En Algérie, les candidats font campagne en catimini

Présidentielle algérienneFace à la contestation populaire rejetant la présidentielle décidée par l’armée, les cinq candidats se contentent d’animer une campagne quasi virtuelle.

L’ex-premier ministre Ali Benflis, un des favoris, a été
chahuté par des jeunes lors de plusieurs meetings.

L’ex-premier ministre Ali Benflis, un des favoris, a été chahuté par des jeunes lors de plusieurs meetings. Image: AFP

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«Makach intikhabat maâ el issabat», «Pas d’élections avec les gangs»: comme chaque mardi, le centre-ville d’Alger a vibré aux clameurs des manifestants tentant d’inventer de nouvelles trajectoires entre les cordons de la police étranglant de plus en plus heure après heure. En ce 40ème mardi de manifestations, les Algérois, quelques centaines de visu, sont descendus pour dire leur refus de l’élection présidentielle prévue le 12 décembre prochain. Leurs slogans visent les «gangs»: «Aussi bien ce système qu’il faut changer que les candidats à cette mascarade», s’égosille Ahmed, retraité de la Poste, fidèle marcheur depuis le déclenchement, le 22 février dernier, du mouvement populaire qui a fait chuter Abdelaziz Bouteflika. Opposition et mouvement populaire qualifient la présidentielle de tentative de régénération du système et rejettent des candidats réputés peu ou prou proches des cercles de décision.

Communication anémique

Tout au long du parcours de cette manifestation au cœur du vieux centre-ville algérois, les quelques panneaux électoraux installés par la Mairie n’affichent aucun poster des cinq candidats. Au mieux, les affiches sont déjà déchirées, arrachées ou vandalisées; au pire, certains riverains ont choisi d’y accrocher leurs poubelles, d’autres, plus militants, ont tagué des slogans antipouvoir. Une seule semble intacte, donnant l’illusion qu’une campagne électorale se déroule effectivement en Algérie: mais à y regarder de plus près, la proximité de policiers régulant la circulation explique que ce panneau résiste encore aux contestataires. Car il faut acheter les journaux le matin ou suivre les télévisions privées propouvoir (ne parlons même pas des médias publics caporalisés) pour se rendre compte qu’une campagne électorale se déroule là, en Algérie, depuis le 17novembre. «Nous avons zéro chiffre d’affaires lors de cette campagne, ils se veulent très discrets dans les QG de campagne, ils m’ont juste demandé d’imprimer des flyers, pas plus», regrette Salim, patron d’une agence de communication algéroise habitué du marché de la communication politique. Aucune affiche, aucun goodie ou poster pour les véhicules ni identité visuelle nulle part. On est loin du faste des campagnes de 2014 ou de 2009 et de la débauche de com électorale.

«Qui oserait se balader en voiture avec l’affiche d’un candidat? Il a intérêt à avoir une très bonne assurance», s’amuse Ali le taxi, qui traverse Bab El Oued, quartier populaire mythique d’Alger. «Nous n’avons vu personne passer ici, dans le quartier, ni les candidats, ni leurs représentants, la Mairie a des difficultés à réquisitionner des fonctionnaires pour le jour de l’élection», témoigne-t-il. Un des candidats a tenté de faire une «sortie» dans la capitale, l’islamiste Abdelkader Bengrina… Il n’a été sauvé de la foule en colère qu’in extremis, grâce à une forte escorte policière.

Qui oserait se balader en voiture avec l’affiche d’un candidat? Il a intérêt à avoir une très bonne assurance

Ali, Chauffeur de taxi à Alger

D’ailleurs, les cinq candidats choisissent soigneusement les étapes de leurs tournées de meetings, pas de grandes villes ni la Kabylie. Dans cette dernière, dans le centre du pays, certaines sous-préfectures et des locaux de l’Autorité nationale indépendante des élections ont été carrément murés par des protestataires. Du coup, les candidats préfèrent marquer leur présence sur les réseaux sociaux et les plateaux des chaînes privées non hostiles à la présidentielle. Une armada de jeunes geeks a été recrutée par les directions de campagne pour saturer l’espace virtuel de pages et de profils promotionnels pour les cinq candidats à défaut d’une présence de plus en plus risquée sur le terrain.

Répression dure

Ces tensions ont provoqué une réaction dure de la part des autorités, qui misent lourd sur la tenue de la présidentielle: des peines de prison ferme ont été prononcées contre des jeunes ayant chahuté des meetings du candidat Ali Benflis, alors que l’armée, par la voix de son chef, Ahmed Gaïd Salah, ne cesse de répéter que «toutes les dispositions de sécurisation de l’ensemble des étapes du processus électoral ont été prises» et mobilise l’ensemble des corps militaires et sécuritaires du pays pour «encadrer» la présidentielle. Côté candidats, c’est «no comment», ou presque. «Je reste serein, nous avons beaucoup à faire», nous assure Abdelmadjid Tebboune, ex-premier ministre et un des candidats favoris.

Créé: 26.11.2019, 19h57

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