Le Burkina Faso rattrapé par la percée djihadiste

Afrique de l'OuestQuatorze personnes viennent d’être sauvagement tuées dans ce pays où les groupes radicaux sèment la terreur.

Image: Michel Cattani / AFP

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«Ils sont arrivés à moto… C’étaient des djihadistes, ils portaient des turbans sur la tête. Ils ont tiré jusqu’à l’aube», se souvient Ramata, 15 ans. Un oncle et plusieurs proches sont abattus par les assaillants dans son village du Sahel, au nord du Burkina Faso. «J’ai pris la fuite avec ma famille. Nous étions une quarantaine de personnes. Nous avons couru vers la ville d’Arbinda, à 15 kilomètres de là, dit la jeune fille, une larme qui coule le long de sa joue, alors qu’elle se remémore cette nuit d’avril depuis un centre d’accueil pour enfants et adolescents où elle passe désormais ses journées, à Kaya, une ville du centre du pays. Nous n’avons même pas eu le temps d’enfiler des chaussures.»

Depuis le début de l’année, au Burkina Faso, pourtant longtemps épargné par les attaques terroristes, la dégradation de la situation sécuritaire s’accélère, les attaques se multiplient. Elles visent les forces de défense, la police, les symboles de l’État, mais aussi, de plus en plus souvent, des civils. Dimanche, près de la frontière avec le Niger, à l’est, quatorze personnes, dont un pasteur, ont été tuées alors qu’elles assistaient à une messe dans une église.

Hommage en France

Les groupes armés ont peu à peu grignoté du terrain, principalement au nord et à l’est du pays. «Nous savons que plusieurs groupes islamistes sont présents sur le territoire et revendiquent une idéologie djihadiste, dit un diplomate occidental à Ouagadougou. À cela s’ajoutent des réseaux de trafics divers, des tentatives d’accaparement de sites miniers…»

Des milices islamistes infestent, depuis 2012, le Mali voisin, au nord. Le 25 novembre, une collision entre deux hélicoptères de la force «Barkhane», la mission française au Sahel qui compte 4500 hommes dans la région, a entraîné la mort de treize militaires. Ils recevront ce lundi un hommage national en France. Depuis septembre, plus de 150 soldats maliens, burkinabés et nigériens sont morts dans la zone dite «des trois frontières», où se rencontrent les territoires du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Ce dernier, considéré jusqu’à il y a peu comme capable de contenir la contagion djihadiste en Afrique de l’Ouest, est désormais plus une passoire qu’un «verrou».

Les autorités burkinabées sont récemment sorties de leur déni. «Des jeunes sont recrutés sur notre territoire, et il y a eu une intensification des attaques, qui a eu un impact fort sur les populations, dit Rémis Dandjinou, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, qui tient néanmoins à rassurer. Mais la situation est sous contrôle. Et, malgré les difficultés, notre armée est résiliente.»

Sur le terrain pourtant, l’armée nationale, mal formée, sous équipée, peu motivée, semble pour l’instant incapable de reprendre la main dans cette guerre asymétrique à laquelle elle n’était pas préparée.

L’état d’urgence a été déclaré sur environ un tiers du pays. Les voyages au Burkina Faso sont désormais «déconseillés» par les gouvernements suisse, français, états-unien… Et l’inquiétude a gagné la capitale. Ces quatre dernières années, Ouagadougou a été trois fois meurtrie par des attaques terroristes, la dernière le 2 mars 2018.

«Quand j’ai vu la nouvelle carte du ministère des affaires étrangères français, j’ai failli pleurer», dit Mathurin Zoungrana, chauffeur et guide touristique depuis une dizaine d’années. «Maintenant, c’est fini. Je n’ai pas reçu un seul appel depuis le mois d’août, constate-t-il. J’ai plusieurs mois de loyer en retard, j’ai vendu une de mes deux voitures.»

Conséquence des violences et de l’insécurité, un demi-million de déplacés internes ont fui leurs foyers. Et le chiffre continue de grimper, de manière exponentielle. «C’est une crise humanitaire sans précédent pour le pays, dit Metsi Makhetha, représentante des Nations Unies au Burkina Faso. La situation s’est détériorée tellement rapidement que pendant un moment, la réponse peinait à s’adapter à l’urgence. Nous sommes en train de rattraper ce retard, mais pour l’instant, nous n’avons reçu que 41% des financements qui seraient nécessaires.»

Plus de 2600 écoles ont dû fermer leurs portes. «Des dizaines de milliers d’enfants ne sont plus scolarisés. Certains depuis plus de deux ans, dit Bernard Kitambala, chef de bureau de l’Unicef à Dori, une ville proche de la frontière malienne. Il y a eu des menaces contre des écoles, et certaines ont été mises à exécution. Des enseignants ont été tués, des salles de classes ont été brûlées.»

Dans une école primaire, une institutrice tente de se faire entendre dans la cacophonie d’une classe d’une centaine de gamins surexcités. Environ la moitié sont originaires des villages ou provinces voisines. «Ce n’est pas facile de donner cours dans ces conditions. Des tentes ont été installées et font office de salles de classe, dit-elle. Mais les enfants ont du mal à se concentrer. Et beaucoup sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu.»

Créé: 02.12.2019, 23h25

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