traité quinze personnes pour des blessures dues à des coups ou des malaises dus aux gaz lacrymogènes», a indiqué un responsable des urgences de l'hôpital Charles Nicolle, l'un des principaux de Tunis.

Selon l'avocate et militante des droits de l'homme Radia Nasraoui, qui a participé aux manifestations, «il y a eu des dizaines de blessés, mais tous ne sont pas allés à l'hôpital». «On est en train de dresser une liste des personnes qui ont été tabassées», a-t-elle dit, se déclarant «choquée par la sauvagerie» des policiers.

De son côté, le ministère de l'Intérieur a fait état lundi soir de huit blessés parmi les forces de l'ordre, «dont deux (policiers) grièvement touchés à la tête et au visage», a déclaré le ministère dans un communiqué. Celui-ci a dénoncé une «manifestation illégale» et «des violations délibérées et préméditées de la loi».

Dans la soirée, le président tunisien Moncef Marzouki a dénoncé «un degré de violence inacceptable», tout en renvoyant dos à dos policiers et manifestants. «La Tunisie est en convalescence mais certains veulent son naufrage», a-t-il dit. «Il est insensé de demander à un gouvernement qui a 90 jours de 'dégager', selon lui.

Journée des martyrs

Tout a commencé lundi en milieu de matinée sur l'avenue, interdite depuis le 28 mars aux rassemblements sur décision du ministère tunisien de l'Intérieur. Répondant aux appels lancés sur les réseaux sociaux, des centaines de personnes, hommes, femmes, vieux et jeunes, s'étaient pourtant rassemblées pour commémorer «la journée des martyrs» et réclamer la réouverture de l'avenue.

Dans une ambiance tendue, les manifestants, enroulés dans des drapeaux tunisiens, criaient «ni peur, ni terreur, l'avenue appartient au peuple». Ils ont remonté la zone au pas de course.

«C'est nous qui avons libéré la Tunisie, ils n'ont pas le droit d'interdire des marches pacifiques», a déclaré un septuagénaire, avant que ne débutent les tirs de lacrymogènes.

Les gens se sont enfuis dans les rues avoisinantes ou se sont réfugiés dans les cafés de l'avenue, mais des groupes se sont rapidement reconstitués, notamment sur l'avenue Mohamed V, perpendiculaire à l'avenue Bourguiba. Les gens criaient: «Dégage!», reprenant le slogan de la révolution.

Avenue interdite

«C'est affreux ce qui se passe», disait, au bord des larmes, une avocate. «Nous sommes pacifiques, et ils nous interdisent l'avenue Bourguiba alors qu'ils l'ont livrée aux salafistes», criait-elle.

L'artère symbole de la révolution tunisienne, où sont généralement organisés tous les mouvements de contestation, est en effet interdite aux rassemblements depuis des incidents lors d'une manifestation d'islamistes qui s'en étaient pris à des artistes.

Samedi déjà, une manifestation de diplômés chômeurs qui tentaient d'accéder à la même avenue avait été violemment dispersée.

«Je suis consterné. Les gens que la révolution a amenés au pouvoir sont aujourd'hui ceux qui nous empêchent de manifester», a déclaré l'ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme Mokhtar Trifi. «C'est une journée vraiment triste», a-t-il ajouté.

Deux journalistes, la correspondante de l'hebdomadaire français «Le Point» et la rédactrice responsable du site tunisien Kapitalis, ont été molestées par des policiers.

Pas de chaos

Le porte-parole du ministère tunisien de l'Intérieur Khaled Tarrouche a réitéré l'interdiction de manifester. «On ne va pas laisser s'installer le chaos. Les gens ont la possibilité de manifester ailleurs que sur l'avenue Bourguiba», a-t-il dit.

Selon lui, en tirant des lacrymogènes, les forces de l'ordre «voulaient éviter de pires affrontements». Les manifestants leur ont jeté des projectiles et une bouteille incendiaire a détruit un car de la police.

Cette manifestation de lundi avait été appelée pour commémorer le souvenir de la répression sanglante par les troupes françaises d'une manifestation à Tunis le 9 avril 1938.

(ats/nxp)

Créé: 10.04.2012, 07h28

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