En Algérie, le mouvement populaire cherche un nouveau souffle

MaghrebUn an après le déclenchement de la révolution du 22 février, pouvoir et opposition se réclament du «Hirak» qui a fait tomber le système Bouteflika.

Des milliers d’Algériens ont à nouveau manifesté vendredi, quasi un an après le début des protestations hebdomadaires.

Des milliers d’Algériens ont à nouveau manifesté vendredi, quasi un an après le début des protestations hebdomadaires. Image: EPA

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On n’en est pas à un paradoxe près en Algérie, mais celui-là en dit long sur la situation politique. Dimanche matin, le président Abdelmadjid Tebboune a rendu hommage au «Hirak», le mouvement populaire né il y a presque un an, le 22 février 2019, emportant le président Abdelaziz Bouteflika. Mais alors qu’il le qualifiait de «béni», lors d’une réunion avec les préfets, la police a interdit une conférence de presse tenue par des activistes du «Hirak» à Alger, afin de préparer une rencontre le 20 février entre les différents acteurs de la contestation populaire.

Depuis l’élection le 12 décembre d’Abdelmadjid Tebboune comme chef de l’État, les Algériens vivent dans deux mondes politiques parallèles. D’un côté, le pouvoir, qui a réussi le pari de tenir une présidentielle pour combler le «vide institutionnel» provoqué par la démission de Bouteflika début avril, tente de normaliser la situation politique selon son propre programme. Il a ainsi prévu une révision de la Constitution avant ou pendant l’été, l’amendement de la loi électorale, des élections législatives vers octobre-novembre 2020 et des élections locales avant la fin de l’année.

Le nouveau pouvoir s’est engagé à «répondre aux revendications du «Hirak» en introduisant des «réformes radicales» de la gouvernance. Et plusieurs relaxes ont été prononcées au profit de détenus du mouvement populaire. La cheffe du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, accusée dans une affaire de complot aux côtés du frère du président déchu et des deux ex-patrons du renseignement, a été libérée par le Tribunal militaire le 10 février.

Face au pouvoir, les manifestations du mardi et du vendredi se poursuivent dans plusieurs villes, un an après les défilés massifs de février-mars 2019. Le «Hirak», mouvement horizontal et populaire, continue d’exprimer ses revendications: un changement radical du régime, la démilitarisation de ce dernier, l’indépendance de la justice et la libération de tous les détenus.

Dialogue de sourds

Ce face-à-face, qui s’apparente à un dialogue de sourds, met les partis politiques dans une situation difficile, d’autant qu’une bonne partie de l’opinion contestataire refuse toute structuration du «Hirak» ou l’émergence de leaders. «À l’intérieur même du mouvement, il y a un certain dogmatisme et un certain radicalisme, il faut le souligner», reconnaît le politologue Cherif Dris, très engagé dans la contestation. «Certains au sein du «Hirak» pensent que ce mouvement n’a pas besoin de leaders, affirmant que toute volonté de le structurer et de l’organiser reviendrait à le diluer et à l’affaiblir.»

Dans un texte qui a soulevé beaucoup de critiques de la part des «hirakistes», l’écrivain Kamel Daoud regrettait que «la transformation de la révolution en politique» ait été «rejetée» et que l’idée d’une transition négociée ait été «confondue avec le souvenir douloureux de la trahison».

Pour l’opposant Soufiane Djilali, qui a accepté de rencontrer le président Tebboune dans le cadre des consultations lancées par ce dernier, «le «Hirak» doit refuser autant le défaitisme qui le guette, à la suite de l’élection présidentielle qui s’est faite malgré lui, que la tentation du rapport de force par la désobéissance civile. Au contraire, il doit aider le pouvoir à s’en aller, en faisant pacifiquement pression dans la rue», écrit-il dans une tribune.

Aider le pouvoir à s’en aller n’est pas dans le programme d’un autre courant du «Hirak», le Pacte de l’alternative démocratique (PAD), qui regroupe des partis laïcs et qui continue à exiger une «rupture avec le système en place», en réclamant «une période de transition démocratique».

Observant les différents acteurs qui tous se réclament du «Hirak», l’armée, qui a perdu le 23 décembre son chef Ahmed Gaïd Salah, se concentre sur les menaces terroristes en Algérie et au-delà des frontières (Mali, Libye), signifiant qu’elle se tient à distance. Mais jamais trop loin. Prête à intervenir si le pays devait sombrer dans le chaos.

Créé: 16.02.2020, 20h42

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