En Algérie, cinq candidats briguent la succession d’Abdelaziz Bouteflika

Présidentielle algérienne Après trente-huit semaines de contestation populaire, le pouvoir mise sur la lassitude des opposants pour organiser l’élection du 12 décembre.

Depuis février, de nombreux Algériens descendent chaque mardi dans les rues pour exprimer leur mécontentement.

Depuis février, de nombreux Algériens descendent chaque mardi dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Image: AFP

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«La présidentielle? C’est une manière de perpétuer le système que les Algériens vomissent!» Malgré la pluie et le vent, Ahmed, la vingtaine, étudiant algérois, est descendu sur la place Audin, dans le centre-ville d’Alger, ce mardi, pour retrouver les manifestants qui marchent chaque mardi depuis le mois de février.

Même s’ils ne sont plus aussi nombreux, ils se disent toujours aussi «déterminés» à contester l’élection présidentielle qui doit se tenir dans un mois jour pour jour et à exiger «le départ de tout le système».

De la prison pour un drapeau

La tension avec les forces de l’ordre est palpable: lundi, tard dans la nuit, 21 manifestants ont été condamnés à 6 mois de prison ferme pour avoir brandi le drapeau amazigh, un acte qualifié d’«atteinte à l’unité nationale» par la justice et… Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’armée, considéré comme l’homme fort du moment.

Alors que la campagne pour la présidentielle doit commencer le 18 novembre, cinq candidats ont fini par être retenus par le Conseil constitutionnel: deux ex-premiers ministres, deux anciens ministres et un dernier issu d’une «organisation de masse» de l’ex-parti unique. De cette short-list, il faut surtout retenir les deux premiers, qui se détachent du lot par leur parcours et leur statut.

Le favori: Abdelmadjid Tebboune

L’un des favoris de cette élection est Abdelmadjid Tebboune. Connu pour avoir été le premier ministre le plus éphémère de l’histoire de l’Algérie, en n’occupant ce poste qu’à peine trois mois, de mai à août 2017, il a été brutalement limogé par le président Bouteflika pour s’être attaqué aux oligarques – hommes d’affaires infiltrés dans la sphère politique – proches de Saïd Bouteflika, frère et conseiller de l’ex-chef de l’État (aujourd’hui en prison). S’il est élu, Abdelmadjid Tebboune s’engage à poursuivre l’actuelle campagne contre la mafia politico-financière dont les plus puissants sont aujourd’hui en prison en compagnie de hauts responsables politiques accusés de corruption, à l’image des deux anciens premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.

L'opposition: Ali Benflis

Mais il trouvera sur son chemin Ali Benflis, ex-chef de gouvernement sous Bouteflika (dont il a aussi été le directeur de campagne en 1999), qui a déjà affronté le président déchu lors des présidentielles de 2004 et en 2014. Figure de l’opposition, il a été sévèrement critiqué par ses ex-alliés antisystème pour avoir choisi de participer à cette présidentielle.

«Il n’y a pas d’État capable de résister indéfiniment à l’absence d’institutions légitimes», a-t-il argué lors de la présentation de son programme électoral dimanche dernier à Alger. Ali Benflis propose essentiellement d’aller vers un «mandat présidentiel de transition» pour répondre aux «revendications légitimes de la révolution démocratique pacifique».

Les challengers: Azzeddine Mihoubi, Abdelaziz Belaïd et Abdelkader Bengrina

Face à eux, l’ancien ministre et patron du RND (parti prorégime) Azzeddine Mihoubi, Abdelaziz Belaïd, l’ex-chef de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA, satellite du FLN, parti du pouvoir) et président du parti islamiste Abdelkader Bengrina, également ancien ministre sous Bouteflika, font figure de lièvres.

«L’armée, pour le moment, maintient l’équidistance avec chaque partie. Son objectif est d’élire un président pour ne pas perpétuer le vide institutionnel. Même les institutions monétaires internationales refuseront de nous parler tant que nous ne stabiliserons pas la situation politiquement parlant», souligne-t-elle.

Un pays en pleine crise économique et politique

Cette crainte épouse l’argumentaire des autorités, qui s’articule autour d’une situation économique catastrophique nécessitant un pouvoir «légitime» de décision. En l’espace de cinq ans, le prix du baril de pétrole s’est déprécié de 46% et peine à se maintenir au-dessus des 60 dollars. Or, l’Algérie, dont l’économie repose à plus de 95% sur les recettes pétrolières, a besoin, selon les études, d’un baril à 116 dollars pour équilibrer son budget. Plusieurs experts économiques prévoient donc des mesures d’austérité imposées de l’extérieur, par le FMI, dans minimum deux ans.

Face à cette crise économique et politique, une crise sociale finirait de rendre la situation explosive. «Même l’opposition se résigne, sans le dire publiquement, à la perspective de la présidentielle, confie le cadre d’un parti d’opposition. L’espoir tient à ce que le prochain mandat présidentiel soit une occasion de faire adopter des réformes démocratiques par le maintien du rapport de force avec la rue. Une sorte de transition qui ne dit pas son nom pour changer ce régime.»

Créé: 12.11.2019, 22h41

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